Michel Martel était en état d’ébriété lorsque son camion a frappé la voiture de la victime à l’angle de la route 139 et du chemin Magenta, le 13 février 2017 en soirée.

Deux ans pour un chauffard ayant causé la mort avec les facultés affaiblies

C’est en larmes que le responsable d’un accident de la route ayant causé la mort d’une femme de 29 ans, à Bromont, en 2017, a pris le chemin des cellules, mardi.

Michel Martel, 44 ans, avait la tête baissée tout au long de l’audience visant à appuyer la sentence de deux ans moins un jour de prison, assortie de plusieurs mesures, proposée par le Couronne et la défense pour la mort de Marie-Pier Chabot-Hautcoeur.

Le juge Claude Villeneuve, de la Cour supérieure, a reconnu qu’il s’agissait d’une peine relativement clémente. « J’aurais tendance à donner une peine de détention un peu plus grande », a-t-il indiqué avant d’accepter néanmoins l’entente, qu’il a qualifiée de « juste et appropriée dans les circonstances ».

Il a rappelé que l’alcool au volant est « un fléau à bannir » et qu’on insiste « souvent trop pour le dernier verre ».

Michel Martel (photo) «n’est pas un criminel et n’a jamais voulu faire de mal», a dit sa soeur devant le tribunal.

Le témoignage de la sœur de l’accusé a donné du poids à la sentence proposée, a dit le juge Villeneuve. En larmes elle aussi, Mélissa Martel a affirmé que son frère était « détruit » et qu’il « s’en voulait énormément ».

« Ce n’est pas un criminel et il n’a jamais voulu faire de mal. Il m’a dit : “J’aurais donc dû mourir”. Sa peine, il la vit chaque jour. »

Erreur

Michel Martel était en état d’ébriété lorsque son camion a frappé la voiture de la victime à l’angle de la route 139 et du chemin Magenta, le 19 février 2017 en soirée. Il n’avait pas fait son arrêt obligatoire avant de s’engager sur la route provinciale où Mme Chabot-Hautcoeur circulait.

Bien que fatigué, il avait accepté de raccompagner une collègue à la fin de son quart de travail comme cuisinier.

« Ç’a été une succession de mauvais choix, a dit Me Jocelyn Grenon, à la défense. C’est une personne qui n’est pas capable de dire non. M. Martel a des regrets et des remords. Je ne pense pas qu’on va le revoir dans une cour de justice. »

La victime, Marie-Pier Chabot-Hautcoeur, avait péri dans l’accident causé par la conduite de l’accusé.

Pour la poursuite, Me Catherine Gallant a précisé que le dossier ressemblait en effet à une erreur de parcours. L’accusé est « un individu sans histoire » qui menait une vie stable, n’avait pas d’antécédent judiciaire, ne circulait pas à haute vitesse et a plaidé coupable.

Mais « sa responsabilité est entière », a-t-elle ajouté. « Il a été insouciant en ayant trop travaillé, en ayant bu et en ayant pris le volant. »

M. Martel ne s’est pas exprimé devant le tribunal. Il a écrit une lettre à l’intention des proches de la victime, mais celle-ci n’a pas été lue en cour.

Pour la mère de Marie-Pier Chabot-Hautcoeur, M. Martel a « enlevé la vie de ma fille et brisé ma vie à jamais ».

« J’ai encore beaucoup de misère à le réaliser, a dit Sylvie Chabot à la cour. J’espère un jour pouvoir me réveiller de ce cauchemar-là. Jamais je n’aurais imaginé avoir aussi mal. »

Interdit

Sa fille unique « souriante et resplendissante » commençait, cette année-là, à améliorer son sort. Elle avait un nouvel amoureux, travaillait à la Brasserie Dunham et pensait à avoir des enfants.

« J’ose imaginer qu’elle veille sur moi d’où elle est », a dit Mme Chabot.

Elle est partie « beaucoup trop jeune, beaucoup trop vite », a mentionné la tante de la victime, Linda Chabot. « Et son départ aurait pu être évité. Avec toutes les campagnes de sensibilisation, qui, en 2017, peut ignorer que [l’alcool au volant] c’est interdit ? »

« Pour un geste immature, irresponsable et égoïste, [Sylvie] ne pourra plus jamais serrer sa fille dans ses bras. »

En plus de la peine d’incarcération, Michel Martel devra respecter, à sa sortie de prison, une probation stricte de 18 mois et faire 120 heures de travaux communautaires. Il lui est aussi interdit de conduire pendant cinq ans, incluant la période passée depuis son arrestation.

« Réfléchissez aux conséquences de vos gestes en prison », a dit le juge Villeneuve avant de clore la séance.

«Le dossier est clos, a dit Sylvie Chabot, la mère de la victime. Je vais essayer de continuer à faire mon deuil.»

UNE SENTENCE DURE À ACCEPTER 

La sentence de deux ans moins un jour de prison imposée à Michel Martel est dure à accepter pour les proches de la victime.

« J’aurais aimé qu’il ait un peu plus », a laissé tomber la mère de Marie-Pier Chabot-Hautcoeur, Sylvie Chabot, à sa sortie de la salle d’audience. « Mais ça ne ramènera jamais ma fille. »

Elle a ajouté ne « pas avoir le choix » d’accepter cette peine. « Le dossier est clos. Je vais essayer de continuer à faire mon deuil. »

La tante de la victime, Linda Chabot, s’est aussi dite « déçue » parce que « le temps de détention est très court pour l’impact que ça a eu ». « Notre peine à nous est pour le reste de nos vies. »

Me Catherine Gallant, du ministère public, a reconnu que le public pourrait trouver la peine clémente « mais quand on prend tout en considération, ça respecte la jurisprudence et le Code criminel ».

« Oui, c’est dans la fourchette minimale, a dit Me Jocelyn Grenon-, de la défense. Mais ça respecte tous les critères établis. C’était vraiment un événement malheureux. »

Il a rappelé que les avocats sont « liés par le Code criminel et la jurisprudence, pas par les sentiments. »

« De toute façon, ça ne sera jamais assez pour plusieurs personnes », a dit Me Grenon.