Le MAPAQ avait assisté l'abattage de moutons en plein air dans le cadre de la fête de l'Aïd al-Adha.

20 chefs d'accusation contre une ferme ovine

La ferme BSC de L'Avenir pourrait être condamnée à des amendes totalisant près de 200 000 $ et être, du même coup, forcée de fermer ses portes, pour avoir permis la tenue d'éditions de la fête musulmane Aïd al-Adha sur sa propriété.
Au cours des sept dernières années, l'entreprise agricole, dont 40 % des revenus proviennent de l'élevage ovin, permet à plus de 600 personnes de confession musulmane de célébrer la foi d'Ibrahim en égorgeant un mouton et en l'offrant en sacrifice à Allah. Des inspecteurs du ministère de l'Agriculture, des Pêches et de l'Alimentation (MAPAQ), qui ont assisté à la scène, en sont venus à la conclusion qu'il s'agissait là de l'exploitation d'un abattoir. La ferme a beau être en règle pour ce qui est de la culture et de l'élevage, elle ne possède pas de permis permettant d'abattre des animaux à des fins commerciales.
Au total, la ferme BSC et son propriétaire Michel Cloutier font face à une vingtaine de chefs d'accusation. En plus de leur reprocher ces activités d'abattage, on les accuse d'avoir disposé de manière négligente de matières non comestibles. L'entreprise est également accusée de cruauté envers les animaux, au moins 4 des 84 bêtes saisies lors de la perquisition initiale, le 13 septembre, étaient malades. Ils étaient atteints du piétin, l'un d'entre eux avait également une pneumonie.
Un abus de pouvoir ?
La famille de Michel Cloutier considère que le MAPAQ a abusé de son pouvoir en procédant à la perquisition de l'élevage de la ferme considérant que les animaux y sont traités de façon adéquate depuis plusieurs générations et que la maladie est courante chez les moutons.
« C'est une saisie illégale, j'espère que le juge sera en mesure de comprendre ça. S'il fallait que toutes les productions touchées par le piétin soient saisies au Québec, il y en a au moins le tiers qui feraient face à des accusations », affirme M. Cloutier, ajoutant que la pneumonie aurait été provoquée par le travail plus ou moins soigné des agents du MAPAQ lors de la perquisition.
Concernant les accusations d'exploitation d'abattoir, les dirigeants de la ferme BCS s'en lavent les mains, leurs activités se limitant à la vente des moutons et à la location du terrain.
« Le MAPAQ est sur notre dos, au lieu d'accuser les musulmans qui le font. On loue, ce n'est pas nous qui abattons. Nous servons de bouc émissaire. Cette semaine, ils ont dit que c'était trop compliqué de donner des amendes à chaque musulman », déplore la nièce de l'accusé, Sonia Cloutier.
Cette dernière explique que rien n'est prévu pour ce regroupement religieux qui désire vivre cette fête selon ses traditions. Il aimerait obtenir un permis spécial et il serait prêt à débourser.
« C'est fait proprement, selon leur culture. Ils sont très heureux de venir chez nous, ils se sentent comme chez eux. Pour eux, c'est une grande fête, ils mettent leurs plus beaux habits. Chaque année, il y a plus de participants. Ils ne dérangent personne », ajoute-t-elle.
Après avoir entendu les partis pendant cinq jours, le juge Paul Dunnigan a pris la cause en délibéré. Il devrait rendre sa décision rapidement afin que les moutons soient rendus le plus rapidement possible.
Si elle est reconnue coupable, la ferme pourrait devoir débourser des amendes totalisant 105 000 $, ainsi que des frais de soin et de garde évalués à 68 000 $. « Cette facture n'a pas de sens. S'il fallait qu'il en coûte autant, la viande se vendrait 1000 $ la livre », estime M. Cloutier.