Le président du Memphrémagog conservation, Robert Benoit, et le coordonnateur de DUMP, Henry Coe, souhaitaient ardemment réunir des politiciens québécois et vermontois dans une même salle pour qu’un dialogue s’amorce concernant le site d’enfouissement de Coventry.

Coventry: Waste Systems pointe les Canadiens

Un dialogue a été entrepris lundi, à Newport, entre des représentants de l’État du Vermont et des politiciens québécois concernant le site d’enfouissement de Coventry et son impact sur l’eau du lac Memphrémagog. Des discussions franches et constructives ont eu lieu, mais le grand patron de Casella Waste Systems, John Casella, a de nouveau pointé les Canadiens.

Environ une quinzaine de politiciens de l’Estrie, dont les députés Lyne Bessette et Gilles Bélanger, ainsi que du Vermont ont pris part à la rencontre, qui avait été organisée par le collectif Don’t Undermine Memphremagog Purity (DUMP). Plusieurs fonctionnaires municipaux et attachés politiques ont également participé aux discussions.

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« Nos standards pour les PFAS sont bien plus importants au Vermont qu’au Canada, a lancé John Casella devant la soixantaine de participants à la rencontre. En fait, au Canada, ils ne mesurent pas les concentrations de ce type de produits. »

Il y a quelques semaines, M. Casella avait tenu le même discours dans une lettre d’opinion qui avait été publiée dans plusieurs journaux au Vermont. Et il était allé plus loin en laissant entendre que l’organisme Memphrémagog conservation et son allié DUMP avaient fait dévier le débat entourant le projet d’agrandissement du site d’enfouissement de Coventry, récemment autorisé par l’État du Vermont.

Notons que les PFAS forment une famille de polluants qui fait beaucoup parler d’elle aux États-Unis. Des matières de provenance industrielle et des produits servant à limiter la propagation des flammes appartiennent à ce groupe de polluants.

Si John Casella n’a pas hésité à s’en prendre au législateur canadien, un autre représentant vermontois avait mis la table, dès l’ouverture de la rencontre, en demandant comment les usines d’épuration situées au Québec se débarrassent des eaux une fois celles-ci traitées.

John Casella, grand patron de Casella Waste Systems.

Le président du Memphrémagog conservation, Robert Benoit, lui avait répondu que les usines d’épuration québécoises ne rejettent pas d’eau dans les lacs, mais plutôt dans les rivières parce qu’il y a ainsi dilution des matières polluantes toujours présentes dans le rejet liquide. « Mais on n’est pas ici pour parler de la situation au Québec », lui avait ensuite envoyé l’ancien député d’Orford.

N’empêche, la mairesse de Magog, Vicki-May Hamm, a pris soin de souligner que seules de petites communautés possèdent des usines de traitement des eaux usées autour du lac Memphrémagog, au Québec. Et elle a ajouté que l’ancien site d’enfouissement de Magog avait été fermé il y a plusieurs années déjà.

Il faut rappeler que l’usine d’épuration de Newport, au Vermont, recevait jusqu’à récemment du lixiviat en provenance du site d’enfouissement de Coventry. Le lixiviat est un liquide qui s’écoule des dépotoirs et qui renferme souvent des centaines de produits toxiques.

Or, puisque le rejet liquide de la station de Newport est envoyé presque directement dans le Memphrémagog, de nombreux intervenants estriens avaient réclamé l’arrêt du traitement du lixiviat du site de Coventry sur place. Cette demande a été accordée pour quatre ans, mais une révision de la décision serait possible par la suite.

« Pour protéger le lac »

D’entrée de jeu, l’un des instigateurs de la rencontre de lundi, Henry Coe, a mentionné que l’objectif des organisateurs était de rapprocher les décideurs estriens et vermontois dans le dossier du site d’enfouissement de Coventry. « Il faut arriver à protéger le lac ainsi que les populations et les animaux vivant autour », avait déclaré le coordonnateur de DUMP.

M. Coe a noté que les façons de faire avaient beaucoup évolué, au fil des décennies, et qu’on était aujourd’hui nettement moins tolérant envers les compagnies gérant les dépotoirs. Il a d’ailleurs ajouté qu’on s’efforçait de ne plus placer ce type de lieu près d’un lac ou d’une rivière.

En entrevue avec La Tribune, le coordonnateur de DUMP a indiqué que son groupe espère la fermeture du site de Coventry, qui est situé à deux pas de la rivière Black, dans une dizaine d’années au maximum. « Ce n’est pas évident. On devra réussir à maintenir la mobilisation », a-t-il admis.

Pour sa part, le président de l’organisme Memphrémagog conservation, Robert Benoit, s’est déclaré satisfait des échanges survenus lundi à Newport. « On a réveillé tout le monde. Les gens s’aperçoivent tous que c’est leur problème », a-t-il lancé.

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Occupant tous deux des postes importants au sein de l’ANR, Julie Moore et Chuck Schwer ont participé à la rencontre tenue à Newport concernant le site d’enfouissement de Coventry.

Le Vermont suit le dossier de près

 Signe sans doute que le dossier du site d’enfouissement de Coventry est chaud, la grande patronne de l’Agency of Natural Resources (ANR) du Vermont, Julie Moore, a elle-même participé à la rencontre Québec-Vermont tenue lundi à Newport.

Mme Moore a été interpellée à quelques reprises durant la rencontre. Elle a notamment été forcée d’admettre que la famille des polyfluoroalkyle (PFAS) pose un défi de taille aux organisations œuvrant dans le domaine de la gestion des matières résiduelles. « Il y a beaucoup à apprendre encore au sujet de ces nouveaux polluants », a notamment reconnu Mme Moore.

À ce sujet, le président de Casella Waste Systems, John Casella, a affirmé qu’on « ne parlait même pas des PFAS il y deux ans à peine ». Mais, aujourd’hui, de nombreux intervenants environnementaux au Vermont ont les yeux braqués vers cette famille de contaminants qui se retrouvent dans de nombreux produits mis en vente au Canada et aux États-Unis.

Si Julie Moore admet que l’ANR a toujours des apprentissages à faire, son collègue Chuck Schwer fait valoir qu’une évolution salutaire a eu lieu au Vermont comme dans de nombreux autres États dans le monde.

« À une certaine époque, il y avait des dépotoirs dans toutes les municipalités et le lixiviat qui était produit à chaque endroit s’en allait directement dans le sol. On a donc évolué positivement. Mais, aujourd’hui, il faut se concentrer sur le traitement du lixiviat et c’est une question qui préoccupe toute notre nation », a expliqué M. Schwer, directeur de la gestion des déchets et de la prévention au sein de l’ANR.

Dans la foulée, M. Schwer a noté que plusieurs objets ou produits qui étaient auparavant enfouis dans les dépotoirs sont retirés des déchets acheminés vers l’unique site d’enfouissement au Vermont, soit celui de Coventry. « On a des programmes pour éviter que la peinture et les pneus, par exemple, se retrouvent là », a-t-il mentionné.

Toutefois, celui-ci a admis qu’il faudra des changements radicaux pour que la quantité de déchets produite diminue de façon importante durant les années à venir. « Sûrement que, dans 20 ans, les gens jetteront moins de choses. Mais il faudra changer la culture et la société. » Jean-François Gagnon