La motion demandant au fédéral d’instituer une commission d’enquête publique sur la tragédie de Lac-Mégantic a été appuyé par les 115 députés présents à l’Assemblée nationale.

Enquête publique: tirer les leçons qui s’imposent de la tragédie

Portée par le député péquiste de Rousseau, la motion demandant au fédéral d’instituer une commission d’enquête publique sur la tragédie de Lac-Mégantic a été appuyée par les 115 députés présents à l’Assemblée nationale.

« Je suis content d’avoir réussi ce qui n’est pas fréquent à Québec », a d’emblée confié Nicolas Marceau, en entrevue téléphonique avec La Tribune.

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« Les leçons de la tragédie n’ont pas été identifiées. Les procès ont pris fin, sans qu’il y ait des coupables, sans conclusions à tirer. Nous devons nous mettre à la tâche pour tirer les leçons qui s’imposent. Le trafic de pétrole au Québec est loin d’être à la baisse. Et cinq ans plus tard, on n’a rien appris. Il faut bouger et qu’il y ait une véritable enquête. On n’a même pas examiné le cadre réglementaire… », a expliqué M. Marceau.

« J’ai le goût de dire merci au député Marceau et à tous les députés du Québec pour leur aide », a réagi Robert Bellefleur, porte-parole de la Coalition de citoyens et d’organismes engagés pour la sécurité ferroviaire de Lac-Mégantic. Ce dernier, au lendemain de l’acquittement des ex-employés de la MMA, avait demandé la tenue d’une telle commission d’enquête publique.

« Cela devrait aider à accélérer le processus de réalisation de la voie de contournement du centre-ville, pour sécuriser la situation à Lac-Mégantic, mais également pour ne pas que cette tragédie se reproduise ailleurs », ajoute M. Bellefleur.

Nicolas Marceau

Le député de Mégantic, Ghislain Bolduc, a donné son appui à la motion, même s’il s’est demandé si le Parti québécois ne voulait pas simplement préparer certaines candidatures aux prochaines élections, en présentant cette motion mercredi matin.

« C’est fondamental. Nous n’avons rien à cacher. S’il y a un bénéfice pour Lac-Mégantic, je ne peux qu’être en faveur. Si l’exercice peut apporter des éclaircissements supplémentaires qui vont aider les gens de Lac-Mégantic, je supporte cette motion. Car le rapport d’enquête du Bureau de sécurité des transports (BST) ne réunissait pas l’ensemble des variables. Je suis en faveur de la vertu. Surtout si des informations supplémentaires peuvent en découler et si le fédéral a des explications à fournir », a déclaré M. Bolduc.

« La vérité ne peut qu’apporter du bon à la population qui souffre encore, ajoute-t-il. C’est sûr que j’ai hésité, car chaque fois qu’on brasse ces questions, il y a de l’émotion qui ressurgit. Le psychosocial, pour ceux qui ont perdu de la famille, des amis, j’ai une certaine sensibilité à ce sujet. Mais j’abonde dans le fait que plus de clarté, plus de vérité, c’est toujours une bonne chose. Il faut que la population soit en position de juger grâce à la transparence. »

Pas une priorité

Pour le député conservateur de Mégantic-L’Érable, Luc Berthold, la commission d’enquête publique n’est pas son outil de prédilection.

« Je ne ferme pas la porte, mais ce n’est pas ma priorité. J’accepte très positivement la compassion, mercredi matin, de la part des parlementaires pour la population de Lac-Mégantic. Mais je crois qu’il faut mettre notre énergie sur la mise en place d’une voie de contournement, pour le rétablissement de la population le plus rapidement possible. Il faut d’abord s’y concentrer. Il ne faudrait pas que cette demande de commission d’enquête publique amène de nouveaux délais et mette de côté le focus qu’il faut placer absolument sur la voie de contournement. »

La motion devait être transmise au premier ministre Justin Trudeau et au ministre des Transports Marc Garneau, a précisé M. Marceau.

Julie Morin

La voie de contournement en priorité pour la mairesse

La mairesse de Lac-Mégantic, Julie Morin, n’est pas contre la tenue d’une enquête publique sur la tragédie ferroviaire de 2013. Par contre, la priorité demeure d’obtenir une voie de contournement.

« Je ne m’oppose pas, affirme la mairesse, mais pour moi, la priorité, c’est la voie de contournement. On demande au gouvernement de mettre des sommes importantes pour cette voie. Je ne sais pas combien ça coûte une enquête publique et je ne sais pas ce que ça implique. »

« Je pense qu’il faut laisser le gouvernement fédéral se positionner à ce sujet, poursuit-elle. C’est le Québec en entier qui a lancé le message comme quoi la sécurité ferroviaire est devenue importante. »

Pour Mme Morin, c’est une surprise de constater que les députés de l’Assemblée nationale ont demandé cette enquête publique de manière unanime. « Je ne m’attendais pas à ça. Ça prouve à quel point ce qui est arrivé à Lac-Mégantic, ça a ouvert les yeux à beaucoup de gens sur l’importance de la sécurité ferroviaire », analyse-t-elle.

Selon la mairesse, une telle enquête n’est pas une priorité pour la majorité des Méganticois. « Les citoyens ici ne parlent pas beaucoup d’une enquête publique. Outre la coalition des citoyens, ce n’est pas un sujet d’actualité quotidien. Ç’a pris une ampleur qui dépasse Lac-Mégantic. »  -  Tommy Brochu