Le personnel en centre hospitalier et en CHSLD ne sera plus testé systématiquement pour la COVID-19 à partir de cette semaine.
Le personnel en centre hospitalier et en CHSLD ne sera plus testé systématiquement pour la COVID-19 à partir de cette semaine.

Fin des dépistages massifs du personnel de la santé en Estrie

Jean-François Guillet
Jean-François Guillet
La Voix de l'Est
Alors que les éclosions de COVID-19 se multiplient dans des hôpitaux et des CHSLD de la région, le CIUSSS de l’Estrie met un terme aux dépistages systématiques des effectifs asymptomatiques travaillant dans ces établissements, tant dans le réseau public qu’au privé.

Cette mesure, approuvée par la Santé publique à l’échelle provinciale, doit entrer en vigueur au cours de cette semaine, a indiqué le CIUSSS de l’Estrie dans une note interne destinée aux gestionnaires, au personnel et aux médecins, dont La Voix de l’Est a obtenu copie.

La hausse marquée du nombre de tests de dépistage quotidiens effectués en Estrie figure parmi les éléments qui ont mené à cette décision. « La capacité maximale de dépistages de 1500 tests par jour a nettement été dépassée dans les derniers jours. Par le fait même, les délais de divulgation des résultats ont été plus longs que ce qui est habituellement visé et atteint. » 

La directrice adjointe en mesure d’urgence, sécurité civile et enjeux organisationnels au CIUSSS, Nancy Desautels, a mentionné en entrevue que la cible « idéale » en terme de délais pour le dévoilement de résultats de tests négatifs est de 24 h. Or, avec 1500 tests réalisés en Estrie mardi, cette moyenne était de 28 h. Cette statistique a même atteint 31h la semaine précédente, où près de 1900 tests de dépistage ont été faits quotidiennement. 

Toujours selon le CIUSSS, le Comité sur les infections nosocomiales du Québec est du même avis. L’organisation se serait prononcée officiellement en ce sens le mois dernier. Ses arguments sont notamment appuyés par le fait que « le taux de participation au dépistage récurrent des travailleurs de la santé est de plus en plus faible, que l’obtention d’un résultat négatif peut donner un faux sentiment de sécurité et que le volume généré nécessite un délestage majeur d’analyses de laboratoire pour d’autres maladies infectieuses ».

Pénurie

Le réseau de la santé a dû composer avec une pénurie d’écouvillons, servant à prélever les échantillons pour les tests de dépistage, au début de la pandémie. La quantité de réactifs est maintenant problématique, a fait valoir Mme Desautels. 

Selon cette dernière, le ministère de la Santé établit la quantité de réactifs attribuée par région. Québec aurait fait jusqu’ici la sourde oreille aux demandes du CIUSSS d’en obtenir davantage. « Et moins on a de réactifs, plus ça prend de ressources humaines en laboratoire pour faire des tests », a spécifié Nancy Desautels.

Aucun gain

Le dépistage massif de personnel du réseau de la santé n’engendrerait pas de gain substantiel, car peu d’entre eux s’avèrent positifs, peut-on lire dans la note interne. Selon Nancy Desautels, ce taux marginal est de 0,05 %. 

Ceci sans compter que cette approche systématique « nuit à l’analyse et au traitement des tests des autres groupes prioritaires dépistés ». Le CIUSSS de l’Estrie indique par ailleurs que, « l’arrêt de ce type de dépistage permettra le respect de la capacité et des délais de divulgation des tests COVID-19 prioritaires ».

Bilan des cas de COVID-19 en Estrie.

« En fonction des capacités de faire du dépistage, il faut faire des choix stratégiques pour bien circonscrire où vont ces tests. Sinon, il y aura des impacts beaucoup plus grands, a mentionné la représentante du CIUSSS. [...] Alors que l’on est en zone rouge, il ne faudrait pas gaspiller ces précieux tests. »  

Options

Selon le CIUSSS, plusieurs autres options sont offertes aux membres du personnel du réseau de la santé pour valider s’ils sont infectés par la COVID-19 ou non. Parmi celles-ci, ils ont accès aux centres de dépistage régionaux avec ou sans rendez-vous, évoque-t-on.

Les équipes de dépistage mobile sont également à pied d’œuvre lors d’éclosions dans les centres hospitaliers, les CHSLD, de même que dans la communauté. Ces mesures « permettent de répondre rapidement au besoin de dépistage des travailleurs de la santé », a fait valoir le CIUSSS. « Ça nous permet d’avoir des gains en allant, de façon chirurgicale, tester l’ensemble des unités de soins concernées par la gestion des cas positifs et des contacts », a mentionné Nancy Desautels.

Finalement, parmi les points militant en faveur de l’abolition des dépistages systématiques, le CIUSSS a relevé le fait que « les équipes du continuum de dépistage ont également instauré des procédures rigoureuses afin d’agir rapidement dans les enquêtes de cas et contacts dès la suspicion d’un cas Covid en installation. »