Malgré tous les messages de sensibilisation, les Estriens sont plus nombreux à avoir un excès de poids, présentent plus de troubles anxieux et de troubles de l’humeur et mangent moins de fruits et légumes.

En surpoids et plus anxieux, mais moins fumeur

Malgré tous les messages de sensibilisation, les Estriens sont plus nombreux à avoir un excès de poids, présentent plus de troubles anxieux et de troubles de l’humeur et mangent moins de fruits et légumes.

C’est à grands traits le constat préoccupant que la Santé publique dresse à partir de sa deuxième Enquête de santé populationnelle, menée auprès de 11 000 adultes de la région, quatre ans après la première.

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« C’est un peu comme si on regardait un bulletin, explique la directrice de santé publique de l’Estrie, Dre Mélissa Généreux. C’est pas nécessairement juste des bonnes nouvelles et ça interpelle beaucoup à l’action. »

Ainsi, en matière d’embonpoint et d’obésité, la proportion d’Estriens en surpoids était déjà élevée en 2014, à 54,9 % des répondants, mais elle a continué d’augmenter autant chez les hommes que chez les femmes jusqu’à près de 58 % en 2018. Les deux tiers des hommes sont aujourd’hui en surpoids en Estrie, s’inquiète Dre Généreux.

Au niveau de l’hypertension et du diabète, les indices sont également en hausse chez les hommes, même si la fréquence de ces conditions est nettement moindre que celle de l’embonpoint (19,8 % et 9,3 %). Le phénomène peut-être en partie lié au vieillissement de la population, précise Dre Généreux.

Problèmes de santé mentale en hausse

Sans surprise la Santé publique constate par ailleurs une augmentation des problématiques de santé mentale, dont la détresse psychologique que le tiers des femmes disent ressentir. 

« Que ce soit mesuré par de la détresse psychologique vécue à la maison, sans nécessairement avoir de diagnostic à l’appui, ou que ce soit par le nombre de diagnostics qui sont fournis par les médecins de troubles anxieux, dépression ou troubles de l’humeur, on voit que c’est en hausse dans notre population, autant chez les hommes que chez les femmes, mais de façon peut-être un peu plus importante chez les femmes.

« Ce que je trouve plus préoccupant encore, met en perspective Dre Généreux, c’est qu’il y a plein d’autres indices dans notre société, notamment chez les jeunes au secondaire, qui montrent que ce n’est pas un phénomène isolé. Il y a quelque chose qui nous interpelle beaucoup en Santé publique et je pense qu’on a de nouvelles stratégies à développer pour agir davantage en promotion de la santé mentale. »

La directrice de santé publique de l’Estrie, Dre Mélissa Généreux, a dévoilé mercredi les faits saillants de la deuxième enquête de santé populationnelle menée auprès de 11 000 Estriens en 2018.

Fruits, légumes et cannabis

Au chapitre des habitudes de vie, les répondants à l’enquête sont de plus en plus nombreux à manger moins de cinq fruits et légumes par jour, en hausse de 57 % à 65 %, et même à 72,8 % chez les hommes. 

Les répondants sont aussi plus nombreux à avoir fumé du cannabis au moins une fois dans la dernière année, soit 8,4 % des femmes et 16,2 % des hommes. « Je précise que ce n’est pas l’effet de la légalisation puisque les données ont été prises juste avant. Est-ce qu’il y a un peu d’effet d’avoir parlé davantage de cannabis au cours de la dernière année, c’est possible, mais ce n’est pas l’effet de la légalisation. Et c’est une tendance à la hausse qui mérite qu’on surveille ça de près. » 

Bonnes nouvelles par ailleurs, le tabagisme et l’abus d’alcool, mesuré sur la base de cinq verres en une seule occasion une fois par mois et plus, sont en baisse. Et la proportion d’Estriens qui disent ne pas avoir accès à un médecin de famille est également en baisse, de 18,4 à 13,7 %.

D’autres analyses

Pas moins de 30 chercheurs et cochercheurs sont impliqués dans cette enquête réalisée par une firme de sondage et analyseront les données sous différents angles au cours de la prochaine année, notamment pour la maladie de Lyme, l’accès aux services de santé, le temps d’écran, le mieux-être au travail et la tragédie ferroviaire de Lac-Mégantic.

Les deux tiers des répondants ont également accepté d’être rappelés chaque année par des étudiants en médecine qui suivront ainsi l’évolution de leur santé. « C’est une solution gagnante-gagnante qu’on a trouvée autant pour l’apprentissage de nos étudiants en médecine que pour la collecte de données qui vont pouvoir être tellement utiles pour suivre la trajectoire des gens », se réjouit Dre Généreux, en soulignant que des études de cette taille dans une région sont choses rares à l’échelle mondiale.

Les données seront par ailleurs partagées sur plusieurs plateformes dans les neuf régions du territoire du CIUSSS de l’Estrie-CHUS afin de mieux adapter les services et les interventions, autant celles de la Santé publique, du réseau clinique que de la communauté au sens large.

« Il y a déjà de belles concertations qui existent en Estrie dans chacun des territoires et à l’échelle très locale, constate Dre Généreux. Il y a même des tables de quartiers qui existent à Sherbrooke dans plusieurs secteurs. On veut travailler tous ensemble et je pense que c’est en prenant conscience de ces données-là, basées sur une étude très solide, qu’on peut prioriser les dossiers et fonder nos choix selon les priorités de l’heure. »