Des chercheurs ont réalisé des études visant à dresser le portrait de l’état de santé et du bien-être de la population demeurant dans la MRC du Granit.

Détresse marquée chez les jeunes Méganticois

Les jeunes Méganticois de 10 à 25 ans qui ont été exposés à la tragédie ferroviaire de 2013 présentent davantage de manifestations de stress post-traumatique comparativement aux jeunes qui ne l’ont pas été. De plus, les jeunes du secondaire qui ont été exposés à la tragédie ont davantage de pensées suicidaires et d’automutilation. De leur côté, les jeunes adultes exposés se distinguent quant à la présence de manifestations dépressives et dans plusieurs autres aspects de leur santé psychologique.

C’est ce que démontre une enquête menée par des chercheurs de l’Université du Québec à Chicoutimi et de l’Université de Sherbrooke auprès des jeunes âgés de 10 à 25 ans de Lac-Mégantic afin de dresser leur portrait trois ans et demi après le déraillement du train. Les résultats ont été présentés au Congrès de l’Association francophone pour le savoir mercredi.

Lors de cette enquête, des élèves du second cycle du primaire (143) et du secondaire (689), et des jeunes adultes (146) du Centre de formation professionnelle, du Centre d’éducation des adultes du Granit ainsi que du Centre d’études collégiales de Lac-Mégantic ont rempli un questionnaire autoadministré.

Les résultats révèlent que la majorité des répondants, indépendamment de leur lieu de résidence et de leur âge, ont été exposés au déraillement du train. Bien que l’étude démontre que les jeunes sont, pour la très grande majorité, satisfaits de leurs divers milieux de vie, que ce soit leur école, leur milieu familial ou leur municipalité, certaines données sont plus inquiétantes en ce qui concerne leur état de santé psychologique.

Par exemple, 38,9 % des jeunes du secondaire qui ont été exposés à la tragédie ont eu des pensées suicidaires et 26,2 % d’automutilation alors que les pourcentages pour les jeunes du même âge qui n’ont pas été exposés sont respectivement de 19,2 % et 11,1 %. Aussi, pour ce qui est de la présence de stress post-traumatique, on parle de 26,3 % chez les jeunes du primaire exposés, 15 % pour les jeunes du secondaire exposés et 27,6 pour les jeunes adultes exposés alors que ces pourcentages sont respectivement de 10,3 %, 0,4 et 4,2 % chez les non-exposés.

Point de vue des jeunes
En mars 2017, huit rencontres de groupe se sont tenues dans quatre écoles primaires réunissant 66 jeunes âgés de 10 à 12 ans et neuf rencontres du même type ont été réalisées auprès de 58 étudiants du secondaire et de huit étudiants fréquentant soit le Cégep ou le Centre d’éducation des adultes de Lac-Mégantic. La majorité des jeunes craignent la reproduction de telles circonstances et ne font pas confiance aux autorités pour ce qui est de la sécurité ferroviaire. Trois ans après le désastre, ils éprouvent diverses émotions : tristesse, inquiétudes, peurs, colère, frustration et lassitude à la suite aux événements. Plusieurs répondants ont, au cours des trois dernières années, manifesté du stress, de l’anxiété, ont eu des réminiscences ou ont vécu des crises de panique. Les étudiants plus âgés ont toutefois constaté des retombées positives dans leur vie personnelle : maturité accrue, plus grande sensibilité envers les autres et plus grande capacité à partager ses sentiments.

« Mais ce n’est pas juste négatif. Plusieurs éléments positifs sont ressortis de la recherche. Les jeunes de Mégantic sont allumés, contents de leur école et leur communauté et ont des parents qui les soutiennent », souligne la chercheuse de l’UDQC, Danielle Maltais.

Situation chez les adultes
À l’automne 2016, soit trois ans et demi après le déraillement du train à Lac-Mégantic, une enquête téléphonique a été menée auprès de 800 adultes demeurant dans la MRC du Granit afin de documenter les impacts psychologiques, comportementaux, et sociaux de cette catastrophe. Les résultats ont été analysés selon trois niveaux d’exposition à cette tragédie (exposition élevée, modérée ou nulle). Le quart des répondants (25 %) a connu une exposition élevée, 53 % une exposition modérée et un quart n’a pas été exposé à cet événement (22 %).

Selon l’enquête, une proportion plus élevée d’individus à forte exposition déclare que leur état de santé est passable ou mauvais, présentent plus de symptômes de stress post-traumatique et ont davantage de problèmes de santé psychologique (manifestations d’anxiété ou de dépression). Les individus fortement exposés au déraillement du train ont également éprouvé plus de difficultés à gérer les conséquences de la catastrophe sur leur vie personnelle, familiale ou professionnelle.

Forte appréciation de la vie
Les jeunes adultes exposés au déraillement du train sont significativement plus nombreux que les non-exposés à avoir constaté des changements positifs dans cinq aspects de leur vie soit leurs relations avec les autres, leur capacité à envisager de nouvelles possibilités, leurs forces personnelles, leur vie spirituelle et leur appréciation face à la vie. Ce résultat suggère la présence d’impacts positifs d’une exposition à une catastrophe chez certaines personnes.