La chlamydia est la maladie transmissible sexuellement la plus fréquente. Toutefois, toutes les infections transmissibles sexuellement et par le sang (ITSS) sont en augmentation en Estrie.

Bond marqué des ITSS en Estrie

Les infections transmissibles sexuellement ou par le sang (ITSS) sont en forte progression en Estrie. S’il y a eu 1550 cas déclarés en 2017, ce nombre a bondi à 1950 en 2018, soit quelque 400 diagnostics de plus. Il n’y a pas qu’une seule maladie au banc des accusés : presque toutes les maladies et infections ont augmenté de façon significative.

La chlamydia est la maladie transmissible sexuellement la plus fréquente. « Elle était stable depuis deux ou trois ans et dans la dernière année, le nombre de cas est passé de 1286 (en 2017) à 1593 (en 2018). C’est une augmentation significative », illustre Dre Françoise Gendron, médecin-conseil à la direction de la Santé publique de l’Estrie.

La gonorrhée est passée de 139 à 155 cas. « Mais la moyenne de 2015-2017 était de 109 cas par année », ajoute Dre Gendron, marquant là aussi une augmentation importante.

La syphilis infectieuse est moins significative en nombre de personnes touchées, mais le nombre de cas a tout simplement doublé entre 2017 et 2008. Il est passé de 24 à 57 cas.

Exactement la même chose pour l’hépatite C, qui se transmet surtout par le sang : 89 personnes ont reçu un diagnostic en 2018, ce qui représente une augmentation importante puisque 51 personnes avaient été infectées l’année précédente.

Du côté du VIH, il faut noter que la maladie n’est pas à déclaration obligatoire, comme le sont les autres ITSS. Pourquoi? Il faut faire un plongeon dans l’histoire de cette maladie pour en comprendre les raisons, du moins en partie.

« Quand la maladie est apparue, il y avait tellement de tabous, même à juste passer le test! Les tabous étaient terribles. Il a fallu qu’on travaille à mettre en place un contexte favorable pour que les gens acceptent le dépistage puis les traitements. Malgré toutes les années qui ont passé, même si dans l’esprit des gens le VIH est devenu une maladie chronique plutôt qu’une maladie mortelle dans les mois à venir, on n’en a pas fini avec la stigmatisation et les tabous. On part de loin », rappelle la Dre Françoise Gendron.

La DSP très préoccupée

Toutes ces données appellent à une question importante : que s’est-il passé pour que le nombre de cas explose?

« Les données de 2018 viennent tout juste de sortir. Il nous faut encore quelque temps pour en arriver à ventiler les statistiques. Cette ventilation sera importante pour nous permettre de comprendre », ajoute-t-elle.

Chose certaine, la direction de la Santé publique est très préoccupée par ces nouveaux cas et n’entend surtout pas rester les bras croisés et souhaite poursuivre son travail pour mieux comprendre et prévenir.

« Au mois de février, nous aurons une rencontre avec des partenaires du milieu pour avoir leurs « impressions terrain ». C’est riche d’arriver à échanger avec ceux qui sont proches du terrain. Parfois, il y a des problèmes spécifiques, par exemple, un nouveau site de rencontres qui vient d’ouvrir et que plusieurs personnes se sont rencontrées par le biais de ce site. Ça peut nous donner des pistes d’intervention ciblées », ajoute Dre Gendron.

De façon générale au Québec, il y a plusieurs années qu’on remarque une banalisation des infections transmissibles sexuellement ou par le sang.

« On entend des commentaires comme : « C’est pas grave si je pogne quelque chose, je prendrai un traitement ». Les gens ne se sentent pas à risque. Il y a aussi une méconnaissance de ces maladies : une personne peut être porteuse, n’avoir aucun symptôme mais faire des dégâts avec ses partenaires », précise le médecin.

Une diminution de l’usage du condom est aussi remarquée au Québec.

La Santé publique pose donc plusieurs actions, comme des campagnes de sensibilisation. Les clientèles ciblées sont principalement les jeunes de moins de 25 ans et les hommes qui ont des relations sexuelles avec des hommes.

« Il y a aussi une mauvaise perception du risque lié aux relations orales : oui il y a un risque, surtout pour la gonorrhée », précise celle qui est aussi médecin de famille.

Le message est le même, toujours le même, répète Dre Gendron : « Fais-toi dépister et protège-toi! »

Car la plupart de ces ITSS apportent peu ou pas de symptômes. Mais quand ces maladies ne sont pas traitées, elles peuvent apporter des complications très sévères, amenant par exemple à l’infertilité.

Des questions sur les ITSS? Le CIUSSS de l’Estrie-CHUS possède une page internet avec plein de ressources et d’informations : www.santeestrie.qc.ca/itss.