Des producteurs de lait de Coaticook « abasourdis »

SHERBROOKE — Des producteurs laitiers de la région ont exprimé leur déception face à la décision de Santé Canada d’écarter le groupe alimentaire des produits laitiers du nouveau Guide alimentaire canadien, jugeant que le lait est une source de protéines ainsi que de nutriments naturelle et abordable pour tous.

Bien qu’elle ne soit pas finale, la décision de reléguer les produits laitiers à de simples sources de protéines fait sourciller la majorité des producteurs laitiers, qui se sentent constamment dénigrés par le gouvernement fédéral.

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« On est un peu abasourdi par cette nouvelle, c’est le moins qu’on puisse dire. Les produits laitiers restent une bonne source de protéines et de nutriments à bon prix », fait valoir Karine Moreau, productrice laitière à la Ferme Kajo de Coaticook, après avoir pris connaissance des intentions de Santé Canada. « On a rencontré les députés de la région l’été passé suite à la sortie des premières rumeurs en ce sens pour les informer des différentes études qui prouvent l’efficacité des produits laitiers. »

« Ils veulent aussi établir une équivalence entre le lait au chocolat et les boissons gazeuses », enchaine la productrice. « Il y a un monde de différence entre ces deux produits même si les deux sont sucrés, le lait au chocolat est une bonne source de protéines et une boisson de récupération. C’est choquant. »  

La recommandation d’enlever le groupe alimentaire des produits laitiers découle d’un rapport réalisé par la firme Earnscliffe, qui a sondé le public afin de formuler le nouveau Guide alimentaire canadien. Mme Moreau soutient que les 150 messages obtenus lors du sondage par la firme ne sont pas des avis de professionnels en nutrition et que les gens adhèrent souvent à des nouveaux courants alimentaires.

« Dépendamment comment on choisi le bassin de population sondé, on peut facilement se retrouver avec une perspective plus végétarienne et végétalienne de la chose, ce qui fait pencher la balance contre les produits laitiers », explique-t-elle quant à la crédibilité du rapport. « On ne peut pas compenser pour les produits laitiers seulement avec les légumineuses. On recommande par exemple de consommer des noix, mais elles sont interdites dans la majorité des écoles. »

Une industrie déjà ébranlée

Si le nouveau Guide alimentaire canadien exclut effectivement le groupe alimentaire des produits laitiers, Karine Moreau estime que les producteurs d’ici seront ébranlés, mais temporairement, eux qui vivent déjà des moments angoissants après que le gouvernement fédéral ait ouvert trois brèches dans le système de la gestion de l’offre.

« On travaille déjà fort pour faire la promotion de nos produits et pour les mettre en valeur. On s’est battu contre des attaques de différente nature, mais le lait a fait ses preuves par le passé et ses bienfaits pour la santé sont reconnus. Ça va sans doute nous affecter minimalement à court terme, mais les Canadiens ne sont pas près de délaisser les produits laitiers. »

« On a le dos large, il y a certains groupes qui aiment nous taper dessus », observe-t-elle. « On se fait reprocher d’être barbare et qu’on séquestre nos animaux, mais on prend souvent plus soin de nos vaches que de nous-mêmes. Le Guide demeure quand même une référence et ça va nous forcer à redoubler d’efforts pour mettre nos produits en valeur. »

Sans vouloir désigner de coupables, Mme Moreau croit fermement que les producteurs laitiers se font mettre de côté par le gouvernement fédéral, en plus d’être opposé frontalement par des compagnies végétales telles Monsanto.

« On se demande si quelqu’un, quelque part, pousse plus fort que nous pour entamer ce virage à 180 degrés par rapport à l’ancien Guide alimentaire. Des compagnies comme Monsanto qui vendent des semences ont beaucoup à gagner dans ce virage et ont beaucoup plus de poids que nous », suggère-t-elle, espérant que Santé Canada consulte des experts indépendants avant de prendre une telle décision.