Les médecins Mario Wilhelmy et Yves Arcand croient que la création du CIUSSS de l’Estrie – CHUS a eu des impacts négatifs dans la région de Magog.

Deux médecins magogois critiquent l'organisation des soins de santé

Le processus de centralisation qui s’est opéré avec la création du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de l’Estrie – CHUS a fait grincer des dents dans la MRC de Memphrémagog. Deux médecins fort bien connus dans ce secteur, Mario Wilhelmy et Yves Arcand, jugent que la population de Memphrémagog a perdu au change et ne craignent pas de décrier publiquement les effets néfastes qu’ils ont observés.

Membre du « comité de vigie » s’intéressant aux soins de santé dans le Memphrémagog, M. Wilhelmy considère que cette région vit une situation semblable à celle qu’elle avait rencontrée en 1997. « Il y avait eu des efforts de centralisation, cette année-là, et je trouve qu’on revient un peu à ça. On n’est pas davantage d’accord maintenant qu’à l’époque », lance-t-il d’entrée de jeu.

Cet ancien directeur des services professionnels du Centre de santé et de services sociaux de Memphrémagog prend soin de noter qu’il croit les dirigeants du CIUSSS de l’Estrie de bonne foi, mais constate que les règles appliquées et les décisions prises par ceux-ci servent parfois bien mal les intérêts de la population de son secteur.

« Le modèle en place, en ce moment, est mal adapté pour une région comme la nôtre. Un hôpital tertiaire surspécialisé comme le CHUS n’est pas fait pour gérer un établissement périphérique semblable au nôtre, je crois», estime-t-il.

Selon ce que raconte Mario Wilhelmy, les dossiers cheminaient souvent plus vite quand le Centre de santé de Memphrémagog avait à sa tête un directeur général. Il souligne qu’il est maintenant difficile pour un médecin du secteur magogois de trouver à qui s’adresser lorsqu’il a une requête à formuler au CIUSSS de l’Estrie – CHUS.

« On n’a pas d’accusé de réception et les gens se renvoient la balle en recevant nos demandes. Avant, c’était plus simple. Les choses se réglaient régulièrement en deux coups de téléphone. »

Il compare même le CIUSSS, qui possède un volet universitaire, à un « gros paquebot qui a de la difficulté à contourner les icebergs qui se dressent devant lui ». Il suggère que le Centre de santé de Magog ressemble davantage à un voilier dont il est facile de modifier la trajectoire.

Des exemples

Mario Wilhelmy note que, plus tôt cette année, le personnel de l’urgence à Magog avait planifié ouvrir rapidement des lits de débordement, advenant que la clientèle monte en flèche en raison de la grippe. Or, il aurait fallu trois semaines avant qu’enfin les dirigeants du CIUSSS consentent au plan élaboré.

Aussi responsable de la Clinique du lac, M. Wilhelmy prétend par ailleurs que le développement de nouveaux services de santé spécialisés s’effectuerait nettement plus aisément, en sol magogois, si le personnel du centre de santé local avait davantage les coudées franches.

Par ailleurs, il déplore fortement le manque d’écoute qui aurait prévalu lorsqu’un médecin supplémentaire a voulu commencer à desservir le secteur de Mansonville, où les autorités locales ont récemment dénoncé une apparente diminution des services de santé dispensés sur leur territoire.

« Pour que le médecin en question s’établisse là, il y avait certaines demandes qui avaient été formulées, mais elles ne correspondaient pas au cadre un peu autocratique existant. C’est malheureux parce que ce genre d’opportunité ne se présente pas à tous les jours », relate-t-il.

Et ce n’est pas tout, car Mario Wilhelmy juge que des médecins de famille additionnels seraient nécessaires à Magog également. Il souligne que de nombreux Magogois sont inscrits à des cliniques ayant pignon sur rue à Sherbrooke, ce qui n’est pas idéal à ses yeux puisqu’on parle ici de services de proximité.

Véhiculer des mythes

Pour sa part président du Conseil des médecins, dentistes et pharmaciens (CMDP) de Memphrémagog, l’anesthésiste Yves Arcand affirme que des « mythes sont véhiculés par le CIUSSS » lorsqu’il est question du Centre de santé de Magog.

Entre autres, M. Arcand a mal accueilli des commentaires émis par le CIUSSS de l’Estrie – CHUS voulant que les salles d’opération du Centre de santé de Magog fonctionnaient au ralenti avant la fusion ayant permis la création du CIUSSS. « Ils laissent croire qu’on se pognait le beigne dans ce temps-là », lance-t-il.

Le président du CMDP reconnaît que le nombre de chirurgies a pu augmenter, ces derniers mois, au Centre de santé de Memphrémagog. Mais il souligne à grands traits que l’on n’opère plus sur place les personnes ayant besoin d’une prothèse du genou, une chirurgie plus longue à effectuer que plusieurs autres.

Il ajoute dans la foulée que, pour des raisons organisationnelles, les périodes de transition entre les chirurgies sont habituellement plus courtes à Magog qu’à Sherbrooke. Cela ferait en sorte que les journées de travail au bloc opératoire se termineraient souvent plus tôt en sol magogois. Ces fins de journées « hâtives » n’auraient donc rien à voir avec un manque d’efficacité, selon Yves Arcand.

Pas de débat sur la place publique

Ayant répondu à presque toutes les critiques en provenance de Magog ces derniers mois, la direction du CIUSSS de l’Estrie – CHUS a préféré ne pas donner la réplique aux médecins Mario Wilhelmy et Yves Arcand.

Dans un message acheminé à La Tribune, la direction du CIUSSS de l’Estrie – CHUS indique être « bien au fait des insatisfactions des Drs Wilhelmy et Arcand ainsi que de leurs inquiétudes vis-à-vis les nombreux changements engendrés par la réforme de notre réseau. La direction est disponible pour discuter avec eux, bien sûr. Cette discussion ne se fera toutefois pas à travers les médias ».

Le CIUSSS de l’Estrie a néanmoins joint une série de statistiques à son message et invité La Tribune à prendre connaissance de certaines d’entre elles.

Une de ces statistiques permet de constater que le nombre d’heures consacrées aux usagers de la région de Memphrémagog en soins et services de santé a augmenté entre 2015 et 2017. La hausse à ce chapitre serait de 0,8 pour cent.

Une seconde statistique porte par ailleurs à croire que le bloc opératoire du Centre de santé et de services sociaux de Memphrémagog est davantage utilisé aujourd’hui qu’avant la création du CIUSSS.