Les élus ont reçu davantage de félicitations que de reproches parmi les plus de 300 personnes qui s’étaient entassées dans la salle Notre-Dame-de-Toutes-Joies.

Asbestos se laisse convaincre de changer de nom

ASBESTOS - Des cartes d’affaires refusées, des refus de passage aux douanes, des occasions de développement économique manquées et des citoyens ridiculisés : les témoignages étaient nombreux jeudi soir pour soutenir les démarches du conseil d’Asbestos visant à changer le nom de la ville. Cette initiative ne fait cependant toujours pas l’unanimité, et certains citoyens envisagent déjà demander l’intervention de la ministre des Affaires municipales et de l’Habitation (MAMH).

Les élus ont reçu davantage de félicitations que de reproches parmi les plus de 300 personnes qui s’étaient entassées dans la salle Notre-Dame-de-Toutes-Joies. Beaucoup ont indiqué accueillir à bras ouverts l’avenir d’un Asbestos rebaptisé, et où les jeunes auraient par exemple envie de s’établir. 

« Un nouveau nom nous apportera une nouvelle énergie, de nouvelles possibilités et de nouvelles façons de créer », a insisté la citoyenne Ghislaine Legault.

Résidente depuis 45 ans, Pascale Pellerin, a avoué s’être d’abord opposée « à 150 % » au changement de nom lors de son annonce en novembre dernier. « Je me suis demandé pourquoi j’étais contre. C’est nostalgique, j’ai vu mon père et on grand-père travailler à la mine d’amiante. C’est du côté émotionnel que ça vient nous chercher. [..] Oui c’est plate de devoir changer notre nom, oui c’est notre appartenance, mais à un moment donné, il faut avancer, même si notre histoire est importante », a-t-elle dit.

D’autres, plus attachés à l’histoire des lieux, ont formulé le désir de voir se tenir un référendum sur la question, ou même d’attendre après les prochaines élections municipales.

Le citoyen Jeff Therrien, initiateur d’une pétition en faveur d’un référendum, a précisé avoir obtenu plus de 600 signatures, dont 200 apposées par des résidents d’Asbestos.

« Je ne pense pas qu’une poignée de gens à la direction de la ville qui prenne cette décision, ce soit transparent. Je veux que le référendum soit obligatoire et dans les délais les plus brefs », a apporté Marcel Provencher avant de recevoir des applaudissements.


« Oui c’est plate de devoir changer notre nom, oui c’est notre appartenance, mais à un moment donné, il faut avancer, même si notre histoire est importante. »
Pascale Pellerin

Démarche « inclusive »

Accompagné par un conseiller du ministère des Affaires municipales et de l’Habitation (MAMH), le maire Hugues Grimard a entamé jeudi soir une démarche qui se veut « transparente, rassembleuse et inclusive », et ce, même si le conseil n’avait pas d’obligation légale de consulter ses citoyens avant de soumettre un nouveau nom à la Commission de toponymie du Québec.

Le maire y a présenté les différents paramètres du processus consultatif qui servira à déterminer le nouveau nom, et sur lequel les élus se réservent un droit de regard.

Les citoyens étaient invités à exprimer leurs préférences et critères pour le nouveau nom sur papier ou en ligne dès leur sortie de la séance. Ceux-ci ont jusqu’au 7 février pour partager leur vision, et seront en mesure de formuler des suggestions de nom à la Ville du 17 février au 13 mars par les mêmes moyens. Accompagnés du comité d’acceptabilité sociale, les membres du conseil établiront ensuite une courte liste, qui sera soumise aux citoyens pour consultation. Les élus auront tranché pour le 4 mai.

« Je suis confiant qu’on arrivera à identifier quelques noms qui seront rassembleurs », note M. Grimard.

Oppositions

Les indications de Miguel Herrero, conseiller régional au MAMH, ont semblé rassurer quelques citoyens qui s’opposent à la démarche. Une fois le nouveau nom choisi et adopté par le conseil, celui-ci devra soumettre sa résolution à la Commission de toponymie du Québec, qui exigera ensuite la diffusion d’un avis public à cet égard.

Une fois l’avis émis, les citoyens disposeront de 30 jours pour écrire à la ministre Andrée Laforest afin d’exprimer leur désaccord. À la fin de ce délai, la ministre pourra choisir de tenir un référendum auprès des citoyens, si elle le juge nécessaire.

Le maire Hugues Grimard estime avoir entamé jeudi soir une démarche qui se veut « transparente, rassembleuse et inclusive ».

Grimard : « il est temps d’en finir »

Le 4 mai 2020, date où sera dévoilé le nom choisi pour remplacer « Asbestos », pourrait finalement marquer le début de « l’ère post-amiante » dont rêve le maire de la ville, Hugues Grimard. Avec le déclenchement des travaux du BAPE sur l’amiante l’automne dernier, « il est temps d’en finir une fois pour toutes, car qu’on le veuille ou non, Asbestos signifie amiante, et l’amiante a mauvaise presse », a prononcé le maire peu avant la séance d’information citoyenne de jeudi soir.  

« Nous ne renions aucunement le passé. Notre histoire ne se résume pas qu’à un nom », a affirmé celui qui qualifie de « mission impossible » celle de changer l’opinion publique sur le matériau qui a autrefois fait la prospérité de la région. 

Le sujet en est un émotif, y compris pour lui, « qui s’acharne à défendre la ville surtout toutes les tribunes depuis 15 ans », a-t-il insisté. « Cependant, nous souhaitons aujourd’hui aborder le changement de nom sous un angle rationnel. » 

Décision réfléchie 

Ce sont plusieurs événements et près de 30 ans de réflexion qui ont mené à cette décision de l’Hôtel de ville, explique M. Grimard, qui maintient que le conseil possédait les compétences légales pour entreprendre de telles démarches sans tenir de référendum. 

Les démarches de fusion avec Danville, qui avaient fait l’objet d’une étude auprès du ministère des Affaires municipales en 2019, avaient notamment laissé espérer une nouvelle étape pour la ville avant qu’elles soient abandonnées.  

« Il avait été clairement été dit que si la fusion avait lieu, ce serait un autre nom qui serait choisi et pas celui d’Asbestos », fait valoir M. Grimard.  

Le fonds de diversification économique de près de 50 M$ qui avait été investi par le gouvernement provincial dans la MRC des Sources après la fermeture de la mine Jeffrey sera bientôt épuisé, précise également M. Grimard. 

« Je suis très fier de notre croissance et de notre diversification économique des dernières années. Le fonds a été un outil qui nous a beaucoup aidés, et maintenant qu’il arrive à échéance, il faut remplir notre boîte à outils de tous les outils supplémentaires possibles pour poursuivre notre croissance », indique-t-il, affirmant que le nom « Asbestos » est un frein au développement socioéconomique, touristique, commercial, résidentiel et industriel de la ville.