Exception pour les travailleurs agricoles étrangers : il était minuit moins cinq dans les fermes

Il était minuit moins cinq pour plusieurs producteurs agricoles qui souhaitaient que les travailleurs étrangers temporaires (TET) puissent franchir la frontière. Ceux-ci sont attendus pour les semis et les récoltes.

« Ça touche principalement les producteurs maraîchers. Ils se demandaient s’ils sèment leurs champs ou non », explique François Bourassa, président de l’UPA Estrie.

« Pour eux, c’est une question de vie ou de mort de leur entreprise. Est-ce que ça vaut la peine de semer s’il n’y a personne pour récolter ? C’est ce qu’ils se demandaient. »

Mercredi matin, l’Union des producteurs agricoles (UPA) a imploré le gouvernement canadien de laisser entrer au pays les TET, avec les précautions appropriées, mais aussi négocier dès maintenant avec le Mexique, le Guatemala et les autres pays d’où ces travailleurs proviennent.

Le gouvernement canadien a annoncé la fermeture temporaire des frontières à toute personne qui n’a pas la citoyenneté ou la résidence permanente canadienne. Mercredi avant-midi, le premier ministre Justin Trudeau et le président américain Donald Trump ont annoncé en plus la fermeture de la frontière commune sauf pour les passages non essentiels.

Mercredi en fin de journée, on a appris que ces travailleurs ont eu le feu vert pour venir au pays.

On estime le nombre de ces travailleurs attendus entre 200 et 250 en Estrie. Ces gens viennent principalement du Mexique et du Guatemala, précise-t-on du côté de l’UPA Estrie. Il serait plus facile de faire venir les Mexicains, mais l’arrivée des Guatémaltèques semblait plus problématique, car le pays a fermé ses frontières, note-t-on.

Difficile pour les cabanes à sucre

Dans un autre ordre d’idée, M. Bourassa fait remarque que plusieurs acériculteurs offrant des repas de cabane à sucre vivent des jours difficiles. Il est pratiquement impossible de recevoir les clients puisque les rassemblements sont proscrits. « Ceux qui ne produisent que du sirop pour vendre en vrac se tirent mieux d’affaire », dit-il. 

« Ceux dont les repas sont la principale source de revenus, c’est plus difficile. Certains se tournent vers la vente en ligne. Ce n’est pas évident pour tout le monde. Ils auront besoin d’aide. »

Le président de l’UPA Estrie fait remarquer que le monde agricole est souvent montré du doigt comme un domaine générant de la pollution, mais que les perceptions pourraient bien être modifiées avec ce que notre société est en train de vivre. « La mère Terre reprend son souffle, reprend un peu d’oxygène, lance-t-il. C’est un dur coup pour l’économie, mais il y a réduction des gaz à effet de serre. »

« Mais en temps de crise, les gens vont continuer à manger trois fois par jour. Ils vont préférer la bouffe avant le divertissement par exemple. D’autres secteurs vont souffrir plus que celui de l’agriculture. Espérons que la situation actuelle va développer encore plus l’achat local. »

Mario Gravel, un producteur laitier de Maricourt près de Valcourt, n’en pense pas moins. « L’industrie s’arrête, l’économie aussi, les vols d’avion presque tous cloués au sol et j’en passe », énumère-t-il.

« Et l’agriculture, accusée de toutes les pollutions possibles, continue à 100 % pour nourrir le monde. Et pourtant les nuages de pollutions disparaissent un peu partout dans le monde. Bizarre non ? »

François Bourassa, président de l’UPA Estrie.