La famille d’Isabelle est une famille normale. Une famille où règne l’amour et l’entraide. Deux des trois enfants ont été adoptés? Cela ne change rien. La famille est unie pour toujours.
La famille d’Isabelle est une famille normale. Une famille où règne l’amour et l’entraide. Deux des trois enfants ont été adoptés? Cela ne change rien. La famille est unie pour toujours.

Engagée à fond dans l'aventure de l'adoption

Marie-Christine Bouchard
Marie-Christine Bouchard
La Tribune
Un couple solide, trois jeunes enfants d’âge préscolaire et primaire : la famille d’Isabelle ressemble à toutes les familles. Sauf que deux des trois enfants d’Isabelle sont des enfants adoptés issus de « grossesses de cœur ». En effet, après avoir connu sept fausses couches, Isabelle et son conjoint se sont tournés vers l’adoption en banque mixte pour devenir parents pour la première fois.

« Les différentes étapes d’évaluation de notre famille, au début du processus, ont été un gros stress. C’est long, c’est rigoureux. Mais un jour, on nous a appelés pour nous dire qu’on avait un dossier à nous présenter. Dans la balance, il y avait des enjeux liés à la consommation de la maman pendant la grossesse. Le bébé avait été en sevrage à la naissance et on ne pouvait pas savoir quelles seraient les conséquences chez l’enfant », indique Isabelle, qui souhaite conserver l’anonymat pour protéger l’identité de ses enfants qui pourraient être recherchés par leurs parents biologiques.

« Au moment de la première rencontre avec le bébé, ç’a été le coup de foudre. Là, nous sommes devenus ses parents », s’exclame-t-elle.

Parents dans leur cœur certainement, mais pas au point de vue légal où les choses sont plus compliquées.

« Au début, nous sommes famille d’accueil. À chaque étape judiciaire, c’est un stress. Quand l’enfant doit recevoir des soins médicaux, on ne peut prendre aucune décision », illustre Isabelle.

Un stress et de l’incertitude, oui, mais qui en valent la peine.


« Moi je me disais: si jamais il faut que ma fille parte, au moins je lui aurai donné tout ce qu’on aura pu durant cette période de sa vie. »
Isabelle

« Si j’avais quelque chose à conseiller aux parents qui se lancent dans la banque mixte, c’est de ne pas avoir peur de s’engager à fond dès le départ même s’ils craignent que l’enfant parte. Moi je me disais : si jamais il faut que ma fille parte, au moins je lui aurai donné tout ce qu’on aura pu durant cette période de sa vie », soutient Isabelle.

« Bébé bedaine »

Sa fillette n’est jamais partie. Et peu après, un véritable miracle s’est produit alors qu’Isabelle a pu mener une première grossesse à terme.

« Le moment où j’ai dû partir à l’hôpital pour accoucher de notre garçon a provoqué une première coupure dans le cocon que nous avions fait avec notre fille. J’ai passé cinq jours à l’hôpital et ma fille a vraiment réagi difficilement à mon retour. Elle pensait que je l’avais abandonnée alors que je lui avais dit que je ne le ferais jamais », se souvient-elle avec émotions.

Mais les choses se sont vite rétablies et la petite fille est devenue profondément protectrice envers son petit frère.

Les années ont passé et Isabelle et son conjoint ont décidé qu’un troisième enfant devait agrandir leur famille. Une nouvelle grossesse? Une nouvelle adoption? C’est la possibilité de donner un foyer à un enfant déraciné qu’on a choisi.

« Deux mois et demi après notre demande, on nous a téléphoné pour nous présenter un enfant qui était encore en néonatalité », indique-t-elle.

Encore là, un coup de foudre instantané pour les parents et leur nouveau garçon.

Les années ont passé. Aujourd’hui, les enfants ont 4, 6 et 9 ans.

Dans cette famille que rien ne distingue d’une autre, chaque enfant a sa personnalité et ses propres besoins. Le « bébé bedaine » d’Isabelle a reçu un diagnostic de trouble de déficit d’attention avec hyperactivité (TDA/H). Sa grande fille n’a aucune séquelle physique de la consommation d’alcool de sa mère pendant la grossesse.

« Pourtant, j’ai eu une belle grossesse, je n’ai pas bu, j’ai bien mangé, j’ai fait du sport, j’ai pris toutes mes vitamines... Comme quoi quand on a un enfant, on ne peut pas savoir comment il sera. Nous sommes là pour répondre à ses besoins, peu importe quels seront ses besoins », indique-t-elle.

« Le seul risque qu’on prenne vraiment, c’est de voir l’enfant partir pour retourner avec ses parents », ajoute-t-elle.

« Mais c’est une merveilleuse aventure dans laquelle il ne faut pas hésiter à se lancer », conclut Isabelle.