La juge administrative Sophie Marchildon confie avoir adopté un leadership rempli de douceur et de respect pour amorcer une réconciliation avec les peuples autochtones.

Des influenceurs livrent leurs secrets

« Le leader influence son entourage en étant authentique et vrai. Un leader va être respecté s’il dit la vérité et s’il admet ses erreurs. Vous pouvez avoir des gens dans votre équipe qui ne sont pas du tout d’accord avec votre point de vue, mais qui vous respecteront parce que vous êtes intègre et que vos décisions sont basées sur vos valeurs », a souligné la juge administrative au Tribunal canadien des droits de la personne Sophie Marchildon, lors de la deuxième édition estrienne du Sommet mondial du leadership qui a réuni plus de 300 participants, mardi, au Théâtre Granada.

En tout, huit conférenciers aux expertises diversifiées ont partagé leurs secrets de leader lors de la journée. La juge Marchildon et Grégory Charles étaient les deux conférenciers présents à Sherbrooke. Les conférences de Joseph Grenny, cofondateur de VitalSmarts, Marcus Buckingham, auteur, Gary Haugen, fondateur d’International Justice Mission, Immaculée Ilibagiza, autrice, Travis Bradberry, cofondateur de TalentSmart, et Chris McChesney, PDG de Franklin Covey, étaient présentées en rediffusion.

De préposée à juge

Avant d’être juge, Sophie Marchildon a porté plusieurs chapeaux. Préposée aux bénéficiaires puis infirmière, elle a ensuite fait ses études en droit avant de travailler quatre ans en pratique privée dans le domaine de l’immigration, le droit de la santé et le droit civil. Elle a récemment présidé un important dossier qui touche plus de 165 000 enfants autochtones à travers le Canada. Le mégaprocès traitait aussi du Principe de Jordan.

« Le dossier qu’a présidé la juge Marchildon est historique. Il est le premier de ce genre au monde. Il est suivi par les Nations Unies, Amnistie internationale et de nombreux groupes autochtones et de défense des droits de la personne », a mentionné dans son discours de présentation le Dr Doan Hoa Do, membre du comité organisateur de l’événement.

Historique de stéréotypes

La juge Marchildon s’était donné pour mission de changer l’image de la justice qu’avaient les autochtones en vue d’une réconciliation. Dans ce contexte, elle a privilégié un leadership inclusif et respectueux rempli de douceur, d’amour, d’écoute, d’ouverture et de transparence.

« Il y a eu un historique de stéréotypes, de préjudices et d’irrespect de leur culture et de leur langue. On a entendu de la preuve sur les écoles résidentielles, un outil pour assimiler les peuples autochtones. On disait qu’il fallait sortir l’indien de l’enfant. Devant le tribunal, on voulait s’assurer que leur identité était respectée et honorée », a résumé la juge qui présidait le tribunal qui a ordonné au Canada de mettre fin à ses actes discriminatoires et de réformer tout le Programme des Services des Enfants et de la famille des Premières Nations.

Leadership courageux et persévérant

« Il faut un leadership courageux et persévérant pour changer des choses qui existent depuis longtemps. Les gens sont réticents. C’est en communiquant la direction qu’on souhaite prendre et expliquant l’objectif qu’on vise dans un esprit de collaboration qu’on y arrivera », a expliqué la conférencière.

Lors du mégaprocès, le tribunal s’est adressé directement aux peuples autochtones à travers les caméras qu’on a laissées entrer. « On leur a dit qu’ils étaient précieux, importants, honorés. On a reconnu leur souffrance quant au suicide de plusieurs enfants parfois de moins de 12 ans », a ajouté la juge.

Un documentaire D’Alanis Obomsawin

La réalisatrice autochtone Alanis Obomsawin, lauréate du prix du Gouverneur général du Canada pour les arts du spectacle en 2018, était à l’événement pour y tourner des scènes pour son prochain documentaire sur l’injustice dans les services sociaux que les enfants autochtones ont subie.

« J’ai passé beaucoup de jours dans les années 1960 et 1970 dans les cours à travers le Canada et à ce moment-là, c’était très dérangeant de voir comment notre peuple n’était pas respecté par personne à la cour. On n’avait pas de voix, c’était terrible. J’ai eu la chance de tourner au tribunal de la juge Marchildon et j’ai vu le respect envers notre peuple. C’est plus que de l’espoir quand des gens sur lesquels on a pilé sont respectés. Pour moi, c’est le plus beau cadeau que je pouvais recevoir », a témoigné, très émue, Mme Obomsawin.