Mgr Luc Cyr

Excuses envers les autochtones : Mgr Cyr prône le maintien du dialogue

L’archevêque de Sherbrooke, Monseigneur Luc Cyr, croit que le pape François n’a pas fermé la porte à l’idée de présenter des excuses aux peuples autochtones pour les sévices subis à l’époque des pensionnats autochtones. Mais d’ici là, il importe que le dialogue entamé avec les premières nations se poursuive afin d’en arriver à une véritable réconciliation, affirme Mgr Cyr.

Dans une entrevue accordée à La Tribune, Mgr Cyr s’est dit sensible aux revendications des peuples autochtones en lien avec les « erreurs commises par certains représentants de l’Église ». Et contrairement à ce que certains peuvent prétendre, dit-il, le pape est bien au fait des attentes contenues dans le rapport de la Commission vérité et réconciliation, publié en 2015. Le fait que celui-ci n’a toujours pas prononcé d’excuses publiquement ne doit pas être interprété comme un signe de désaveu.

« Le pape François n’a pas fermé définitivement la porte à des excuses, que ce soit de sa part ou de l’un de ses successeurs. Ce qu’il dit, c’est que c’est un processus à multiples facettes. Il dit aux évêques du Canada : ‘‘Continuez votre travail entrepris dans le cadre de la réconciliation et en temps opportun on verra comment agir’’. Nous, comme évêques, nous sommes engagés dans ce processus, dans toutes les régions du Canada où c’est beaucoup plus intense. C’est un processus qui est engagé depuis longtemps. Il existe un dialogue avec le Saint-Père et avec les communautés autochtones. Et à la Conférence des évêques, on travaille intensément à entretenir ce dialogue », insiste Mgr Cyr.

« Mon souhait profond, c’est qu’on en arrive à une guérison réciproque, ajoute-t-il. Une guérison pour ceux qui ont souffert dans le temps, évidemment, et pour ceux qui souffrent maintenant. Ce que je souhaite, c’est qu’on puisse agir ensemble, faire route ensemble, pour qu’on puisse en arriver à une réconciliation qui va faire du bien à ceux et celles qui souffrent ou qui ont souffert. »

Visite

Rappelons qu’à l’issue de ses travaux, la Commission de vérité et réconciliation avait notamment recommandé que le Vatican présente ses excuses aux survivants et aux familles des victimes de sévices subis dans les pensionnats. Le premier ministre Trudeau avait même personnellement porté cette invitation au pape, l’an dernier, lors d’une visite officielle au Vatican. La commission s’inspirait des excuses offertes par le pape en 2010 aux Irlandais victimes d’agressions sexuelles perpétrées par des prêtres catholiques.

Dans une lettre aux Autochtones, rendue publique le 27 mars, le président de la Conférence des évêques catholiques du Canada, Lionel Gendron, explique qu’après avoir examiné attentivement la demande de la commission et en avoir « discuté abondamment avec les évêques du Canada », le pape François était d’avis qu’il ne pouvait « y répondre personnellement ».

L’évêque de Saint-Jean–Longueuil ajoute dans sa lettre qu’« une visite papale pourrait être envisagée dans le futur », qui pourrait comprendre une rencontre avec les peuples autochtones. En attendant, monseigneur Gendron encourage les évêques « à continuer de s’engager dans un travail intensif de pastorale visant la réconciliation, la guérison et la solidarité avec les peuples autochtones ».

L’appel à l’action 58 demandait spécifiquement « au pape de présenter, au nom de l’Église catholique romaine, des excuses aux survivants, à leurs familles ainsi qu’aux collectivités concernées pour les mauvais traitements sur les plans spirituel, culturel, émotionnel, physique et sexuel que les enfants des Premières Nations, des Inuits et des Métis ont subis dans les pensionnats dirigés par l’Église catholique ».

La Commission demandait que « ces excuses soient présentées par le pape au Canada, dans un délai d’un an suivant la publication du présent rapport ». Avec la Presse canadienne