Le remplacement des pagettes par des cellulaires ne fait pas l’unanimité dans le milieu de la santé, pour plusieurs raisons.

Encore 4700 pagettes au CIUSSS de l’Estrie

L’utilisation de la pagette (téléavertisseur) est profondément ancrée dans la pratique clinique des hôpitaux. Quand on a rapidement besoin d’une personne ou d’un groupe de personnes pour intervenir sur une urgence, on compose son numéro de téléavertisseur. Le CIUSSS de l’Estrie-CHUS possède toujours un parc de 4700 téléavertisseurs - ce qui signifie qu’un employé sur quatre en possède une afin de pouvoir être joint facilement en tout temps.

La décision de Bell mobilité de mettre fin à son service de pagettes le 30 juin ne cause pas de grands problèmes au CIUSSS de l’Estrie-CHUS. Cela marque toutefois un pas important dans la réflexion sur l’utilisation de cet outil qui est voué à disparaître dans un avenir pas si lointain.

« La pagette est utilisée abondamment dans nos installations. Quand on a besoin d’une personne, on la "page". Mais partout, la pagette, ça fait partie de l’ADN des pratiques cliniques, c’est viscéral », explique Daniel Bouffard, directeur adjoint à l’exploitation des services à la direction des ressources informationnelles et des technologies au CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

Quand ces pagettes servent-elles en milieu hospitalier? Souvent, en fait.

« Quand il y a un Code blanc dans l’hôpital (NDLR : demande d’aide immédiate à cause du comportement violent ou menaçant d’un usager), il n’y a qu’un code déjà établi à composer et ça peut appeler la pagette de tout un ensemble de personnes, qui doivent se rendre à un endroit précis en moins de trois minutes », cite-t-il en exemple.

Puis quand l’état de santé d’un patient se détériore, on peut facilement aussi composer le numéro de téléavertisseur d’un médecin ou d’un autre professionnel de la santé pour lui indiquer qui rappeler ou où se présenter.

Trouver et couvrir les « trous de service »

Sur les 4700 pagettes utilisées au CIUSSS, seules 180 étaient desservies par Bell mobilité. Faute de trouver un autre fournisseur qui offre le service dans la MRC du Granit, ces 180 pagettes seront remplacées par des téléphones cellulaires.

Mais remplacer l’ensemble des pagettes du CIUSSS par des cellulaires ne se fera pas du jour au lendemain. Les « trous de couverture » au sein des bâtiments du CIUSSS sont le premier enjeu; l’habitude clinique très ancrée d’utiliser les pagettes est le second enjeu de taille.

« Avec notre réseau cellulaire, nous avons présentement des trous de service à l’intérieur de nos gros hôpitaux. En ce moment par exemple, une partie de la cafétéria de l’Hôpital Fleurimont est dans un trou de services. Donc ça veut dire que si un médecin recevait un appel d’urgence par texto pendant qu’il est en train de manger à la cafétéria, il ne recevrait pas le message », dit M. Bouffard.

Ce problème peut être réglé; les travaux sont d’ailleurs en train d’être faits au CSSS de Lac-Mégantic pour que le réseau cellulaire soit accessible partout. « Il est possible d’installer des petites antennes à l’intérieur de l’hôpital pour régler les trous de service », précise M. Bouffard.

Une pagette facile à traîner

Aussi, le remplacement des pagettes par des cellulaires ne fait pas l’unanimité dans le milieu de la santé, pour plusieurs raisons.

« Les gens ont presque tous un cellulaire personnel. Quand on leur fournit une petite pagette qui s’accroche facilement à la ceinture, ça leur convient, c’est assez facile à combiner avec un téléphone personnel. Mais si on leur fournit un cellulaire professionnel qui ne s’accroche pas facilement à la ceinture, c’est beaucoup moins évident pour les gens de se retrouver avec deux appareils », soutient Daniel Bouffard.

Les « trous de services » sont aussi une réalité en milieu rural pour la desserte du réseau cellulaire. Ainsi un médecin qui habiterait à la campagne pourrait aussi se retrouver dans un trou de service.

« Dans la région du Granit avec la fin du service de pagettes par Bell, il y aura du cas par cas », soutient M. Bouffard.

Du côté des coûts, la pagette a longtemps été moins chère que le cellulaire. Mais dans la situation actuelle où une compagnie a presque le monopole dans le service de téléavertisseurs au Québec, la situation s’est inversée.

« Aujourd’hui, acheter une pagette coûte 100 $, tout comme l’achat d’un téléphone. Le forfait pour une pagette, par mois, est de 5 à 6 $. Pour un cellulaire avec un forfait voix et textos, nous sommes à 4 $ par mois », précise Daniel Bouffard.