Le champ de maïs de Jean-Philippe Larivière a été ravagé par des ours ces derniers jours.

Des ours ravagent un champ de maïs

Un producteur laitier de Sutton prend les grands moyens pour faire fuir les ours qui ravagent ses terres depuis le début de la semaine. Armé de ses carabines et aidé d’amis, Jean-Philippe Larivière se rend chaque soir, depuis mercredi, à son champ de maïs pour faire fuir, en tirant des coups au sol, les imposantes bêtes.

En quatre jours, les ours noirs, aussi connus sous le nom de baribals, ont mangé des épis couvrant une superficie d’un acre et demi.

La chaleur et la sécheresse pourraient en partie expliquer le comportement des ours, qui quittent leur forêt pour trouver de la nourriture ailleurs.

Les températures chaudes connues cet été ont fait en sorte que le maïs a poussé plus rapidement qu’à l’habitude, souligne Jean-Philippe Larivière, qui est également chasseur. « Les ours ont détecté que les épis étaient prêts pour eux et ils ont décidé de les manger. J’imagine qu’ils n’ont pas de petits fruits dans le bois à cause de la sécheresse», ajoute-t-il.

C’est la première fois que la ferme familiale, qui compte 35 acres de champs, subit autant de ravages.

M. Larivière soupçonne les ours d’être responsables en raison du type de dommages observé. « Les ratons laveurs qui entrent dans le champ cassent les plants », précise-t-il. Mais dans le cas présent, les plants ont carrément été couchés au sol.

Qui plus est, le jeune producteur laitier a installé une caméra de chasse, laquelle a capté les baribals à l’œuvre, confirmant ses soupçons.

À 1 km du village
Copropriétaire de la ferme Val Sutton, située à un kilomètre au sud du cœur du village, M. Larivière a contacté les agents de la faune en constatant l’ampleur des dégâts. Il est le seul Suttonnais à avoir fait un signalement au bureau de Granby, confirme Sylvain Carrier, porte-parole du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs.

« Le garde-chasse nous a dit de faire du bruit, reprend Jean-Philippe Larivière. Je suis descendu au champ avec mes carabines et des amis. Ça n’a pas l’air de faire d’effet parce qu’un ours est revenu jeudi soir. »

Il avait au préalable avisé ses voisins les plus proches et les citoyens membres d’un groupe de discussions sur réseau social Facebook avant de passer à l’action.

« On a dit par téléphone [à l’agriculteur qui a formulé une plainte] de mettre en place un système sonore ou des lumières stroboscopiques pour tenter d’effaroucher l’ours », indique M. Carrier, qui ne recommande pas l’utilisation d’une arme à feu pour effrayer l’ours en raison des risques que représente une balle perdue.

Pour l’instant, l’utilisation d’une arme, le canon vers le sol, est l’option choisie par M. Larivière puisqu’elle n’est pas coûteuse. Il envisage néanmoins d’acheter un canon effaroucheur.

La période de chasse à l’ours noir commencera à la mi-septembre, ajoute le Suttonnais. Et il compte bien se munir d’un permis à cet effet.

Une pause des marches quotidiennes
Éliane Excoffier a aussi été témoin de la présence d’ours près de sa maison, située à quatre kilomètres au nord du village de Sutton. Une ourse et ses deux oursons ont été captés à quelques reprises par une des caméras de chasse que Mme Excoffier a installées pour observer la faune.

« J’ai mis ces caméras par curiosité. Je savais qu’il y avait des animaux qui passaient sur ma terre et je voulais savoir c’était quoi », explique-t-elle.

Elle a été surprise de voir l’image de l’ourse avec ses rejetons près de sa maison durant la nuit. Ils sont ensuite repassés dans son champ en plein jour.

« La caméra est postée à la croisée de mon entrée, qui mène à la 139, et du sentier où je me balade avec mes chiens. C’est près de la maison. »

Sa terre est composée à la fois d’un champ et d’une forêt. La présence d’ours ne la surprend pas outre mesure. Mais de les savoir aussi près de la maison, oui.

« C’est sûr que c’est toujours un peu inquiétant parce que c’est où je vais marcher avec mes chiens tous les jours. Je n’ai pas tellement envie de me retrouver face à face avec une maman ourse et ses bébés», reconnaît-elle.

Pendant un certain temps, donc finies les balades dans le bois. « Je suis plus prudente, mais je ne suis pas alarmée», précise Éliane Excoffier.

Notons que la Suttonnaise ne déplore aucun dommage sur sa propriété et ses bacs à ordures. « En ce moment, il y a beaucoup de mûres sauvages. Ils viennent sûrement faire leurs provisions pour l’hiver. Maman ourse montre le territoire aux petits », conclut-elle en riant.

Le compostage problématique ?
Par ailleurs, des citoyens se sont questionnés sur les effets qu’aura l’arrivée des bacs de compostage à Sutton.

Pour le moment, il n’y a pas d’étude sur la question, répond Sylvain Carrier. « Mais on sait que ces bacs-là contiennent des matières en décomposition qui propagent des odeurs qui peuvent attirer des animaux se nourrissant de déchets de table. »

Il donne en exemple les ratons laveurs, les corneilles, les chats, mais aussi les ours. L’avenir dira si ces citoyens avaient raison de s’inquiéter.

QUOI FAIRE EN PRÉSENCE D'UN OURS NOIR?

Le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP) y va de quelques conseils pour éviter de se frotter aux ours noirs, à commencer par éviter de les nourrir, même involontairement. 

Il faut par exemple penser qu’une mangeoire pour oiseaux ou la nourriture pour les animaux domestiques peuvent les attirer. Dans le même ordre d’idée, il est idéal de ranger la nourriture et les ordures dans des endroits hors de leur portée et de nettoyer tout matériel ou équipement extérieur, comme le barbecue et le bac à ordure, qui peuvent générer des odeurs alléchantes.

Si, par inadvertance, quelqu’un se retrouve en présence d’un ours noir, il faut se rappeler que cet animal imposant attaque très rarement l’homme, fait savoir le MFFP.

Il faut ne pas s’approcher de l’ours et encore moins de ses petits. Il peut arriver qu’il se dresse sur ses pattes arrière pour mieux identifier une odeur ou une source de bruit. Il est également conseillé de ne pas crier et d’éviter les mouvements brusques. 

«Parlez-lui doucement et retournez tranquillement sur vos pas jusqu’à ce qu’il soit parti ou prenez un autre chemin, suggère Sylvain Carrier, porte-parole du ministère. Si l’ours vous suit de façon insistante, faites-lui face et montrez-vous imposant. Agitez les bras au-dessus de votre tête. Parlez fort. Tentez de l’impressionner. Avec un bâton, tapez sur les arbres ou au sol. Cela devrait suffire à le faire fuir.»

Contrairement à certaines croyances, il n’est pas recommandé de faire le mort ou de grimper à un arbre.

Enfin, si un ours noir rôde dans un secteur ou qu’il semble menaçant, il est possible de faire un signalement à SOS Braconnage au 1 800-463-2191.