Gestion de l'offre: des producteurs manifestent au bureau de Trudeau

MONTRÉAL - Quelques centaines de jeunes producteurs agricoles ont marché vers les bureaux montréalais du premier ministre Justin Trudeau, jeudi, pour réclamer le maintien intégral de la gestion de l'offre en marge du renouvellement de l'Accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA).

Ces jeunes agriculteurs, membres de la Fédération de la relève agricole du Québec, sont inquiets de voir le Canada ouvrir davantage le marché des produits sous gestion de l'offre aux Américains, en l'occurrence les produits laitiers, les oeufs et la volaille.

Lire aussi: Prix du lait: personne ne s'est plaint à Philippe Couillard

Un élargissement de l'accès à ces marchés aurait, selon la Fédération, des conséquences catastrophiques pour les producteurs touchés, plus particulièrement les jeunes qui sont en démarrage de production et dont le niveau d'endettement ne laisse aucune marge de manoeuvre pour absorber une réduction de leurs quotas de production.
Leur inquiétude repose notamment sur l'insistance du gouvernement Trudeau à préserver le mécanisme indépendant de règlement des différends et l'exception culturelle dans le nouvel accord. Par contre, bien que le premier ministre Trudeau ait aussi répété à maintes reprises vouloir protéger le système de gestion de l'offre, il ne s'est pas engagé pour autant à ne pas élargir l'ouverture aux produits en provenance de l'étranger.
La Fédération, qui est affiliée à l'Union des producteurs agricoles (UPA), souligne que le Canada a permis l'entrée au pays de plus de 17 000 tonnes de fromage européen lorsqu'il a négocié l'Accord économique et commercial global (AECG) avec l'Union européenne (UE).
De plus, elle rappelle qu'Ottawa a ouvert encore davantage les marchés sous gestion de l'offre avec le Partenariat transpacifique (PTP) en faisant le calcul que les États-Unis seraient les premiers à s'en prévaloir.
Or, les États-Unis se sont retirés du PTP sous l'impulsion du président Donald Trump, mais l'ouverture aux marchés est demeurée en place, de sorte que ce sont les autres pays membres - au premier chef la Nouvelle-Zélande - qui bénéficieront de cet accès additionnel.
C'est donc dire qu'ils craignent de voir un nouvel accord de libre-échange octroyer une part additionnelle pour redonner aux Américains l'accès qu'ils ont perdu en se retirant du PTP.
De plus, ils voient aussi la possibilité pour le Canada de faire des compromis en ouvrant un peu plus les marchés sous gestion de l'offre pour obtenir une entente qui préserverait le mécanisme de règlement des différends et l'exception culturelle. Le Canada serait alors en mesure d'affirmer qu'il a maintenu le système de gestion de l'offre tout en ayant permis aux États-Unis d'en réduire la portée.