Le directeur général et le président de la Société nationale de l’Estrie, Richard Vachon et Étienne-Alexis Boucher, espèrent que les nouvelles règles d’attribution de la Fête nationale régionale permettront de mobiliser les communautés en vue des 23 et 24 juin 2019.

Fête nationale au parc Jacques-Cartier: la SNE change les règles

La Société nationale de l’Estrie jette un pavé dans la mare des célébrations de la Fête nationale au parc Jacques-Cartier en changeant les règles du jeu pour 2019.

Ainsi, l’événement dit régional, qui a traditionnellement lieu dans ce parc au cœur de Sherbrooke, sera dorénavant « accordé au mérite » à l’organisme ou à la municipalité de l’Estrie qui présentera « le meilleur projet » de fête nationale. Avec l’enveloppe budgétaire de près de 25 000 $ dévolue aux événements régionaux — au lieu de l’enveloppe de 5000 $ des événements locaux —, le rayonnement dans le cahier de programmation provincial et le soutien organisationnel de la SNE qui l’accompagnent.

« La Société nationale de l’Estrie n’est pas la société nationale de Sherbrooke, elle est celle d’une région. Un moment donné, pour incarner le rayonnement et le caractère régional de notre organisme, il faut mettre de l’avant des politiques concrètes et l’idée de mettre en jeu l’enveloppe régionale répond à cet objectif », a expliqué en conférence de presse mercredi son président Étienne-Alexis Boucher.

M. Boucher ne cache pas que ce changement découle en bonne partie du soutien financier jugé « nettement insuffisant » de la Ville de Sherbrooke pour cette fête. 

Selon les chiffres de la SNE, la Ville de Sherbrooke accorde 20 100 $ en argent et 10 500 $ en service à la fête du parc Jacques-Cartier et aux fêtes locales des parcs Chauveau (Saint-Élie) et Nault (Brompton), pour un ratio de 0,19 $ par habitant. 

Cela place la ville en queue de peloton en Estrie alors que des municipalités comme Eastman, Saint-François-Xavier-de-Brompton et Compton, par exemple, octroient respectivement 6,90 $, 5,95 $ et 2,73 $ par habitant.


« Un tel appel de projets a pour objectif de susciter un engouement, une mobilisation de la part des différentes communautés estriennes vis-à-vis la Fête et la possibilité d’obtenir l’événement régional.  »
Étienne-Alexis Boucher, président de la SNE

« On reconnaît que la Ville de Sherbrooke a offert un certain soutien à l’événement régional, par contre, pour nous, il est insuffisant pour justifier le monopole de la Ville de Sherbrooke sur l’événement régional. Quand on regarde la mobilisation des autres communautés, lorsqu’on regarde ce que font les autres Municipalités, on se dit pourquoi elles ne mériteraient pas elles aussi d’avoir la chance d’accueillir l’événement régional? » poursuit M. Boucher en assurant qu’il a interpellé à plusieurs reprises l’administration sherbrookoise pour la sensibiliser à l’importance d’investir davantage dans cette fête.

En 2018, la Fête nationale aurait attiré quelque 8000 festivaliers au parc Jacques-Cartier. Les groupes De Temps Antan et Chiens de Ruelles assuraient le spectacle avec les incontournables salut au drapeau, feux d’artifice et feu de joie, pour un budget total d’environ 65 000 $. 

Pendant ce temps, sur tout le territoire estrien, on a dénombré une trentaine d’événements locaux célébrant le fleurdelysé, dont les plus visibles sont sans doute à Magog, Racine, Saint-François-Xavier-de-Brompton, au parc Chauveau et au centre d’hébergement d’Youville.

Avec le virage pris par la SNE, l’une de ces organisations pourrait lever la main pour recevoir l’événement régional chez elle ou pour s’en faire le maître d’œuvre au parc Jacques-Cartier. 

Un appel de projets sera lancé d’ici la fin de semaine et repose sur des critères comme la pertinence du site, l’expérience du comité organisateur, l’envergure de la programmation et la capacité d’autofinancement. 

« Un tel appel de projets a pour objectif de susciter un engouement, une mobilisation de la part des différentes communautés estriennes vis-à-vis la Fête et la possibilité d’obtenir l’événement régional. On parle d’une enveloppe cinq fois plus importante (de 5000 $ à 25 000 $) et on pense que des communautés pourraient y voir une occasion intéressante de faire rayonner leur ville », fait valoir M. Boucher.

Cette façon d’octroyer l’événement régional se conforme par ailleurs à la pratique en vigueur au sein de la fédération du Mouvement national des Québécoises et Québécois duquel relève la SNE, explique l’organisme.

« On était les seuls à travers le Québec à octroyer automatiquement l’événement régional à la capitale régionale. Partout les sociétés nationales y vont par appel de projets afin de récompenser la mobilisation des communautés. Nous notre mission c’est de susciter un intérêt envers notre Fête nationale et en mettant en jeu l’événement régional, on a l’impression que ça va soutenir l’intérêt et convaincre des municipalités de se mobiliser pour organiser des célébrations d’envergure les 23 et 24 juin prochains. »

L’appel de projets de la SNE sera en vigueur jusqu’au 11 janvier. L’annonce du territoire hôte pour les 23-24 juin 2019 sera faite à la fin janvier.

La SNE a également annoncé mercredi que l’enveloppe budgétaire globale pour les festivités de la Fête nationale en Estrie sera bonifiée de 10 % en 2019, pour une somme supplémentaire disponible de 7000 à 9000 $.

Le maire Lussier peu inquiet

Même s’il tient à la Fête nationale au parc Jacques-Cartier, le maire de Sherbrooke Steve Lussier n’entend pas lui offrir un traitement différent des autres événements et festivals qui se tiennent sur le territoire.

L’aide financière qui sera accordée à l’événement en 2019 sera établie selon le cadre de soutien aux événements qui a été adopté par le nouveau conseil municipal en mai dernier et qui est calqué sur d’autres existants dans plusieurs villes du Québec, explique-t-il.

« Je l’avais dit en campagne électorale que je soutiendrais ce genre d’événements au minimum à ce qui était avant. S’il y a lieu de s’ajuster, je ne suis pas fermé non plus, mais ce sera en fonction du cadre de soutien », assure M. Lussier, en invoquant l’équité pour tous les événements sur le territoire et la capacité de payer des contribuables. 

Rappelant que le conseil municipal est en pleine préparation du budget 2019, le maire refuse de spéculer sur la suite des choses, encore moins de comparer les critères de ce fameux cadre de soutien aux politiques qui ont justifié l’octroi de 30 600 $ en argent et en services aux trois organisations de Fête nationale à Sherbrooke en 2018. 

« Je comprends que M. (Étienne-Alexis) Boucher met de la pression, mais on va s’en tenir au cadre financier », insiste-t-il, en offrant plutôt son aide à la Société nationale de l’Estrie dans sa recherche d’autres commanditaires.

Quant au risque que les célébrations régionales de la Fête nationale quittent le parc Jacques-Cartier et soient « accordées » à une autre municipalité de l’Estrie, il se montre peu inquiet.

« Ça ne me fait pas peur, dit-il, on a d’autres fêtes nationales sur le territoire qui ont une belle ampleur. J’ai fait le tour des fêtes cet été sur notre territoire et elles sont très bien organisées. Si ça part ailleurs (qu’au parc Jacques-Cartier), il va falloir se tourner vers elles pour prendre le relais. »