Deux MRC dans « un trou de services »

Une trentaine d’organismes communautaires à vocation régionale appellent à l’aide et demandent davantage de financement de la part du CIUSSS de l’Estrie-CHUS. Ces organismes vivent les soubresauts du redécoupage des territoires qui a eu lieu lors de la création du CIUSSS de l’Estrie-CHUS il y a trois ans : ils se retrouvent avec un plus grand territoire à couvrir mais sans avoir obtenu un sou supplémentaire.

« On est dans une situation où on a 200 000 personnes qui se sont ajoutées à notre territoire. Les organismes régionaux, comme SOS Grossesse ou Naissance renaissance Estrie, couvraient l’ensemble du territoire qu’était anciennement la région de l’Estrie. Ces organismes devraient normalement couvrir aussi les MRC de la Pommeraie et de la Haute-Yamaska maintenant. Ça vient avec des enjeux de déplacement, d’un milieu de vie dans la communauté, d’intervenants sur place... mais les organismes n’ont reçu aucun financement supplémentaire pour ça », se désole Claudelle Cyr, la directrice du Regroupement des organismes communautaires (ROC) de l’Estrie.

La création du CIUSSS de l’Estrie-CHUS a en effet amené un redécoupage des territoires dans l’offre de services des organismes communautaires. Les MRC de la Haute-Yamaska et de la Pommeraie, auparavant attachées à la Montérégie, se sont soudain retrouvées greffées au territoire de l’Estrie. Résultat : au fil du temps, un certain nombre d’organismes communautaires à vocation régionale se sont retirés de ces deux MRC — créant ainsi un trou dans l’offre de services de ces deux régions.

« Les gens de Pommeraie et de la Haute-Yamaska se retrouvent dans une espèce de no man’s land sans service, parce que les organismes de la Montérégie disent que ce n’est plus leur responsabilité et ceux de l’Estrie disent qu’ils ne sont pas capables financièrement de les desservir », ajoute Mme Cyr.

Les tristes exemples sont nombreux, comme celui d’une nouvelle maman de jumeaux de la région de Granby qui a téléphoné à Naissance renaissance Estrie pour avoir du répit à domicile. À cause des enjeux de transport et du personnel limité, il a été impossible pour l’organisme de lui en fournir. « Le CIUSSS offre aussi des services de répit, mais la clientèle doit répondre à certains critères précis. Pas nous. Nous sommes là pour tout le monde. Nous aurions pu aider cette maman, mais malheureusement pas dans nos conditions actuelles de financement », déplore Annick Wishnowsky, déléguée du ROC et directrice de Naissance renaissance Estrie.

La direction du CIUSSS de l’Estrie-CHUS est bien au fait de la situation que vivent les organismes — et conséquemment, les résidents de Haute-Yamaska et de la Pommeraie.

« Nous avons une rencontre prévue avec le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) le 17 avril. Nous avons une bonne écoute du ministère dans le ce dossier », explique Charles Lamontagne, conseiller-cadre à la direction générale du CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

Les organismes qui œuvraient auparavant dans la Pommeraie et la Haute-Yamaska ont dans plusieurs cas choisi de se retirer de leurs points de service afin de concentrer leurs services sur le territoire de leur nouveau CIUSSS. Ils ont toutefois gardé la totalité de leur financement.

« Il faut savoir que les organismes ne sont pas financés au prorata de la population. Nous n’avons pas choisi la stratégie de demander au ministère de retirer la part du financement que les organismes utilisaient avant pour offrir des services dans les deux territoires. Il faut comprendre que les organismes sont, à la base, très peu financés. On ne veut pas déshabiller Jean pour habiller Jacques », ajoute M. Lamontagne.