D’avril à décembre 2018, les plaintes pour des cas de violence en milieu de travail au CIUSSS de l’Estrie-CHUS ont causé 283 cas de « temps perdu », c’est-à-dire que des employés ont dû s’absenter du travail pour traiter des blessures physiques ou psychologiques, des absences variant d’une journée à quelques semaines.

Encore trop peu de cas de violence déclarés au CIUSSS

Le nombre de plaintes en harcèlement psychologique et en violence en milieu de travail au CIUSSS de l’Estrie-CHUS a augmenté dans la dernière année. Mais ce n’est pas une mauvaise nouvelle, au contraire, soutient la direction de l’établissement. « Nous savons que c’est la pointe de l’iceberg, qu’il y a des cas qui ne sont pas déclarés. Nous souhaitons que les employés déclarent les incidents pour avoir un portrait juste de la situation », soutient Josée Paquette, directrice des ressources humaines, des communications et des affaires juridiques au CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

Ainsi, 130 employés du CIUSSS de l’Estrie-CHUS ont déposé des plaintes en harcèlement psychologique au cours de la dernière année, alors que 1157 déclarations de violence en milieu de travail ont été signalées. Voilà les données que l’on retrouve dans le rapport annuel qui découle de la Politique en matière de promotion de la civilité et de prévention du harcèlement et de la violence en milieu de travail au CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

Les données font état d’une augmentation du nombre de plaintes. Par exemple, les signalements pour harcèlement psychologique sont passés de 102 à 130. Ces plaintes concernent des situations survenues entre les employés de l’établissement, qu’ils soient salariés ou cadres.

Les plaintes concernant la violence en milieu de travail ont aussi augmenté, se chiffrant à 1157 pour l’année financière 2018-2019.

Environ 1000 des 1157 plaintes concernant la violence en milieu de travail touchent le site de Val-du-lac où sont hébergés des adolescents avec des troubles du comportement, les CHSLD avec des clientèles avec des troubles cognitifs et les résidences en assistance continue (RAC) où l’on héberge des adultes avec des déficiences intellectuelles et des troubles graves du comportement.

En neuf mois, d’avril à décembre 2018, ces plaintes ont causé 283 cas de « temps perdu », c’est-à-dire que des employés ont dû s’absenter du travail pour traiter des blessures physiques ou psychologiques, des absences variant d’une journée à quelques semaines.

Les autres plaintes se retrouvent partout ailleurs au CIUSSS, mais plusieurs d’entre elles proviennent des milieux d’accueil de la clientèle, comme les salles d’urgence par exemple.

1157 plaintes de ce genre, c’est beaucoup, mais c’est encore trop peu, insiste Josée Paquette, parce qu’elle sait que ce nombre ne reflète pas la réalité. « On sait que c’est la pointe de l’iceberg, qu’il y a des cas qui ne sont pas déclarés », dit-elle.

Deux types de violence

Il y a deux types de cas de violence. Dans certains milieux, les accès de violence font partie du lot quotidien des employés et ils en finissent par normaliser la situation. Ça peut par exemple être le cas dans un CHSLD où un patient avec une déficience cognitive lance des propos injurieux ou frappe régulièrement. « Il est possible que les employés aient fait un rapport une fois, et qu’ils n’en fassent plus ensuite même si ça se répète », précise Mme Paquette.

Il y a aussi les cas isolés de violence, quand un patient perd patience par exemple après une longue attente à la salle d’urgence.

La direction du CIUSSS de l’Estrie-CHUS pose de nombreuses actions pour régler tous les cas de violence.

« Un seul événement grave apporte des actions immédiates. Et quand ce sont des situations où la prévalence est importante, comme dans les RAC par exemple, on fait des plans d’intervention pour assurer la sécurité de nos employés », précise Josée Paquette.

Dans la dernière année, beaucoup de personnel a été formé ou reformé pour apprendre à mieux gérer les crises.

« Nos employés savent comment pacifier les usagers dans ce genre de situation, quand le ton ou l’émotion commencent à monter. On demande par exemple aux patients : qu’est-ce qui vous inquiète? Et le personnel peut souvent répondre à leurs questions et les rassurer », avait expliqué en février André Jalbert, chef de service, volet prévention et santé-sécurité au CIUSSS de l’Estrie-CHUS, lors d’une entrevue à La Tribune.

Un plan d’action 2019-2020 a aussi été déposé dans le cadre de la politique contre la violence au CIUSSS de l’Estrie-CHUS. Des exemples de gestes concrets qui seront posés? « En ce moment, le formulaire papier pour signaler un événement est long à remplir. Il y a plusieurs copies, qui doivent être remises à plusieurs personnes. C’est compliqué. Nous voulons simplifier le formulaire et l’informatiser. C’est quelque chose que nous allons faire dans la prochaine année », ajoute Mme Paquette.