Jonathan Danault

Engouement monstre pour le pot légal

DRUMMONDVILLE — Il fallait être patient mercredi pour acheter du cannabis à la succursale de la Société québécoise du cannabis (SQDC) à Drummondville. Plusieurs centaines de personnes ont pris d’assaut la boutique, ce qui a fait en sorte que le temps d’attente pour rentrer était de près de deux heures en avant-midi.

La file occupait tout le stationnement du regroupement de commerces ainsi qu’une partie du trottoir. Plusieurs véhicules de la Sûreté du Québec étaient sur place pour éviter les accidents et les débordements.

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Malgré le temps maussade et le risque de pluie, les gens affichaient une belle énergie à 10 h pour l’ouverture officielle des portes. Le premier client, un dénommé Guillaume, a même reçu plusieurs cris d’encouragement lorsqu’il est sorti de la boutique en brandissant son sac d’achats dans les airs.

Samuel, lui aussi l’un des premiers clients, est un consommateur régulier de cannabis thérapeutique. Il a bien aimé le service reçu lors de son achat.

« Je suis venu vers 8 h et il n’y avait personne. Je suis revenu vers 9 h et déjà il y avait une bonne file. Tout est bien étalé sur les tablettes, tu ne vois pas les produits, mais on a tous les noms et les descriptions. Ils distribuent des pamphlets d’informations. »

Jonathan Danault a également apprécié le service des employés de la SQDC. 

« L’expérience est très agréable, souligne le Drummondvillois. Les commis se cherchent un peu, mais c’est normal, c’est leur première journée. »

Il estime que d’avoir un endroit où se procurer du cannabis en toute légalité est une très bonne chose.

« C’est terminé d’aller voir du monde croche pour s’en trouver, explique celui qui consomme du cannabis en raison de son hyperactivité. Les gens croches ne sont pas fiables. L’une des particularités ici, c’est que je peux demander du Indica ou du Sativa. Lorsqu’on achète ailleurs on prend ce qu’il y a. Tu peux parler de Sativa et ils vont te demander de quoi tu parles. » 

Des produits plus ou moins abordables

Les produits les moins chers offerts par la SQDC mercredi étaient à 8,50 $ pour un gramme, ce qui est plus cher que le cannabis sur le marché noir selon plusieurs personnes rencontrées par La Tribune.

« Quelqu’un qui est bien placé pour s’en procurer ne risque pas de venir ici souvent, mentionne Jonathan Danault. Sur la rue pour 100 ou 120 $, j’avais 28 grammes de qualité. Pour 120 $ à la SQDC, j’ai 15 grammes de qualité aussi. Le marché à la quantité ne se tient pas. Je vais revenir parce que je ne connais pas assez le milieu et je n’ai pas les plugs, mais avoir les bonnes ressources, je ne viendrais pas ici. »

« Le marché noir va toujours exister parce qu’on peut marquer [NDLR Acheter du cannabis, mais payer plus tard], explique Roxanne Veilleux de Sorel. À la SQDC, tu ne peux pas faire ça. Ceux qui n’ont pas d’argent paient parfois le mois d’après, le premier du mois souvent. Le marquage va toujours exister. »

Pour combattre le marché noir, Mario Champoux de Sherbrooke pense que la SQDC devrait offrir des prix de gros.

« Ça serait une façon logique de fonctionner. S’ils veulent vraiment combattre le marché au noir, ils devraient aussi nous laisser faire pousser des plants. Au noir, bien souvent on tombe sur du cannabis avec du chimique dedans. C’est difficile de trouver quelque chose de bon. Je me suis dit que j’allais essayer celui de la SQDC parce qu’au noir on ne sait jamais ce qu’on achète. »

M. Cusson, le maire de Drummondville était sur place mercredi en avant-midi. Il ne semblait pas surpris de voir autant de gens converger vers sa ville pour se procurer du cannabis.

« Ce n’est pas une surprise pour nous considérant qu’il n’y a pas de succursale en Estrie pour l’instant, souligne-t-il. Il va y avoir d’autres succursales qui vont ouvrir, mais on s’attendait à ça ce matin. »

« Le principal danger, c’est toujours la banalisation, poursuit-il. Il y a plein de choses qui sont légales, mais qui ne sont pas nécessairement bonnes, comme l’alcool. Juste à côté il y a des machines de vidéo poker. Est-ce que c’est bon? Je ne crois pas. C’est l’encadrement qu’on va y donner, c’est la prévention qu’on va faire. Il y a des objectifs derrière la légalisation. »

La succursale à Drummondville est installée sur le boulevard Saint-Joseph à proximité du magasin d’informatique Ordi Vert, de l’école de conduite Tecnic et d’un bar. Les commerces environnants ne voyaient pas nécessairement d’un bon œil la longue file d’attente et l’affluence importante provoquées par la SQDC. Ils mettaient en doute qu’il y ait suffisamment de places de stationnement pour répondre à la demande et doutaient aussi que la succursale leur amène plus de clients à long terme.