Mélissa Généreux

Dépoussiéreur à clavier: la Santé publique lance une enquête

La direction de la Santé publique de l’Estrie a lancé une étude épidémiologique sur des cas d’inhalation de dépoussiéreur de clavier, des produits qui contiennent du difluoréthane, une substance qui peut avoir des effets euphorisants. Deux cas ont été rapportés dans les urgences au cours des dernières semaines.

Ce n’est pas la première fois qu’on entend parler des dangers de cette substance : en 2015, une adolescente avait chuté d’un pont à Sherbrooke après avoir été intoxiquée par ce produit. D’autres cas avaient aussi été répertoriés au Québec. Les cas survenus à Sherbrooke récemment incitent la Santé publique à surveiller la situation de près. 

« La cloche a été sonnée par le Service de police de Sherbrooke (...) On a décidé d’enclencher une enquête épidémiologique, qui vise d’abord à répondre à la question : y a-t-il une menace sur le territoire? On a interpellé plusieurs partenaires qui pourraient être au courant si la consommation est en émergence en Estrie. C’est dans ce contexte-là qu’on a vu que dans nos urgences à Sherbrooke, on a eu au moins deux cas, indique Mélissa Généreux. Comme il ne s’agit pas de maladie à déclaration obligatoire, les cas pourraient donc être plus nombreux. » 

Parallèlement, le Centre de réadaptation en dépendance de l’Estrie confirmait à la Santé publique avoir constaté des cas de dépendance. Au SPS, on indique ne pas être en mesure de chiffrer ces cas. À la suite de leurs interventions, des patrouilleurs ont toutefois eu des indices qu’il s’agissait de cas liés à une telle inhalation.  

« Faites pas ça »

Les cas rapportés à la Santé publique concernent du dépoussiéreur à clavier, mais le difluoréthane se retrouve aussi ailleurs. « C’est un gaz qu’on retrouve dans différents produits », explique Dre Généreux.

« On est vraiment inquiet, commente la directrice de la Santé publique. C’est vraiment dangereux. À un tel point qu’on hésite à en parler, on ne voudrait pas que ça donne le goût à des jeunes d’essayer. C’est carrément déconseillé. Ce n’est pas mon genre de dire : ‘‘faites pas ça’’, mais ça, faites-le pas! Si on sort publiquement, le but recherché, c’est de dire que c’est vraiment dangereux. » 

« Il n’y a pas de façon prudente de consommer cette substance-là. Une fois inhalée, ça a un effet irritant cardiaque. Ça rend le cœur très vulnérable », indique la directrice en soulignant que cela peut notamment entraîner de l’arythmie cardiaque ou une perte de connaissance.

Lorsqu’un incident impliquant une adolescente était survenu en 2015, la Santé publique avait mené une enquête épidémiologique, qui avait révélé que les cas concernaient des adolescents. Cette fois, la donne est différente : le phénomène touche des jeunes au début de la vingtaine. La santé publique a demandé à tous les intervenants concernés (milieu hospitalier, ambulanciers, etc.) de rapporter les cas qui pourraient être liés à de telles inhalations. 

Une hausse de vente de ces produits a aussi été constatée dans certains commerces. « À un tel point que certains ont décidé de retirer d’emblée les fameuses canettes. »  

Des démarches ont été entreprises auprès des commerces afin de les sensibiliser à la question. On leur demande par exemple de moins exposer à la vue les contenants de dépoussiéreur.  

Richard Vaillancourt, coordonnateur en santé mentale, dépendance et services psychosociaux au CIUSSS de l’Estrie — CHUS, précise que la consommation de cette substance peut entraîner une dépendance sévère. La concentration de la substance n’est pas faite pour une consommation; consommer un produit autre qu’une drogue conçue pour la consommation s’avère plus dangereux.