Le président du syndicat des paramédics de Granby, Jean Papineau, déplore que les ambulances aient été détournées jusqu’à Magog samedi.

Ambulances détournées vers Magog: «Je n'ai jamais vu ça»

La situation dans les urgences des hôpitaux de Granby et Cowansville ne s’est guère améliorée ce week-end, si bien que les ambulances ont à nouveau été détournées... à Magog. Cette situation est vivement dénoncée par le syndicat des paramédics et l’entreprise ambulancière.

« Je n’ai jamais vu ça, affirme Jean Papineau, président du syndicat de la Fraternité des travailleurs et travailleuses du préhospitalier du Québec, section Granby. Ça reste qu’on est des véhicules d’urgence. Quand on fait ça, on envoie des ambulances encore plus loin et il y a une incidence. À la base, ce sont les patients qui vont payer. »

La Voix de l’Est rapportait au cours des derniers jours que l’urgence de Granby était sous pression, que les débordements étaient répétitifs, qu’il y avait une pénurie d’effectifs et que le personnel était en proie à une certaine détresse. Par exemple, des infirmières du quart de soir, vendredi, ont débrayé en raison du manque flagrant de personnel. Des cadres ont alors pris la relève.


«  On est en train de brûler le système à tous les niveaux, même au nôtre.  »
Jean Papineau, président du syndicat des paramédics de Granby

Les ambulances ont aussi été détournées vers l’urgence de l’hôpital de Cowansville. Or, ce sont finalement les deux urgences qui débordaient samedi. Le CIUSSS de l’Estrie a alors décidé de détourner les ambulances de Granby vers Magog, un parcours d’environ 60 kilomètres pour les paramédics.

« Nous comprenons que cette situation est exceptionnelle et qu’elle peut causer des désagréments aux usagers ainsi qu’aux familles. Notre préoccupation demeure la sécurité des personnes ainsi que l’accessibilité à des soins adaptés et de qualité », a affirmé Geneviève Lemay, conseillère en communication au CIUSSS de l’Estrie, lundi.

Cette décision a toutefois aussi des répercussions sur le personnel ambulancier, fait valoir M. Papineau. « Il y a une pression au centre hospitalier de Granby et tout le monde en subit les contrecoups. On est en train de brûler le système à tous les niveaux, même au nôtre. Ça occasionne des frustrations, du personnel qui n’a pas de temps pour manger, du temps supplémentaire obligatoire. »

Impacts collatéraux

Ces détournements d’ambulances seraient devenus monnaie courante. Il peut même y en avoir plus d’un par jour, fait savoir Stéphan Scalabrini, directeur des opérations du secteur Ouest chez Dessercom, l’entreprise propriétaire du service ambulancier de Granby. « C’est rendu un mécanisme de gestion des CIUSSS qui est utilisé à outrance, peu importe les impacts collatéraux que ça entraîne », déplore-t-il.

Les conséquences sont d’abord vécues par les patients. « S’il est traité à 80 kilomètres de chez lui, il va toujours bien falloir qu’il revienne chez lui. Les gens se rapprochent des soins, d’un centre hospitalier, ils veulent avoir une clinique médicale dans leur milieu. C’est ce qu’ils cherchent. Là, ce qu’on leur dit, c’est quand tu es malade, tu t’en vas à 80 kilomètres, même si dans les faits, il va avoir le même service », dit-il.

Autre conséquence : le territoire granbyen est moins bien couvert par les paramédics quand ceux-ci sont dirigés vers Cowansville ou Magog.

À titre d’exemple, une équipe supplémentaire a été ajoutée aux trois déjà en poste samedi pour pallier les détournements et les absences prolongées dans la ville de Granby. Une autre équipe du quart de soir est entrée en poste plus tôt. Une fois les détournements levés vers Magog, ils ont été dirigés vers Cowansville, en fin d’après-midi samedi.

Pendant cette journée, deux transferts de patients ainsi que deux appels auraient été mis en attente faute de ressources ambulancières sur le territoire granbyen, selon le syndicat des paramédics. « On est censé avoir trois ambulances à Granby et non sur l’autoroute 10 », déplore Jean Papineau.

« Éventuellement, on va assister à un drame. Il y a des gens qui vont payer les frais parce qu’ils n’auront pas accès aux paramédics. Je ne peux pas croire que ça va prendre encore des vies humaines pour avancer un dossier qui est bien logique », poursuit-il, en précisant qu’autant l’employeur que le syndicat revendiquent auprès du ministère de la Santé l’ajout de ressources ambulancières à Granby.

Pénurie de personnel

Les détournements et les ajouts de personnel sporadiques entraînent également un casse-tête pour l’employeur qui doit lui aussi composer avec une pénurie de personnel. « Il ne faut pas oublier que je suis un employeur. J’ai des employés, des conventions collectives et je dois m’assurer que mes employés ont des [bonnes]conditions de travail pour les garder, dit M. Scalabrini. Je ne peux pas tout le temps ajouter des équipes. J’arrive à zéro sur ma liste et personne ne veut rentrer. »

Qui plus est, lorsque les milieux hospitaliers optent pour un détournement, le service ambulancier ne serait pas consulté.

« Il n’y a jamais eu d’évaluation avec le préhospitalier pour savoir si on est capable de le faire. C’est peut-être la meilleure solution, mais est-ce qu’on a les outils pour le faire ? », soulève M. Scalabrini.