Jean-Pierre Patry, son fils Pierre-Marc et son petit-fils Arthur déplorent la coupure des programmes gouvernementaux destinés à permettre aux producteurs de se procurer des taureaux pur sang, tel celui de 2600 livres qui les accompagne sur la photo, pour améliorer la génétique de leur troupeau.

Appel à l’aide d’un producteur de bœuf

L’industrie bovine québécoise se porte bien mal par les temps qui courent. Les coupures dans les subventions destinées aux producteurs de taureaux avec une bonne génétique ainsi qu’à l’achat à l’étranger de bœuf à engraisser font particulièrement mal.

Le producteur bovin Jean-Pierre Patry, qui opère en compagnie de son fils et de la conjointe de ce dernier la ferme Patry à Weedon, est déterminé à attirer à l’attention du grand public et des gouvernements sur l’état actuel de la production bovine au Québec. 

« En gros, on pourrait dire que ça va très mal pour l’industrie, qui était en bon état il y a quelques années seulement », témoigne l’homme qui a parti sa production dans les années 70 en s’achetant une terre. « Les producteurs du Québec ne produisent que 15 % du bœuf qui est consommé dans l’ensemble de la province, alors qu’on en produisait environ 50 % il y a de ça quelques années seulement. »

La grande majorité du bœuf consommé au Québec provient donc de l’ouest du Canada, des États-Unis et du Brésil, des pays qui ont moins de régulations environnementales encadrant la production. Plusieurs raisons sont à l’origine de ce changement de fortune pour les producteurs québécois, dont la fermeture d’abattoirs à grande surface ainsi que la perte des subventions destinées à acquérir des taureaux ayant une génétique supérieure. 

« Un programme pour aider les producteurs à se procurer des taureaux pure race avait été mis sur pied pendant deux ans, avant d’être coupé par le ministre (Pierre) Paradis lors de l’élection des libéraux en 2014. Pour une multitude de producteurs de plus petites tailles, cette décision a sonné la fin », explique M. Patry. 

La coupure de ce programme d’aide a eu des effets désastreux, forçant la moitié des producteurs bovins de la province à fermer leur entreprise ou à se réorienter. Les régions les plus touchées ont été l’Estrie et l’Abitibi-Témiscamingue, affectant l’économie de plusieurs villages. 

Bœuf Québec, bœuf importé

Une des conséquences directes de cette baisse de la pureté génétique du bétail au Québec engendrée par les coupures est que Bœuf Québec, l’entreprise responsable de la mise en marché du bœuf québécois, engraisse le bœuf sur place sans toutefois qu’il vienne d’ici.

« Étant donné que la génétique est plus poussée dans l’Ouest canadien, Bœuf Québec achète beaucoup de veaux et de bœufs de là-bas. Ils peuvent ensuite apposer l’étiquette « produit du Québec » lors de la mise en marché, alors que le bœuf a été seulement engraissé sur place. Les consommateurs croient encourager les producteurs d’ici, mais ils encouragent seulement que les pans d’engraissement », clarifie son fils Pierre-Marc, qui prend la relève de l’entreprise familiale.

On peut donc dire que du 15 % de bœuf consommé au Québec, seulement 8 à 10 % provient de A à Z du labeur des producteurs d’ici. 

« Ça décourage les producteurs, qui se font de plus en plus rares. Cette production nécessite beaucoup d’espace et en comparaison avec la volaille et le lard, les bêtes produisent moins en l’espace d’une année. La relève a donc extrêmement de misère à se lancer et opte souvent pour d’autres productions », ajoute Jean-Pierre, qui se spécialise dans l’élevage de bœuf charolais, une variété française reconnue pour sa masse musculaire imposante. 

« C’est un métier qui peut seulement être pratiqué par des passionnés, il y a tellement de tâches à faire pour un résultat qui n’est pas si payant au final. Il est crucial que l’on continue à produire et qu’on assure une relève, sans quoi l’expertise va se perdre pour de bon. Les producteurs, surtout les plus petits, ont besoin de mesures pour les aider à prospérer », conclut son fils, souhaitant que le gouvernement et Bœuf Québec agissent pour remettre sur pied cette industrie qui a proliféré dans la région par le passé.