Mélanie Trudel avec le courantomètre à effet Doppler sur le bord de la rivière Massawippi, près de l’Université Bishop’s.

Des cartes pour prévoir les inondations en Estrie

SHERBROOKE — Des chercheurs de l’Université de Sherbrooke sillonneront pour les deux prochaines années les cours d’eau des MRC du Haut-Saint-François et de Coaticook ainsi que ceux de la Ville de Sherbrooke. Leur objectif : mettre à jour les cartes des zones inondables de la région.

Par un après-midi de juin ensoleillé, deux personnes se penchent au-dessus du bord du pont de la route 108, près de l’Université Bishop’s, et s’affairent à tirer une étrange planche flottante d’une rive à l’autre de la rivière Massawippi.

« C’est un courantomètre à effet Doppler », articule soigneusement Mélanie Trudel, professeure en génie civil et génie du bâtiment à la Faculté de génie de l’Université de Sherbrooke. Cet appareil, aussi appelé ADCP (de l’anglais Acoustic Doppler Current Profiler), sert à mesurer le débit d’une rivière.

Du pont, la professeure et son technicien de laboratoire, Nicolas Simard, surveillent aussi l’arrivée du stagiaire Mathieu Fouquet, qui parcourt la rivière à bord d’un kayak modifié pour accueillir plusieurs appareils. L’équipement inclut un GPS différentiel (précis au cm près) et une HydroBall, une bouée qui permet de mesurer le niveau de l’eau et la bathymétrie, c’est-à-dire le relief du fond de la rivière. Le kayak comprend aussi une modification moins scientifique mais tout de même pratique, soit un moteur qui permet de remonter le courant et de ne pas trop se fatiguer en zigzaguant des heures sur une rivière pour la collecte de données.

Pouvoir prévoir

Les données récoltées par les différents appareils serviront à produire une carte des zones qui courent un risque d’inondation. « L’objectif est de faire relation entre le débit et les niveaux d’eau pour faire des prévisions : selon les débits qui vont passer dans la rivière, quels seront les niveaux d’eau qui vont être atteints, et donc quelles zones seront insondées », résume Mme Trudel.

Les différents secteurs se verront donc attribuer une « récurrence », une unité exprimant la probabilité annuelle qu’un endroit soit inondé. La professeure souligne toutefois qu’il faut être prudent dans son interprétation : « Une zone inondable avec une récurrence d’une fois en vingt ans, ça ne veut pas dire qu’on est inondé une fois tous les vingt ans! Ça veut plutôt dire que chaque année, on a un risque de 5 % — une fois sur 20 — d’être inondé », note la chercheuse.

Autre rappel important : les zones inondables varient avec le temps. « On a tendance à penser que c’est immuable, mais ce n’est pas fixe, une rivière, c’est mobile, ça varie! Ça c’est d’une part, mais d’autre part, il peut y avoir des éléments qui s’ajoutent sur la rivière ou autour — comme un pont —, ou encore l’érosion, la sédimentation... Puis en plus on a les débits qui sont amenés à changer à cause des changements climatiques. Tout ça peut modifier l’écoulement de la rivière et donc la cartographie », soutient Mme Trudel.

D’où l’importance, selon elle, de constamment mettre à jour la cartographie des zones inondables. Elle ajoute qu’en Estrie, l’ancienneté des informations disponibles varie beaucoup : si les plus récentes datent de 2010, le « gros effort » de collecte aurait surtout été réalisé autour de 2005, alors que pour certains a certains endroits, les cartes datent de la fin des années 90.

Collaborations

Le projet est le fruit de multiples collaborations : d’une part, Mme Trudel et son équipe travaillent avec Marie-Amélie Boucher, qui est aussi professeure en génie civil et génie du bâtiment à la Faculté de génie de l’Université de Sherbrooke. Les deux groupes collaborent aussi avec le professeur Richard Fournier, du Département de géomatique appliquée.

D’autre part, les deux MRC et la Ville de Sherbrooke coopèrent à leur tour avec les chercheurs, puisque ces travaux sont en lien direct avec les préoccupations des décideurs concernant les inondations. Les résultats obtenus seront donc éventuellement intégrés dans les schémas d’aménagement de ces régions, souligne Mme Trudel.