Serge Beaudette

Forcé de démanteler sa mini-maison en forme de tipi

Un adepte de la simplicité volontaire devra démonter la mini-maison en forme de tipi qu’il a érigé sur le terrain d’une tierce personne d’ici le 15 août, sa demeure ne satisfaisant malheureusement pas les exigences de zonage municipales.

Le photographe d’oiseaux Serge Beaudette s’est lancé dans un ambitieux projet à l’automne 2016 lorsqu’il a aménagé une mini-maison écologique indépendante des services municipaux sur un terrain du chemin Broadhurst, à Waterville.

«Après avoir habité à logement durant huit ans, j’ai décidé de diminuer mon empreinte écologique. L’habitation représente environ 68% de notre empreinte, ce qui explique pourquoi j’ai commencé par changer mon type de demeure», raconte l’homme, bien conscient des problèmes d’ordre écologique auxquels notre planète fait face.

Il s’est procuré la structure en forme de tipi auprès d’un ancien constructeur de bateaux qui s’est reconverti dans le domaine des mini-maisons. Elle est complètement démontable, une tâche qui prend environ quatre heures en raison de sa conception modulaire et tient sur neuf appuis au sol qui ne créent aucun impact permanent.

«Je génère mon électricité avec un panneau solaire, qui est emmagasinée dans deux batteries. Pour l’eau d’usage, qui représente plus de 90% de notre usage, je récolte la pluie qui ruisselle sur les parois du tipi. Le Québécois moyen consomme 386 litres d’eau par jour, tandis que j’en utilise que 15 litres par jour ici. Il n’y a pas de champ d’épuration non plus, ce qui fait qu’elle est entièrement autonome», explique-t-il.

«Il n’y a aucune captation des eaux souterraines. C’est une magnifique demeure qui convient à tous mes besoins. Même si je devenais millionnaire, je continuerais à vivre ici!», ajoute-t-il avec sincérité, lui qui adore la sérénité procurée par sa demeure écologique.

Problèmes de conformité

Malheureusement pour M. Beaudette, sa mini-maison autonome n’est pas conforme aux règlements municipaux sur quatre points distincts, ce qui le force à démonter son havre de paix d’ici le 15 août.

Elle est sous le seuil minimal de superficie exigée et n’a pas un revêtement extérieur autorisé à Waterville, en plus de ne pas avoir d’installations septiques, faute de permis. De plus, une maison est construite sur le terrain où est situé son tipi.

«C’est quand même spécial qu’il n’y ait pas de grosseur maximale, mais qu’il y ait une superficie minimale», fait-il remarquer. «Pour ce qui est du revêtement, le contreplaqué contient la même résine protectrice que les autres matériaux acceptés et est certifié 30 ans. Le tipi n’est pas visible du chemin, donc je crois que ça pourrait être toléré.»

La municipalité de Waterville a envoyé des avis d’infractions à M. Beaudette à plusieurs reprises depuis plus d’un an, sans toutefois lui charger les frais encourus. Après être entré en contact avec les élus municipaux, il a accepté de démonter sa mini-maison, en espérant que sa bonne foi puisse faire progresser les pourparlers entre les deux partis.

 «J’aurais pu me battre avec la ville pour conserver mon emplacement plus longtemps, mais j’aime mieux être conciliant. Mon but n’est pas seulement de garder ma mini-maison, mais bien de faire découvrir le phénomène des mini-maisons autonomes écologiques aux gens ainsi qu’aux autorités municipales à la grandeur de la province», explique-t-il.

«Les villes sont de plus en plus ouvertes à l’idée. J’aimerais que mon tipi soit en démonstration pour faire découvrir ce type d’habitation à tous, faisant ainsi progresser la cause à grande échelle.»

M. Beaudette conclut en lançant un appel aux municipalités adjacentes, démontrant son intérêt d’acheter un terrain où il pourrait installer sa demeure. «Je ne fais pas cela pour ne pas payer de taxes. J’aimerais avoir mon propre terrain et vivre dans ma mini-maison légalement.»