Coeurs lourds à Sawyerville

À moins de 24 heures de la fermeture officielle de la Résidence Sawyerville, les résidents se font de moins en moins nombreux sur les lieux. Ils partent vers l’inconnu, à leurs frais et dans les rigueurs de l’hiver, avec le cœur lourd et des questions sans réponses.

Habituellement un milieu vivant et chaleureux, la Résidence Sawyerville était habitée par des visages ternes et tristes à un jour de la fermeture de l’établissement, qui a été louangé à profusion par des bénévoles, des employés et les résidents.

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« On a encore cinq résidents sur place qui vont passer la dernière nuit ici avant de partir pour leur nouvelle résidence demain. Ce n’est malheureusement pas tous les résidents qui ont trouvé un nouveau logis. On en a quatre qui s’en vont dans leur famille, vu qu’ils n’ont rien, dont deux aux États-Unis », détaille Alain Parenteau, triste de voir se vider la communauté qu’il a bâtie. 

« Une chance que les travailleuses sociales du CLSC de Cookshire-Eaton étaient là pour les aider, car avec neuf jours d’avis seulement, c’est une tâche herculéenne de relocaliser 23 aînés qui veulent rester le plus près possible de leur village. »

En plus d’avoir à quitter une résidence qui convenait à leurs besoins dans un emplacement qui faisait leur bonheur, les résidents devront payer des frais plus élevés dans leurs nouveaux établissements, en plus d’avoir à assumer les coûts du déménagement. 

« En tant que résidence de village, on adaptait nos prix à la capacité de payer des gens », rappelle l’homme qui a consacré 10 ans de sa vie à la Résidence Sawyerville. « La majorité d’entre eux devront se relocaliser à plus grands frais, ce qui n’est évidemment pas toujours facile quand on connaît leur réalité. Le CLSC essaie d’obtenir des fonds d’une fondation pour aider les résidents à déménager, mais la plupart l’ont déjà fait à leurs frais, la date butoir obligeant une réaction rapide. »

Des rêves brisés

Une employée de la résidence, qui s’affairait à aider un des derniers résidents à mettre en boîtes ses effets personnels en vue de son déménagement prévu pour mercredi, peinait à retenir ses larmes face à la situation.

« Je suis venue travailler ici pour le côté humain de la résidence, un climat instauré par Alain et Marie-France », témoigne la préposée aux bénéficiaires, qui s’est aussi occupée de transporter les aînés lors de diverses sorties. « En plus de donner des bons services aux résidents, les employés étaient à l’écoute d’eux et se préoccupaient réellement de leur bien-être, des valeurs instaurées directement par M. Parenteau. Ce n’était pas des numéros et ils avaient des soins adaptés à leur personnalité, leurs besoins. Ils étaient très reconnaissants. » 

Cinq employés perdent leur emploi et cinq bénévoles venaient régulièrement à la résidence.


« Les résidents étaient comme une petite famille »
Colette Dodier

La fermeture n’affecte pas seulement les résidents actuels de la Résidence Sawyerville, fait-elle savoir. Les personnes vieillissantes du village, dont Colette Dodier elle-même, espéraient pouvoir venir passer leurs vieux jours dans cet établissement chaleureux sans avoir à se déraciner. 

« Les résidents étaient comme une petite famille », explique-t-elle. « Ils prenaient des nouvelles les uns des autres et se parlaient tous les jours. C’est déchirant de voir cette famille, pour certain la seule qu’ils ont, se séparer brusquement comme cela. Ils partent chacun leur tour pour des destinations différentes, ils ne se reverront peut-être jamais. »

« J’ai fait le tour des résidences dans le cadre de mon travail et, honnêtement, j’espérais venir prendre ma retraite ici et passer mes vieux jours à la résidence la plus chaleureuse que j’ai connue. Bien des gens pensaient comme cela au village, c’est dommage de se dire qu’on devra partir un jour », ajoute-t-elle avec regret.

Préposée aux bénéficiaires à la Résidence Sawyerville, Colette Dodier a donné un coup de main à Georges Goudreault, résident depuis deux ans.

Mobilisation locale

Même si les 23 résidents de la Résidence Sawyerville ne reviendront probablement jamais, Alain Parenteau n’est pas prêt à abandonner son rêve et s’accroche à l’idée d’ouvrir à nouveau quand le temps sera bon. 

« On doit repartir à zéro. Les gens du village se mobilisent et les autres résidences de la région nous appuient et nous ont offert leur aide. On essaie de voir s’il y a des possibilités de conserver au moins une résidence dans le village pour permettre à nos personnes âgées d’y rester », annonce-t-il, en gardant espoir malgré la réticence du CIUSSS de l’Estrie-CHUS de l’accompagner.