Dre Chantale Lemire, allergologue-immunologue pédiatrique au CHUS du CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

Allergies alimentaires: un pas à la fois pour la clinique

Le projet de lancer une clinique d’immunothérapie orale à l’Hôpital Fleurimont chemine lentement au CIUSSS de l’Estrie-CHUS, mais le projet est toujours sur les rails. Jusqu’à présent, au moins 200 familles se sont montrées intéressées par le projet qui consiste à désensibiliser les enfants à leurs allergies alimentaires, mais aussi les adultes souffrant des mêmes allergies.

« Nous avons encore des enjeux avant de pouvoir lancer la clinique, notamment pour les locaux et les ressources humaines », soutient la Dre Chantale Lemire, allergologue-immunologue pédiatrique au CHUS du CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

Les recherches tendent à prouver que l’immunothérapie orale améliore grandement la qualité de vie des enfants qui ont une allergie alimentaire ainsi que celle de leur famille.

Le taux d’efficacité de la désensibilisation est de 80 % lors d’un contact accidentel avec l’aliment, de 80 % pour l’intégration de l’aliment dans la diète et les chances de résoudre l’allergie de façon définitive sont de 50 %.

« Selon une étude parue en 2016, tous les enfants désensibilisés aux arachides ont complètement perdu leur allergie. C’est très encourageant! » assure l’allergologue-immunologue.

« J’ai passé plusieurs dizaines d’années dans ma carrière à dire à mes patients à qui on découvrait une allergie que leur enfant devait éviter l’aliment, tout simplement. Mais il y a des impacts à ça. Les sorties au restaurant deviennent parfois impossibles, les repas dans la famille ou chez des amis sont plus compliqués, sans compter les voyages, les sorties qui sont plus difficiles. L’immunothérapie orale change les choses, et ce sont les parents qui en entendent parler et qui nous en font la demande », explique Dre Lemire.

L’immunothérapie orale vise à désensibiliser les enfants ou même les adultes aux aliments auxquels ils sont allergiques. La désensibilisation doit s’étaler sur plusieurs années. D’abord, les enfants doivent se rendre à l’hôpital de façon hebdomadaire pour consommer d’infimes doses de l’aliment, ensuite aux deux ou aux quatre semaines pour y consommer des doses de plus en plus importantes jusqu’à ce que la dose d’entretien, par exemple une demi-arachide, puisse être consommée à la maison de façon sécuritaire.

La Dre Lemire tient un projet-pilote depuis juin 2018 où elle a pu traiter une dizaine d’enfants pour leur allergie. Jusqu’à présent, l’expérience est très positive. Mais les enjeux doivent être levés un par un.

L’immunothérapie orale vise à désensibiliser les enfants ou même les adultes aux aliments auxquels ils sont allergiques. La désensibilisation doit s’étaler sur plusieurs années.

« Nous avons besoin de balances très très sensibles, quatre chiffres après le zéro, afin de mesurer les doses des aliments. Nous venons juste de réussir à en avoir une », dit-elle en exemple.

Bonne nouvelle : une deuxième allergologue pédiatrique va se joindre à Dre Lemire dès le 2 décembre. Celle-ci vient de terminer sa spécialisation à la clinique d’immunothérapie orale de l’Hôpital Sainte-Justine de Montréal.

« Au Québec, il n’y a présentement qu’une seule clinique d’immunothérapie orale en dehors des programmes de recherche. Mais avec l’arrivée de ma collègue, Dre Langlois, nous pourrons nous aussi offrir des programmes de recherche », explique la médecin.

La désensibilisation aux aliments pourra se faire jusqu’à cinq aliments à la fois.

En campagne pour le financement

Pour arriver à lever les barrières, l’aide de la Fondation du CHUS a été demandée pour créer une campagne de financement. « Nous recevons déjà des dons pour le projet de clinique via un fonds distinct, c’est-à-dire que les intéressés peuvent donner à un fonds associé au projet de clinique d’immunothérapie orale. Ce fonds servira à faire l’acquisition d’équipements, à effectuer le réaménagement nécessaire des lieux ainsi qu’à soutenir la recherche en allergologie. Ces dons serviront également à pouvoir traiter plus de patients », indique André Lortie, directeur adjoint à la direction des services professionnels au CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

« L’annonce du lancement de la campagne de financement sera faite conjointement avec le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS). L’établissement soutient la visée de ce projet. Toutefois, certains éléments restent à être arrimés avec notre partenaire. Tous les efforts sont mis en œuvre pour que cette ouverture se fasse le plus rapidement possible », ajoute-t-il.