Les chevaux de Claudy Lizotte ont été négligés durant plusieurs mois lors de leur séjour dans une écurie de Magog.

Chevaux négligés, plaintes refusées

Placer ses chevaux en pension est un acte de foi ou suggère du moins une relation de confiance entre celui qui laisse son animal et l’inconnu qui s’engage à en prendre soin. La plupart du temps, cette relation se déroule sans tension et avec beaucoup de petites attentions. Parfois, c’est moins harmonieux et la tension monte.

Claudy Lizotte avait placé ses chevaux en pension dans une écurie de Magog. Après quelques mois, elle les retire en urgence : ils ont perdu quelque 200 livres, n’ont pas d’eau dans leur abreuvoir et n’ont pas vu le soleil depuis plusieurs jours, coincés dans des boxes insalubres, soutient-elle. Le comble? Le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ) ne fait rien, les chevaux « auraient dû mourir » pour déclencher une réaction de sa part. 

« Je veux juste que ça ne se reproduise pas », partage la femme de 19 ans dont les chevaux sont maintenant bien installés dans une autre écurie. 

Son contrat avec ce propriétaire fautif a commencé en août dernier. Les arrangements ont été décidés verbalement avec le propriétaire. « On payait un certain montant et il nettoyait les boxes, il sortait les chevaux le matin, les nourrissait, donnait leur moulée et les rentrait le soir. Au début, il était très gentil et très ouvert. »

Deux ou trois mois plus tard, le propriétaire annonce qu’il ne lavera plus les boxes. « Il nous a avisés par texto », raconte Claudy, qui accepte, en se disant qu’elle le fera à chacune de ses visites. « On allait voir nos chevaux tous les jours de toute façon, on pouvait y aller quand on voulait. » 

Après quelques mois encore, le propriétaire ne fournira cependant plus la moulée et ne sortira plus les chevaux tous les jours. Même qu’il exige des heures de visite : Claudy peut visiter ses chevaux seulement entre 16 h et 19 h. Le prix pour la pension n’est pas modifié, même avec les changements. « Si je n’étais pas partie à 19 h, il devenait agressif. »

Dans un état inacceptable 

C’est à partir de ce moment que Claudy commence à chercher rapidement une autre écurie pour accueillir ses cinq chevaux qu’elle possède avec l’une de ses amies. Les mauvaises surprises avaient été suffisamment nombreuses, elle ne pouvait supporter de voir ses bêtes négligées; le poids en moins de certains chevaux devenait apparent. Avec des bouts de crinière coupés et des oiseaux installés dans l’écurie avec les chevaux — leurs excréments peuvent s’avérer très nocifs —, la situation devenait inacceptable.

« Je voulais juste partir et sortir mes chevaux pour qu’ils soient bien. Quand j’ai apporté mes chevaux à la nouvelle écurie, la propriétaire m’a dit que mes chevaux étaient vraiment maigres et qu’ils n’avaient pas été bien entretenus. »

Désirant du soutien, Claudy se tourne vers la Société protectrice des animaux (SPA), qui lui dit de s’adresser au MAPAQ. En s’adressant au Ministère, la jeune femme pensait recevoir du soutien et espérait empêcher ce propriétaire d’écurie de négliger d’autres animaux. 

« Ils n’ont même pas pris ma plainte. Celle qui m’a répondu m’a carrément dit que ça ne sert rien de faire une plainte parce que j’avais déjà sorti mes chevaux et il aurait fallu qu’il y en ait un qui décède là-bas. Ça prend vraiment du monde sans cœur pour laisser des chevaux mourir de faim et de soif, il y a des limites. Je ne voulais pas les laisser là-bas » , raconte Claudy Lizotte.

Le MAPAQ se dit ouvert 

« Mon amie a fait une plainte sur Internet, et moi aussi. Même que mon amie a aussi appelé le MAPAQ. Ils lui ont dit la même chose. Mon but n’était pas de faire de poursuite, je voulais juste de l’aide et que le propriétaire n’ait plus le droit de pensionnaires. »

Rejoint par La Tribune, le relationniste pour MAPAQ, Yoan Dallaire-Boily, assure que des plaintes peuvent être laissées au Ministère, peu importe leur forme, et en tout temps. « N’importe qui peut porter une plainte au MAPAQ aussitôt qu’une situation inacceptable est vue par quelqu’un. Il suffit d’expliquer la situation. On va toujours sur place et on fait un rapport d’inspection. »

Le relationniste se voyait dans l’impossibilité de discuter d’un cas précis. « Un suivi s’effectue après chaque plainte. Après, on peut faire des rapports d’infractions et les déposer au ministère de la Justice. On donne des amendes aussi. On peut retirer des permis si la situation l’exige », explique M. Dallaire-Boily.

Le MAPAQ dit avoir reçu 2000 plaintes et assure avoir fait 2300 visites d’inspections au cours de la dernière année. Les plaintes déposées concernaient des animaux de production, des chevaux et des animaux de compagnie. « Il y a toujours des plaintes fondées et non fondées », précise le relationniste, qui assure aussi que toutes les plaintes sont prises en considération.

« Nos inspecteurs sont capables de traiter toutes les demandes », affirme-t-il.

« Ils interviennent quand c’est déjà trop tard »

C’est pour pallier le manque d’intervention et de soutien de la part du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ) que Louise Branchaud a fondé Tenir promesse, un organisme sans but non lucratif qui se veut un agent de mobilisation pour le bien-être des chevaux. 

En organisant des sauvetages et des placements chez des particuliers, l’organisme protège les bêtes après dénonciation par des citoyens témoins de négligence. 

Sa fondatrice et présidente, Louise Branchaud, travaille depuis longtemps pour défendre les chevaux. « Il n’y a que le MAPAQ qui a la juridiction sur l’application de la loi. Nous on reçoit des plaintes et notre travail est de soutenir le citoyen », explique-t-elle.

Mme Branchaud sentait le besoin de créer cet organisme après avoir constaté plusieurs cas inacceptables gérés par le Ministère. « On fait des démarches pour que le MAPAQ s’assure de faire les choses qu’il doit faire. On se bat pour ça », affirme-t-elle. 

Selon Mme Branchaud, le Ministère prend des décisions pour les animaux en fonction du budget, pas en fonction de leur bien-être. « Ils prennent des décisions de laisser les chevaux là par téléphone, alors qu’il faudrait les sortir tout de suite et les soigner », explique-t-elle, en avançant que le cheval doit être mourant pour qu’un vétérinaire du MAPAQ se déplace.

La Tribune a discuté du cas de Claudy Lizotte avec Mme Branchaud, la jeune femme ayant dû retirer ses chevaux d’une écurie parce qu’ils n’étaient pas bien traités. Une fois ses chevaux en sécurité, Claudy Lizotte voulait porter plainte au MAPAQ, mais sans succès. 


« On fait des démarches pour que le MAPAQ s’assure de faire les choses qu’il doit faire. On se bat pour ça. Il intervient souvent quand c’est déjà trop tard. »
Louise Branchaud, présidente de l’Organisme Tenir promesse

« Il n’y aura pas de suite. Le MAPAQ va considérer que c’est un cas civil. S’il n’a pas constaté lui-même que le cheval vivait dans des conditions de négligence sévère, il n’y a rien qui va se passer », se désole Mme Branchaud.

« Il intervient souvent quand c’est déjà trop tard », ajoute Mme Branchaud.