Des moules zébrées ont été découvertes dans le lac Memphrémagog.

Des moules zébrées dans le Memphré

Ça y est : des moules zébrées, considérées comme une espèce exotique envahissante, ont été découvertes dans le lac Memphrémagog. Le coordonnateur de la patrouille Memphrémagog conservation, Santiago Doyon, affirme que des moules avaient déjà été aperçues auparavant.

« Le premier constat a été fait en 2017 par une employée de la Ville de Magog. Nous, cette année, ce qu’on a constaté, c’est que ce n’est pas un cas isolé. C’est un début d’infestation », explique-t-il.
« Mercredi à la fin d’un quart de travail, on a parlé avec Denis Mongeau de l’école de plongée, poursuit-il. Il nous a dit qu’il avait vu quelque chose d’inhabituel. Jeudi matin, on a constaté qu’il y avait déjà une centaine de moules dans le coin de l’île des Trois Sœurs. »
Les intervenants n’ont pas chômé ce week-end. De nombreuses observations ont été faites et des biologistes sont maintenant au courant du dossier. « Quand on a confirmé l’identification, on a fait 12 points d’observation à Magog et deux à Austin. Sur les 14 points, on a retrouvé des moules à 10 places. Ça variait de deux à cinq moules à des centaines, dépendant des secteurs. Ça fait des années qu’on prévient, là on va sensibiliser les gens. Si l’on fait de la sensibilisation, on va prévenir la contamination des autres lacs en Estrie », affirme-t-il. 

Environ cinq ans sont nécessaires pour que le nombre de moules zébrées explose.

Santiago Doyon

La directrice du conseil québécois des espèces exotiques envahissantes, Hélène Godmaire, considère que c’est une mauvaise nouvelle de voir ces moules zébrées arriver dans le lac Memphrémagog. « On ne veut pas de moules zébrées dans nos lacs, mais en même temps, on est au début de l’infestation. Est-ce qu’elle va s’implanter et envahir totalement les espaces comme dans les Grands Lacs ? On peut se poser la question », se questionne la biologiste, ajoutant que plusieurs tests doivent être faits.
« Il faut consulter les données de physicochimie, donc le calcium et le pH, ce sont les facteurs qui orientent le développement de la moule zébrée. »
Prédateur
Un prédateur naturel de la moule zébrée, le gobie à taches noires, a été aperçu au Québec. Cependant, il est trop tôt pour ajouter manuellement ces poissons dans le lac Memphrémagog. « L’arrivée du gobie à taches noires a fait en sorte que les populations se sont stabilisées. C’est sa proie de prédilection. Je ne manipulerais pas l’écosystème de cette façon, il faut d’abord évaluer les risques », analyse Mme Goodmaire.

Hélène Goodmaire

À quel point ces moules sont-elles dangereuses pour la biodiversité ? « Cette espèce élimine les autres mollusques et retire le plancton de la colonne d’eau. Elle compétitionne avec les autres organismes, prend l’espace et la nourriture. Elle est nuisible », indique la directrice du conseil québécois des espèces exotiques envahissantes.
En plus d’engendrer d’énormes coûts, ce mollusque peut blesser les humains. « Lorsqu’elle est abondante, on se blesse les pieds. On ne peut pas marcher sur des moules zébrées sans se couper les orteils », prévient Mme Goodmaire.
Que faut-il faire pour enrayer ce problème ? « Il faut un effort collectif. Il faut suivre son envahissement. Il y a des méthodes de contrôles qui sont plus ou moins efficaces chimiques, physiques et biologiques, mais ce n’est pas très efficace dans un grand plan d’eau comme le nôtre », suggère-t-elle, ajoutant qu’il est très important de nettoyer les embarcations lorsqu’on change de plan d’eau.