Une employée du CHSLD de Waterloo dénonce les conditions dans lesquelles les résidents se trouvaient lors de la chaleur des derniers jours.

Chaleur accablante au CHSLD Horace-Boivin : une employée dénonce la situation

Les résidents du CHSLD Horace-Boivin de Waterloo ont eu chaud ces derniers jours. Selon une employée, la température à l’intérieur du bâtiment aurait dépassé 35 degrés Celsius.

« J’ai ressenti une température au-delà de 35 degrés. C’est carrément plus chaud à l’intérieur qu’à l’extérieur. [...] Même nous, le personnel, on devient faible à travailler à cette température. C’était dramatique », s’alarme une employée qui a travaillé au sein de l’établissement lors des derniers jours.

La dame dit s’inquiéter pour la « qualité des soins donnés aux patients » et a accepté de témoigner sous le couvert de l’anonymat. Elle fait partie d’une des équipes volantes du CIUSSS de l’Estrie et travaille dans plusieurs centres de la région. À ses yeux, les conditions ne sont guère reluisantes à Waterloo.

« J’y travaille rarement ; c’est toujours des conditions difficiles, dit-elle. J’ai accepté et j’ai constaté qu’il n’y a pas de grande amélioration. La tâche est trop lourde et c’est la qualité des soins qui [en pâtit]. »

« Nous étions dans une situation de manque de personnel, explique-t-elle. L’infirmière en chef avait travaillé 16 heures d’affilée. Pendant trois heures, j’étais seule avec elle. Dans cette situation, il n’y a pas grand-chose qui a été fait pour venir en aide aux patients. Je n’aurais pas été surprise si à la fin de la journée l’un d’entre eux nous avait quittés à cause de la chaleur. »

Pas adapté

Comme plusieurs bâtiments construits à cette époque, le CHSLD Horace-Boivin n’est pas entièrement climatisé. Certaines chambres le sont ainsi que l’aire centrale, à l’entrée du centre, où plusieurs patients sont réunis pour leur permettent de socialiser et pour leur épargner la chaleur.

« Il n’y a pas d’air conditionné où l’on donne les médicaments aux gens. Il y a certainement plus de personnes alitées que de chambres climatisées », précise l’employée.

Le journaliste de La Voix de l’Est a questionné plusieurs familles venues visiter des proches, dimanche après-midi. Le père de Linda Rondeau, âgé de 83 ans, n’avait pas accès à l’air climatisé jusqu’à tout récemment. « Bien que mon père est frileux, il avait trop chaud. Le centre a accepté de lui prêter un air conditionné, mais c’est temporaire. Il faudra que je lui en procure un. Il me semble qu’au prix qu’il paye, la climatisation c’est la base ! »

Mme Rondeau se disait inquiète pour son père dans les derniers jours en raison de la chaleur.

Alain Lafond, ancien employé du centre qui y a œuvré pendant 33 ans et militant au comité de sauvegarde du CHSLD Horace-Boivin, souligne que cette situation est normale. « Je suis passé jeudi soir et c’était comme d’habitude. Le bâtiment n’a pas été conçu pour être climatisé. Quand il fait chaud, il n’y a pas grand-chose à faire. C’est au gouvernement d’investir davantage dans le CHSLD. »

Selon ce dernier et d’autres sources questionnées par La Voix de l’Est, les familles sont responsables de fournir la climatisation à leurs proches.

Protocole

Pour faire face à la chaleur et limiter les dangers pour les patients, les employés du CHSLD de Waterloo peuvent compter sur un protocole « très précis et complet », assure Paul Maurel, un infirmier en poste dimanche après-midi.

« Nous avons des outils pour connaître le niveau d’humidité et la chaleur. À chaque niveau, le protocole nous indique quels sont les signaux à vérifier et quelles sont les priorités. On sait quels sont ceux qui ont un ventilateur ou un air conditionné et on priorise nos actions. Si on a certains symptômes, on a un numéro où appeler. »

La source qui a alerté La Voix de l’Est sur cette situation assure toutefois n’avoir jamais été mise au courant de ce protocole. « On ne m’a jamais fait part de ce protocole. J’ai pris la température de certaines personnes parce qu’ils étaient rouges de chaleur, mais on n’avait pas de plan pour faire face à la chaleur. Dans un endroit bien géré, on nous aurait fait part de nos priorités et on aurait au moins essayé de sortir les gens à l’extérieur. »

M. Maurel n’était toutefois pas au travail au même moment que l’employée nous ayant contactés.

Situation ordinaire pour le CIUSSS

Du côté du CIUSSS de l’Estrie, on explique que la chaleur n’est pas assez importante pour le moment pour justifier des actions hors de l’ordinaire.

« Les conditions ne sont pas réunies pour qu’on puisse parler d’une canicule. Des mesures sont toutefois prises en prévention pour s’assurer que les gens sont bien hydratés et au frais. […] Nous avons vérifié du côté de la Santé publique et ils ont assuré que les mesures normales convenaient », explique Marie-France Bibeau, du service des communications au CIUSSS de l’Estrie.

Cette dernière estime que plusieurs personnes en CHSLD peuvent être incommodées par l’air conditionné.

Il n’y a pas été possible d’obtenir la réaction du syndicat des infirmières dimanche.