Bernard Coulombe, PDG de Mine 
Jeffrey
Bernard Coulombe, PDG de Mine Jeffrey

Bernard Coulombe appuie le changement de nom d’Asbestos

Le président-directeur général de Mine Jeffrey, Bernard Coulombe, appuie haut et fort les démarches du conseil de ville d’Asbestos pour changer le nom de la municipalité. Ayant lui-même vécu « l’expérience douloureuse » de faire changer l’adresse officielle de la mine pour enrayer toute trace de ce mot « diabolisé » dans ses transactions internationales, M. Coulombe estime que l’opinion populaire ne pourra jamais être apaisée.

Travaillant à la mine Jeffrey depuis 1969, et encore à ce jour pour terminer le plan de réaménagement et de restauration du site depuis l’arrêt des activités en 2012, M. Coulombe a fait parvenir une lettre à La Tribune dans laquelle il admet éprouver une certaine nostalgie envers ce nom. « Je ne veux pas renier tout ce que l’amiante nous a apporté dans la ville, mais il est temps que le nom change. Il est temps que les jeunes et les entrepreneurs n’aient pas honte de dire d’où ils viennent », indique en entrevue celui qui se dit fatigué de devoir convaincre chaque étranger qu’il rencontre que sa ville n’est pas dangereuse. 

« Les gens pensent qu’on est cancérigènes parce qu’on vient d’Asbestos. J’ai toujours voyagé beaucoup, et si j’ai le malheur de dire à quelqu’un dans l’avion que je viens d’Asbestos, ça ne finit plus, les explications. Et le problème, c’est qu’on voit dans le visage des gens qu’ils ne nous croient pas. Étant PDG de la mine, je passe presque pour un criminel. Pour quelqu’un qui met la vie des travailleurs en danger. Au contraire, je suis un des grands artisans de l’évolution des pratiques salubres et sécuritaires, j’ai été président de l’Association des mines d’amiante du Québec et on a tout fait pour améliorer les milieux dans lesquels on travaille », note-t-il, montrant notamment du doigt une presse féroce à l’égard de cette substance classée cancérigène par l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Il cite en exemple un article du magazine britannique The Economist du 12 décembre dernier traitant du possible changement de nom de la ville et qui porte le surtitre « Welcome to Toxic Town ». 

« C’est faux. Il n’y a plus de maladies industrielles depuis 50 ans. On ne respire plus de fibres. Les cas de maladies industrielles qu’on a eus ont touché d’anciens travailleurs qui en ont respiré beaucoup dans le passé, et ce n’est pas tout le monde qui a été malade : c’est seulement 6 % des travailleurs, même si c’est déjà trop », note l’ingénieur minier, qui déposera en février deux mémoires à la commission d’enquête du BAPE sur l’amiante. 

« Deux mondes »

L’un des mémoires de M. Coulombe portera sur la valorisation des résidus amiantés, et l’autre sur l’utilisation salubre et sécuritaire de l’amiante chrysotile, le type d’amiante exploité au Québec. « C’est important de différencier le chrysotile des autres amiantes amphiboles. Le chrysotile vient de la roche serpentine et c’est un silicate de magnésium, c’est une fibre qui est presque comme la soie et qui ne résiste pas aux acides. Ça se dissout dans le moindrement d’acidité qu’il y a dans les poumons. L’autre famille, les amphiboles, vient de roches ferromagnésiennes en Afrique et résiste énormément aux acides. Si quelqu’un les respire, ça reste dans ses poumons. Les détracteurs ne parlent que d’amiante en général; même l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ne veut rien savoir. Ce sont deux mondes différents, c’est comme comparer des pommes et des bananes. »

M. Coulombe a lui-même quelques idées en tête pour rebaptiser la ville, mais il préfère garder celles-ci secrètes jusqu’au moment où le conseil de ville recueillera les suggestions. Une séance d’information aux citoyens aura d’ailleurs lieu le 9 janvier à 19 h.