« Respect SVP. Favorisez la rétention. » À la fin de la semaine dernière, des employés de bureau ont écrit ce slogan à la craie devant les escaliers de trois bâtiments administratifs du CIUSSS, notamment à l’édifice Norton du CHSLD Argyll, où travaillent les membres de la haute direction de l’établissement.

Des départs par dizaines chaque semaine au CIUSSS

EXCLUSIF / Pas moins de 557 personnes ont quitté volontairement leur emploi au CIUSSS de l’Estrie-CHUS entre le 1er avril et le 31 août dernier, soit en démissionnant ou en prenant leur retraite, ce qui représente 3,45 % du personnel. Dans ces cinq mois, 382 autres employés ont quitté pour d’autres raisons qu’un départ volontaire, par exemple à la fin d’une probation échouée, d’un congédiement ou à la fin d’un lien d’emploi après une longue invalidité, soit 2,37 % du personnel. Durant la même période, le CIUSSS comptait 16 135 employés, en excluant les médecins et le personnel-cadre. La direction du CIUSSS embauche aussi du personnel de façon continue.

« Chaque semaine, ce sont entre trois et cinq employés de notre catégorie qui quittent le réseau de la santé. Plusieurs devancent leur retraite, quitte à assumer des pénalités sur leur fonds de retraite », soutient Vicky Ouellet, présidente du Syndicat du personnel administratif du CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

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« Les départs sont répartis partout sur le territoire du CIUSSS de l’Estrie-CHUS, ça ne touche pas une installation en particulier », ajoute-t-elle.

« Entre 10 et 20 employés quittent chaque semaine du côté de la catégorie 2 (SCFP-FTQ) », soutient pour sa part Mélanie Cloutier, conseillère syndicale au SCFP-FTQ, le syndicat qui regroupe le personnel paratechnique, des services auxiliaires et de métiers, ce qui inclut notamment les préposés aux bénéficiaires (PAB).

« Début septembre, il y a eu une semaine où nous avons eu une dizaine de départs contre seulement cinq embauches dans notre catégorie d’emploi », ajoute Mme Cloutier.

Dans cette catégorie, on compte d’ailleurs 249 départs volontaires entre le 1er avril et le 31 août, soit 5,1 % des effectifs, alors que 139 (2,8 %) ont quitté pour des raisons indépendantes de leur volonté. Les départs seraient nombreux chez les PAB notamment où le taux de rétention dans la profession après cinq années d’ancienneté est très bas au Québec.

Les départs sont aussi nombreux pour le personnel de bureau, notamment chez les adjointes administratives. « Depuis que le CIUSSS est devenu un seul employeur en Estrie, c’est plus difficile pour les personnes dans certaines catégories d’emplois de changer d’employeur, comme les infirmières par exemple. Mais dans le cas des employés de la catégorie 3, c’est-à-dire les employés de bureau, la compétition est forte sur le marché. L’employeur nous dit qu’il est attractif, mais ce que nous constatons, nous, c’est que c’est l’exode », soutient Vicky Ouellet, présidente du Syndicat du personnel administratif du CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

De ce côté, ce sont 76 personnes qui ont quitté volontairement dans les cinq derniers mois (3,2 % des effectifs) alors que 70 autres ont quitté pour d’autres raisons.

Au quotidien, le personnel administratif se plaint de « fardeaux de tâches » et de nombreux problèmes liés au climat de travail.

« À la paye par exemple, on a travaillé pour améliorer les processus dans l’optique d’un CIUSSS et on a cessé certaines activités pour atteindre les objectifs de réduction des frais administratifs. Par exemple : avant, les horaires des employés étaient codés par des techniciennes en administration; aujourd’hui, ce sont les gestionnaires qui doivent faire les vérifications pour l’ensemble des équipes qu’ils gèrent. Le même travail doit être fait, mais ce sont les gestionnaires — débordés — qui doivent le faire. Résultat : les gens de la paye passent un temps fou à gérer les plaintes des employés lors de chaque paye. Est-ce qu’on a fait des économies au final? Non, au contraire », affirme Vicky Ouellet.

La CSN et le SCFP-FTQ travaillent en ce moment à faire le compte exact des départs et des embauches dans leurs catégories respectives.

Du côté du personnel en soins infirmiers et cardio-respiratoires (catégorie 1, syndicat FIQ-SPSCE), on a compté 147 départs volontaires (2,87 % des effectifs) et 102 départs forcés.

Finalement du côté de l’APTS, qui représente les techniciens et professionnels de la santé et des services sociaux, on a répertorié 85 départs volontaires, soit 2,8 % des effectifs, et 71 autres départs.

La direction du CIUSSS tient toutefois à préciser que tous ces départs, tant les retraites que les démissions, ne sont pas tous attribuables aux conditions de travail. En effet, lorsqu’ils quittent, les employés sont invités à remplir un questionnaire dans lequel ils indiquent la cause de leur départ. Un certain nombre d’entre eux spécifient par exemple qu’ils s’en vont pour changer de région.

Vicky Ouellet de la CSN est très, très inquiète face à l’exode de tous ces travailleurs expérimentés. « On entend le tic tac. Ça va finir par éclater d’une façon ou d’une autre », craint-elle.

Comme ses homologues des trois autres grands syndicats du CIUSSS, Mme Ouellet mise beaucoup sur les négociations locales, qui sont en cours, pour mettre fin à l’hémorragie en offrant des emplois plus stables et attrayants.