L’avocat Andrew Raubvogel, qui représente la MRC de Memphrémagog et la Ville de Sherbrooke, a plusieurs fois pris la parole mardi à Coventry.

Coventry : les Américains préoccupés

Le projet d’agrandissement du site d’enfouissement de Coventry préoccupe désormais la population de part et d’autre de la frontière entre le Canada et les États-Unis. Les activités de la compagnie Casella Waste Systems ont déjà laissé la population du nord du Vermont indifférente, mais cette époque paraît révolue, puisque quelque 200 personnes ont pris part mardi soir à une audience relative au projet défendu par cette entreprise.

Le centre communautaire de Coventry était rempli à craquer mardi soir à l’occasion d’une audience tenue par la commission environnementale du district 7, au Vermont. Plusieurs acteurs du dossier étaient présents à cette rencontre.

Maire de Sherbrooke, Steve Lussier s’est notamment déplacé vers le petit village américain afin d’assister aux discussions et donner, du même coup, son appui à tous les intervenants qui invitent les autorités vermontoises à bien soupeser les risques avant d’autoriser l’agrandissement du site d’enfouissement, situé à proximité d’une rivière coulant vers le lac Memphrémagog.

« Je tenais à venir. Je suis le vice-président de Valoris alors ce genre de dossier me préoccupe. En plus, le lixiviat est un très grave problème, surtout qu’on a une très bonne eau, à Sherbrooke, et qu’on voudrait la conserver », a déclaré à La Tribune le maire Lussier.

Sur place, le maire de Sherbrooke a notamment croisé le préfet de la MRC de Memphrémagog, Jacques Demers, ainsi que le député d’Orford, Gilles Bélanger. Le Parti libéral du Québec avait quant à lui dépêché la députée Marie Montpetit, critique de l’opposition officielle en matière d’environnement.

Coordonnatrice de projet à la MRC de Memphrémagog, Alexandra Roy a pris la parole devant les participants à la rencontre. Elle a résumé en quelques minutes la position de la MRC de Memphrémagog et de la Ville de Sherbrooke, qui puisent toutes deux leur eau potable dans le lac Memphrémagog.

Essentiellement, Mme Roy a réitéré que le traitement de lixiviat à l’usine de traitement des eaux de Newport constitue une source d’inquiétudes autant pour la MRC que la Ville de Sherbrooke. « Nous pensons que d’avoir seulement fait un échantillonnage pour les PFAS et un WET test en 2018 ne fournit pas assez d’information pour tirer des conclusions scientifiques », a-t-elle argué.

Les PFAS, ou plus précisément les polyfluoroalkyl, sont un groupe de substances chimiques qui inquiètent de plus en plus les groupes environnementaux. Ils sont maintenant au cœur des débats dans le dossier Coventry. Quant au WET test, il permet de vérifier la toxicité d’une eau.

Le principe de précaution

Président de l’organisme Memphrémagog, Robert Benoit a pour sa part soutenu que le principe de précaution devrait s’appliquer parce que le « Memphrémagog est un réservoir d’eau potable pour 175 000 personnes » en Estrie et que très peu d’information existe sur les contaminants présents dans ce lac.

Dans la foulée, M Benoit a fait valoir que l’usine de traitement des eaux usées de Newport ne possède pas les équipements nécessaires pour traiter le lixiviat du site d’enfouissement de Coventry, un liquide recelant de multiples contaminants en concentrations diverses.

Lorsqu’on lui a offert la parole en début de soirée, Gille Bélanger a fait valoir que l’acceptabilité sociale du projet d’agrandissement du site de Coventry « est très bas, surtout parce que peu d’information est disponible et qu’il n’y a pas de certitudes par rapport à la santé publique ».

Interrogé par La Tribune en marge de la rencontre mardi, M. Bélanger a confié qu’il espérait toujours que le gouvernement fédéral s’implique de façon claire dans le dossier. Le député de Brome-Missisquoi, Denis Paradis, a maintes fois fait part de son inquiétude, mais M. Bélanger s’attend visiblement à davantage d’Ottawa.

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Casella entend poursuivre le traitement du lixiviat à Newport

Les questions pointues, les critiques bien senties et le ton déterminé de certains intervenants québécois n’ont pas semblé irriter le président de la compagnie Casella Waste Systems lors de l’audience tenue à Coventry mardi soir.

En entrevue avec La Tribune, John Casella a indiqué qu’il jugeait que les Québécois avaient « tout à fait le droit de poser des questions » en lien avec le projet de sa compagnie. « On a d’ailleurs une très bonne relation avec la MRC de Memphrémagog depuis des années », a-t-il confié.

Par ailleurs, M. Casella a révélé qu’il n’était pas question pour son entreprise de cesser d’acheminer du lixiviat, un liquide toxique, à Newport. « On regarde toutefois la possibilité d’améliorer les équipements de l’usine de traitement des eaux usées de Newport en collaboration avec les dirigeants de cette municipalité. Il n’y a rien de sûr, mais des discussions s’effectuent », a-t-il fait valoir.

Les PFAS montrés du doigt

Montrés du doigt par de nombreux intervenants, les polyfluoroalkyl (PFAS) ne semblent pas l’inquiéter outre mesure. « L’Agency of Natural Resources dit que la question de la pollution du lac n’est pas un enjeu dans ce dossier. »

Il remarque dans la foulée que les PFAS sont présents pratiquement partout et que l’arrêt du traitement du lixiviat de Coventry à Newport, tout près du lac Memphrémagog, ne les éliminerait pas soudainement de ce secteur. « Ce sont des produits émergents qui viennent de multiples endroits, dont les entreprises industrielles », note-t-il.

Durant l’audience convoquée par la commission environnementale, l’avocat américain Andrew Raubvogel a occupé l’avant-scène à plus d’une occasion. Il accompagnait les représentants de la MRC de Memphrémagog et de la Ville de Sherbrooke.

Grâce à des questions pointues, Me Raubvogel a notamment amené un représentant de Casella Waste Systems à reconnaître que les PFAS peuvent être à l’origine de différentes maladies, dont le cancer. Il a également demandé une série d’éclaircissements à la ANR, qui a déjà donné son aval au projet d’agrandissement du site d’enfouissement de Coventry.