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L’approvisionnement en matériaux de construction est problématique pour les entrepreneurs.
L’approvisionnement en matériaux de construction est problématique pour les entrepreneurs.

Construction : des retards qui causent des maux de tête

Tommy Brochu
Tommy Brochu
La Tribune
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Victime des retards dans le domaine de la construction, une famille de six se retrouve sans domicile fixe. Alors qu’ils devaient emménager dans leur nouvelle demeure dans le temps des fêtes, les Estriens ne pourront finalement y résider avant le mois de mars. Et la mère de famille ne sait pas où elle passera le mois de février.

« Ça occasionne du stress, exprime la mère de famille, qui ne voulait cependant pas dévoiler son nom. On a vendu notre autre maison en août et on a demandé un délai de possession de 120 jours, ce qui est assez long. Les solives de plancher et les chevrons de toit nous ont vraiment retardés. »

La famille a donc trouvé un chalet, qu’ils ont loué. « On l’avait pour novembre et décembre. On avait la possibilité d’étirer en janvier. Après, on a trouvé miraculeusement un autre chalet, mais le propriétaire a décidé de le mettre en vente. Deux jours après, il a été vendu et les personnes veulent intégrer le plus vite possible, donc on se fait couper l’herbe sous le pied », raconte la dame, qui comprend cependant les propriétaires de ce dernier chalet d’avoir voulu profiter du mouvement du marché immobilier. 

La dame dit que les revenus de son ménage sont normaux. « Mon conjoint travaille dans le nord du Québec. Il est donc parti pour deux semaines : je suis toute seule ici pour deux semaines. Je reviens de mon congé de maternité en télétravail. On est garrochés partout. Les prix pour les chalets à louer sont exorbitants. Je me suis fait offrir un condo de quatre pièces et demi à 3500 $ par mois », dit celle qui vit à Orford, qui pense que les locateurs profitent de la grande demande.

« Le chalet très rustique dans lequel on vit nous coûte 2000 $ par mois, lance-t-elle. En plus, notre ménage est entreposé dans trois entrepôts, ce qui nous coûte 600 $ par mois. »

La mère de famille a publié un message sur Facebook mardi matin, demandant de l’aide. « Un monsieur m’a contacté pour m’offrir un chalet au lac Lovering. J’ai aussi eu une offre à Granby. Mais on s’éloigne un peu, je dois reconduire les enfants à la garderie et à l’école matin et soir, donc je ne peux pas me permettre d’être loin de la région », dit celle qui réside actuellement à Orford. 

Selon elle, l’entrepreneur est au courant de la situation et tente d’avancer les travaux le plus rapidement possible. « On n’a pas les matériaux et ç’a vraiment retardé. Il nous a dit au départ qu’une maison prend trois mois à construire. Mais ça, c’est quand tu as les matériaux », dit celle dont la porte d’entrée est en rupture de stock.

« Les délais ne sont pas normaux »

Pour le vice-président principal affaires publiques à l’Association des professionnels de la construction et de l’habitation du Québec (APCHQ), François Bernier, « il ne faut pas tenir pour acquis que les délais sont normaux ». « Toutes personnes qui peuvent prendre un plus grand délai doivent le faire », conseille-t-il, ajoutant que les notaires et les évaluateurs sont aussi occupés. 

M. Bernier rappelle cependant qu’un régime de garantie existe au Québec. Nous pouvons en effet lire qu’une possibilité de « remboursement des frais de relogement, de déménagement et d’entreposage, liés au retard de livraison pour un montant maximal de 6000 $ (ce montant ne peut être réclamé s’il y a un remboursement d’acompte) » existe, selon le www.garantiegcr.com

Cependant, « l’obligation de relogement, de déménagement et d’entreposage de vos biens et les réparations rendues nécessaires à la suite d’événements de force majeure tels les tremblements de terre, les inondations, les conditions climatiques exceptionnelles, la grève et le lock-out », peut-on aussi lire.

Est-ce que la COVID-19 est un élément de force majeure? « Ma compréhension, dans l’état actuel des choses, il est possible qu’un entrepreneur et un client signent un contrat en vertu duquel il n’y aurait pas de compensation pour une situation qui est totalement hors du contrôle de l’entrepreneur. Si on ne le fait pas, on a toutes les circonstances de délais qui nous exposent à payer pour un retard », expose-t-il,  ajoutant que selon lui, les clients ont six mois après avoir eu la possession de leur maison pour réclamer ces frais. 

Et ces retards donnent des maux de tête à tout le monde. « Les gens qui fournissent des matériaux n’ont pas une bonne année. Ils n’ont que ça des clients qui supplient pour avoir du matériel qu’ils ne peuvent pas trouver. Ce ne sont pas des circonstances agréables quand les gens veulent rendre de bons services », résume M. Bernier.