La réouverture graduelle d’une partie du commerce de détail et du secteur manufacturier est un défi à la mesure des Estriens, croit le directeur de santé publique de la région, le Dr Alain Poirier.
La réouverture graduelle d’une partie du commerce de détail et du secteur manufacturier est un défi à la mesure des Estriens, croit le directeur de santé publique de la région, le Dr Alain Poirier.

Déconfinement: un défi à la mesure des Estriens, dit Dr Poirier

Jacynthe Nadeau
Jacynthe Nadeau
La Tribune
La réouverture graduelle d’une partie du commerce de détail et du secteur manufacturier est un défi à la mesure des Estriens, croit le directeur de santé publique de la région, le Dr Alain Poirier.

«Il ne faut pas penser qu’il n’y pas de risque», met-il toutefois en garde, en marge du dévoilement du plan de relance de l’économie du Québec mardi.

À LIRE AUSSI: Les enjeux surmontables de la réouverture des écoles primaires

Plus d’entreprises ouvertes, plus de Québécois infectés [VIDÉO]

«Mais on a quand même l’expérience dans plusieurs milieux qui seront restés ouverts depuis six semaines, soit les services essentiels, et malgré tout ça on a eu une disparition de la transmission du virus dans la communauté en Estrie.»

«Il y aura des problèmes c’est sûr. Il y aura des éclosions, je ne le nie pas, ajoute-t-il. Mais il faut réapprendre, il faut retourner à la vie, et il va falloir reprendre le contrôle aussi dans les régions aux prises avec une épidémie chez les aînés.»

Après avoir annoncé lundi la réouverture des écoles primaires et des centres de la petite enfance pour le 11 mai prochain, le premier ministre François Legault, son ministre de l’Économie Pierre Fitzgibbon et le directeur national de la santé publique Horacio Arruda ont annoncé mardi que les commerces de détail qui ont pignon sur rue pourront rouvrir le 4 mai, tandis que le secteur manufacturier, avec certaines restrictions, et l’industrie de la construction pourront faire de  même à compter du 11 mai. 

Cette annonce survient pendant qu’en Estrie mardi, le bilan des cas confirmés de COVID-19 était en hausse de seulement un cas par rapport au bilan de 821 de la veille, et qu’on ne déplore aucun nouveau décès depuis trois jours.

«Ça fait deux semaines qu’on est en bas de dix cas par jour en Estrie, rappelle le Dr Poirier. Et ce n’est pas parce qu’on ne teste pas, comme plusieurs le prétendent. On est la deuxième région qui teste le plus, mais c’est vrai qu’on a fait moins de tests parce qu’il y a moins de cas. (…) On fait 20 fois plus de tests qu’on en trouve. 19 fois sur 20, c’est négatif. »

 Dr Alain Poirier

Pour le Dr Poirier, il est rassurant de voir que le virus circule beaucoup moins. Il y voit la démonstration que les Québécois ont bien maîtrisé les mesures de protection, dont la fameuse règle de distanciation physique de deux mètres, qui semble là pour rester dans toutes les étapes de déconfinement qui s’en viennent. 

«Ce virus-là n’est pas vivant, explique le Dr Poirier. Il ne fait que survivre d’une personne à une autre. Sans un humain et un autre humain, il n’y a plus de virus et une fois que les gens ont compris ça, on va probablement passer à travers.»

Reste à voir si les Québécois qui sont autorisés à retourner à l’école et au travail dans les deux prochaines semaines éviteront le piège de baisser la garde.  

«Les conditions ne sont pas parfaitement réunies, mais il faut en même temps redonner un peu de vie à la société, avec l’emploi, les revenus, le commerce. On commence par ça et on verra pour la suite. Il y a un risque à surveiller, mais j’ai l’impression qui si les gens ne veulent pas se faire reconfiner, ils vont maintenir les bonnes habitudes qu’ils ont prises.»

«On les a eues ces discussions depuis des semaines avec les entreprises qui sont restées ouvertes, reprend-il, parce que oui il faudra faire des ajustements. Il y a eu des cas. Il y a des entreprises qui vont devoir refermer ou qui vont perdre des employés qui doivent retourner à la maison parce qu’ils sont symptomatiques. Il y a pas mal de gens qui ont appris et qui savent maintenant c’est quoi, la meilleure façon de travailler.» 

Si comme il l’espère cette première étape de déconfinement se passe bien, le Dr Poirier pense qu’on poursuivre le plan et qu’en travaillant avec les intervenants concernés, on arrivera à des solutions imaginatives pour relancer les autres secteurs, même ceux où la distanciation physique est moins évidente à respecter.

«Les deuxièmes à repartir vont sûrement regarder les premiers en espérant qu’ils fassent bien ça parce que si ça va trop mal dans la réouverture, ça risque de ralentir un peu la suite des activités. On va espérer que ça aille bien et j’ai confiance. »

Pas de nouveau décès depuis trois jours

Aucun nouveau décès lié à la COVID-19 n’a été déclaré en Estrie pour une troisième journée consécutive, mardi. Le bilan des décès reste stable à 25 tandis que le bilan des cas confirmés est en hausse d’un cas, portant le total à 822 cas dans la région sociosanitaire estrienne.

Le nombre de cas hospitalisés au CIUSSS de l’Estrie-CHUS est de 49, en baisse de deux cas depuis le dernier bilan, et deux personnes sont hospitalisées aux soins intensifs, en baisse d’un cas.

Le CIUSSS de l’Estrie-CHUS signale par ailleurs que 378 personnes sont rétablies, en augmentation de 12 cas depuis le dernier bilan.

Même si leur situation est stabilisée, quatre résidences pour personnes âgées en Estrie sont toujours sur la liste des établissements sous surveillance du ministère de la Santé et des Services sociaux, précise également le CIUSSS de l’Estrie-CHUS. 

Il s’agit de la Résidence Soleil Manoir Sherbrooke avec 39 cas confirmés et 8 décès, la Résidence Ferland de Danville avec 25 cas confirmés et 6 décès, la Coop de solidarité en habitation La Brunante de Racine avec 9 cas confirmés et 3 décès et l’Accueil Notre-Dame de Magog avec 3 cas confirmés.

À l’échelle du Québec, le bilan dressé mardi fait par ailleurs état de 83 nouveaux décès pour porter le total de victimes à 1682 depuis le début de la pandémie. Le nombre de personnes malades a augmenté de 775 depuis 24 heures, ce qui porte le total à 25 757 cas confirmés. 

Selon le nombre de cas confirmés par 100 000 habitants, la région sociosanitaire de l’Estrie arrive désormais au 8e rang, peut-on observer sur la carte détaillée de la distribution de la COVID-19 au Québec préparée par des chercheurs de l’Université Laval.

La ville de Laval arrive ainsi en tête de liste des 18 régions sociosanitaires du Québec avec 664,96 par 100 000 habitants, suivi de Montréal (608,26), Lanaudière (384,71), Mauricie-Centre-du-Québec (226,03), Montérégie (209,13), Laurentides (190,73), Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine (182,66) et l’Estrie (168,75). Le Bas-Saint-Laurent ferme la marche avec 17,23 cas par 100 000 habitants.