Pour expliquer sa position ferme en faveur d’un meilleur contrôle des armes à feu, le député d’Orford Gilles Bélanger souligne que sa conjointe, Sarah Bouchard, fréquentait l’École polytechnique de Montréal quand le tireur Marc Lépine est entré dans cet établissement pour tuer des femmes qui étudiaient sur place en 1989.

Bélanger n’entend pas reculer sur le registre des armes

Le mécontentement des chasseurs et du conseil municipal de Potton ne poussera pas le député d’Orford, Gilles Bélanger, à rejeter le projet de registre des armes à feu que le gouvernement du Québec a entrepris de créer.

« En tant que gouvernement, on a dit qu’on verra comment ce dossier évoluera durant les prochaines semaines. On n’a pas à reculer comme on nous le demande. De toute façon, pour ma part, je serai toujours en faveur d’un contrôle des armes à feu », affirme le député Bélanger.

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Pour expliquer sa position, le représentant de la circonscription d’Orford souligne que sa conjointe, Sarah Bouchard, fréquentait l’École polytechnique de Montréal quand le tireur Marc Lépine est entré dans cet établissement pour tuer des femmes qui étudiaient sur place. « Elle est passée par le même couloir que lui quelques minutes avant la tuerie. Elle a eu de la chance ce jour-là », dit-il.

À l’époque, Gilles Bélanger ne connaissait pas encore celle qui allait devenir sa conjointe. Mais il avait néanmoins été fortement ébranlé par la tuerie de l’École polytechnique.

« J’avais une entreprise qui embauchait des ingénieurs, à l’époque, et on avait développé un programme pour faciliter l’embauche de femmes qui provenaient de la Polytechnique. C’était ma façon d’aider, bien humblement, les femmes touchées par la tragédie. »

Dans ce contexte, on est peu étonné d’apprendre que M. Bélanger supporte le groupe PolySeSouvient, lequel est convaincu de la pertinence de mettre en place un registre des armes à feu au Québec.

Toutefois, s’il ne remet pas en doute la pertinence de créer un registre, le député d’Orford laisse entendre que ce projet ne règlera pas tout. « L’approche qui a été prise ne remplira peut-être pas toutes les promesses. Je ne peux pas en juger. Cela dit, je pense qu’il y aurait beaucoup de sensibilisation et de formation à faire autour de cette question. »

Gilles Bélanger est par ailleurs conscient qu’on retrouve de nombreux chasseurs dans certaines portions de la circonscription d’Orford. D’ailleurs, le conseil municipal de Potton, où la chasse est très populaire, a adopté une résolution exigeant que Québec laisse tomber son projet d’immatriculation des armes à feu.

« Ce que je peux rappeler, c’est que ce n’est pas la Coalition avenir Québec qui a décidé de faire un registre », note-t-il, pointant ainsi indirectement l’ancien gouvernement libéral de Philippe Couillard.

Le bon moyen?

À la fois politicienne et chasseuse, la mairesse de Magog, Vicki-May Hamm, avoue pour sa part avoir des doutes en ce qui concerne le projet gouvernemental. « Je ne pense pas que ce soit le bon moyen pour atteindre les objectifs qu’on poursuit », reconnaît-elle.

Ainsi, Mme Hamm affirme que, si elle était une élue provinciale, elle tenterait d’entreprendre un nouveau dialogue avec les groupes de pression qui réclament la création d’un registre. « J’essaierais de voir avec ces gens ce serait quoi les meilleurs moyens pour arriver à une diminution des gestes violents avec des armes à feu », indique-t-elle.

Aussi présidente de la Fédération canadienne des municipalités, la mairesse de Magog souligne cependant être féministe. Et elle laisse entendre que, à ce titre, elle saisit bien la lutte menée pour le contrôle des armes.

Surprise 

La résolution du Canton de Potton réclamant le retrait du registre l’a par ailleurs beaucoup surprise. « Ce n’est pas du tout dans la juridiction des municipalités. »

Considérant la position adoptée par Potton, Vicki-May Hamm s’attend à ce que des chasseurs et des groupes de femmes invitent le conseil municipal de Magog à dévoiler publiquement à quelle enseigne il loge. « J’en parlerai avec les conseillers pour voir si ça leur tente de se positionner sur cette question, qui est une vraie patate chaude pour le provincial en ce moment », révèle-t-elle.

La Tribune aurait aimé connaître la position du ministre régional de l’Estrie, François Bonnardel à ce sujet. Son équipe a par contre décliné la demande d’entrevue formulée par le quotidien.


PEU D'APPUIS POLITIQUES POUR POTTON À SHERBROOKE

L’opposition de la municipalité de Potton au registre des armes à feu ne trouve pas beaucoup d’appuis politiques dans la région de Sherbrooke.

Christine Labrie, députée de Sherbrooke, souhaite que le registre soit respecté autant par les citoyens que les organisations municipales. « La désobéissance civile a sa place pour certaines causes, mais je ne trouve pas que c’est le cas avec le registre des armes à feu », commente la députée de Québec solidaire.

« Sinon, à quoi ça sert de faire des lois si elles ne sont pas respectées? Ça serait de créer un dangereux précédent pour la démocratie. »

Christine Labrie, députée de Sherbrooke, se dit en faveur du registre des armes à feu du Québec.

Rappelons que le canton de Potton s’inscrit en faux avec le registre des armes à feu du gouvernement du Québec. Les élus municipaux de l’endroit ont procédé à l’adoption d’une résolution demandant à Québec de faire marche arrière. La résolution du conseil municipal de Potton relativement à l’immatriculation des armes à feu a été adoptée à l’unanimité lundi, lors d’une assemblée publique tenue à l’hôtel de ville de la municipalité frontalière.

Pour sa part, le maire de Sherbrooke a voulu en savoir plus. Steve Lussier s’est d’abord rendu chez un marchand d’armes à feu pour la chasse. On lui a dit que le registre n’a pas beaucoup d’admirateurs dans leur entourage et qu’on devrait davantage investir en prévention psychologique, dit le maire.

M. Lussier s’est par la suite informé auprès du service de police de la Ville. « Ils m’ont dit que c’était un registre très important pour eux et qu’ils le consultaient tous les jours. C’est majeur », lance-t-il.

« J’en viens à la conclusion que le registre est une bonne chose. Il aide au travail des policiers. »

Steve Lussier prévoit que les élus sherbrookois pourraient être appelés à en discuter lors de la prochaine réunion du 21 janvier.