Des femmes ayant été victimes de violentes attaques de chiens ripostent. Réunies sous l’égide de la nouvelle Association québécoise des victimes d’attaques de chiens (AQVAC), elles ont lancé lundi une pétition réclamant davantage de mesures préventives dans la loi 128, qui vise à encadrer plus sévèrement le comportement de chiens dangereux.

Chiens dangereux: une pétition pour éclairer des zones d’ombre

Des femmes ayant été victimes de violentes attaques de chiens au cours des dernières années, voire des derniers mois, ripostent. Réunies sous l’égide de la nouvelle Association québécoise des victimes d’attaques de chiens (AQVAC), elles ont lancé lundi une pétition réclamant davantage de mesures préventives dans la loi 128, qui vise à encadrer plus sévèrement le comportement de chiens dangereux.

L’AQVAC est un organisme en voie d’être enregistré mis sur pied par Anne Castaigne, la fille de Geneviève Piacentini — la Rougemontoise attaquée par deux chiens en juillet à Saint-Césaire —, de concert avec celle-ci, Dominique Alain, la joggeuse ayant été attaquée violemment par trois chiens à Potton, et de Lise Vadnais, la sœur de Christiane Vadnais, tuée par un pitbull en juin 2016.

« Ces trois femmes vivent avec les séquelles physiques ou encore psychologiques d’agressions féroces provoquées par des chiens [et] veulent éviter la répétition de telles agressions. Elles vous transmettent leurs principales recommandations », mentionne-t-on dans le préambule de la pétition.

« Nous avions fait parvenir nos recommandations à l’Assemblée nationale. Dominique, Lise et ma mère sont allés au bureau de circonscription d’Orford en septembre, mais on n’a jamais eu de retour depuis, déplore Mme Castaigne, en entrevue avec La Voix de l’Est. On se demande où ça s’en va. »

Il existe actuellement plusieurs zones d’ombre dans la loi 128. La responsabilité des propriétaires des chiens, mais aussi la détermination des races canines étant considérées comme dangereuses ou non ne sont pas clairement établies, allèguent les pétitionnaires.

De plus, écrivent-elles, « le droit des propriétaires de chien semble primer sur le droit à la sécurité des citoyens. Nos recommandations visent donc à rétablir une équité et responsabiliser les propriétaires de chiens dangereux ou potentiellement dangereux ».

La Rougemontoise Geneviève Piacentini a été violemment attaquée par deux chiens à Saint-Césaire, en juillet dernier.

Mesures préventives

La pétition propose maintes recommandations pour améliorer la sécurité publique, faciliter l’identification des chiens dangereux et rendre les propriétaires de ceux-ci imputables des dommages que pourrait causer leur animal de compagnie.

Certaines idées tirent leur inspiration de mesures en vigueur ailleurs dans le monde, notamment en France et dans certains États américains. « On a regardé un peu partout ce qui se fait et on en a discuté. On s’est rendus compte que la législation était plus sévère à certains endroits et moins ailleurs », explique Anne Castaigne.

On réclame d’abord que tout propriétaire de chien détienne une police d’assurance responsabilité dont une preuve doit être produite au moment d’enregistrer le chien à la municipalité, faute de quoi le maître s’expose à une amende. La bête devra également être obligatoirement micropucée.

« Ce sont les compagnies d’assurances qui auront la responsabilité de fixer les tarifs selon les critères qu’elles jugeront adéquats. Elles pourront déterminer une tarification en fonction du risque, ce qui pourrait avoir un effet dissuasif pour un amateur de chiens réputés de type dangereux ou potentiellement dangereux. D’autre part, les municipalités doivent assumer un rôle de contrôle des animaux sur leur territoire », explique-t-on pour justifier cette recommandation.

« On constate que les attaques de chien sont extrêmement coûteuses pour la société, mentionne Mme Castaigne. Nous sommes d’avis que l’assurance ferait en sorte que ce ne sont pas tous les contribuables qui déboursent pour ce genre d’incident. »

Pour ce faire, il est recommandé que tous les organismes d’adoption d’animaux et les éleveurs communiquent à la municipalité les informations relatives à l’adoption d’un chien sur son territoire, à savoir le nom et les coordonnées de son nouveau propriétaire.

Suivant les propositions de la pétition, ce dernier devrait aussi recevoir, au moment de l’adoption, un dossier complet sur son nouvel animal incluant le nom et l’adresse de son ancien propriétaire, la ou les raisons pour lesquelles le chien a été placé en adoption de même qu’une liste de problèmes comportementaux observés chez la bête et les interventions réalisées pour corriger ceux-ci.

« Le dossier comportemental du chien est aussi important que son dossier médical, estime l’AQVAC. Les informations se doivent d’être des plus complètes possible afin de permettre à l’adoptant de prendre une décision éclairée. »

Tolérance zéro

La définition même de ce qu’est un chien dangereux ne faisant pas encore l’objet d’un consensus, les dames proposent donc qu’une simple attaque ou morsure, envers un humain ou un autre chien, devienne le critère déterminant. Dans ces cas, l’animal devrait être euthanasié, plaident-elles, et dans l’éventualité où la victime est humaine, le propriétaire devrait faire l’objet d’une plainte à la police et de poursuites criminelles.

Le principe de tolérance zéro doit être appliqué afin d’éviter une répétition des attaques, mentionne-t-on. Rappelons que dans certains cas médiatisés d’attaques de chiens, ces derniers avaient déjà démontré de l’agressivité dans le passé.

On propose par ailleurs la création d’un registre provincial des attaques impliquant un chien envers un humain, « peu importe la gravité ou l’absence de blessure ». Ledit registre compilerait les données qui permettraient de dresser un portrait des caractéristiques canines et des circonstances entourant chaque événement, qui devrait être obligatoirement dénoncé au service de police local ou à la municipalité concernée.

« La mise en place d’un registre provincial permettra d’obtenir des données statistiques qui pourront être compilées et analysées scientifiquement afin de mieux identifier les races de chiens impliquées dans les attaques contre les humains. Idéalement, ce registre doit contenir des photos, un échantillon d’ADN, des renseignements comportementaux de l’animal ainsi que les détails entourant l’attaque », mentionnent les auteures de la pétition, qu’il est possible de consulter et de signer sur la plateforme Change.org en recherchant par son titre : « Recommandations pour un projet de règlement encadrant les chiens dangereux ».

Aucun objectif de signatures n’a été fixé. « Ce qu’on veut, c’est être entendues par le gouvernement. Donc oui, plus le chiffre va être grand, plus il va y avoir d’impact », reconnaît Mme Castaigne.

L’AQVAC n’est pas encore officiellement enregistrée, mais cela ne saurait tarder, explique la jeune femme. « Le processus est en cours, dit-elle, mais nous aurons bientôt à en définir la mission. »

L’organisme pourrait devenir une ressource pour les personnes ayant subi une attaque par un chien. Et les victimes sont nombreuses. « On est trois à s’être rassemblées pour l’instant, mais chaque semaine, on voit de nouveaux cas, rappelle Mme Castaigne. Ça n’arrête jamais. »