Une centaine de producteurs agricoles membres de l’UPA-Estrie ont pu entendre Roberto Toffoli, conseiller en agroenvironnement à l’UPA-Estrie, et Sylvestre Delmotte, membre du consortium Ouranos, au Centre de recherche et de développement de Sherbrooke d’Agriculture et Agroalimentaire Canada, dans le cadre du colloque Agriclimat.

Changements climatiques : défis « extrêmes » pour les agriculteurs

Si rien n’est fait pour réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES), les producteurs agricoles de l’Estrie feront face à des situations « extrêmes » au cours des 30 prochaines années qui auront des répercussions jusque dans l’assiette des consommateurs.

Selon les dernières données scientifiques recueillies pour l’Estrie, la température moyenne augmentera de 2,7 degrés Celsius au cours des trois prochaines décennies, ce qui entraînera une hausse substantielle des précipitations (surtout sous forme de pluie) ainsi qu’une réduction marquée du couvert maximal de neige, pouvant atteindre 45 %.

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Ces données ont été présentées jeudi à une centaine de producteurs agricoles membres de l’UPA-Estrie, réunis au Centre de recherche et de développement de Sherbrooke d’Agriculture et Agroalimentaire Canada, dans le cadre du colloque Agriclimat.

Ces données ont été présentées par le chercheur Sylvestre Delmotte, membre du consortium Ouranos, formé de chercheurs sur la climatologie régionale et l’adaptation aux changements climatiques.

Les scénarios liés aux changements climatiques présentés par M. Delmotte aux agriculteurs sont ceux que la science qualifie de « médian » en termes de probabilités. 

Selon le chercheur, la durée d’enneigement des hivers estriens passera de 138 jours à 91 jours (-47 jours). « La première bordée de neige arrivera de plus en plus tard et l’épaisseur de la neige diminuera progressivement. Nous aurons plus de redoux, plus de gels et de dégels, ce qui occasionnera des crues printanières plus tôt que ce qu’on observe actuellement », a-t-il souligné.

De tels phénomènes auront assurément un impact auprès des producteurs de sirop d’érable et sur différents types de récoltes.

À l’inverse, les étés seront plus longs, ce qui se traduira par un allongement de la saison de croissance, qui passera de 202 à 224 jours en moyenne. Le dernier gel, qui se situe autour présentement autour du 12 mai, sera ramené aux environs du 29 avril, selon les plus récentes données.

De deux à quinze jours de canicule par année

Qui dit réchauffement climatique dit inévitablement canicule. Selon les prévisions d’Ouranos, les journées d’été durant lesquelles le mercure atteindra ou dépassera les 30 degrés Celsius passeront de deux à quinze par année à compter de 2041.

« Ce sont des données préoccupantes qui auront un impact sur l’ensemble de nos secteurs d’activités », a réagi Michel Brien, vice-président de l’Union des producteurs agricoles de l’Estrie et producteur laitier et de foin.

« Quand on sait qu’une vache laitière commence à être affectée dès que la température dépasse 20 degrés, on peut s’imaginer l’impact que cela va avoir sur nos troupeaux lorsqu’on aura 15 journées à 30 degrés et plus par années sur nos fermes. »

Selon les modèles prévisionnels, une hausse aussi marquée des températures s’accompagnera inévitablement de phénomènes météorologiques extrêmes, a prévenu le chercheur Sylvestre Delmotte.

« Nous aurons moins de vagues de froid extrêmes, dues à des hivers plus courts, mais en revanche les vagues de chaleur en été seront plus longues et plus chaudes. Les cellules orageuses localisées seront aussi plus nombreuses. »

L’augmentation des températures entraînera également une pression sur les différentes productions de la part des ravageurs et des mauvaises herbes.

Parmi les mesures que les producteurs agricoles devront envisager pour faire face à ces phénomènes, on retrouve une meilleure irrigation des sols afin de prévenir l’érosion, une ventilation accrue des bâtiments pour le confort des animaux et une gestion adaptée aux changements.

Des changements qui nécessiteront des investissements importants, a mentionné l’agronome Roberto Toffoli, conseiller en agroenvironnement à l’UPA-Estrie.  

« La question est de savoir si les entreprises (agricoles) vont avoir les capacités financières de s’adapter en si peu de temps. Trente ans, c’est à peine une génération. Or, on sait que les entreprises ont un taux d’endettement assez élevé. Cela va donc prendre le soutien de l’État, car ces entreprises-là, au fond, produisent la nourriture qu’on mange tous les jours. Et nous, on veut continuer de produire la même qualité et la même quantité dans l’avenir. »