L’indice de masse corporelle fait partie des critères d’embauche au CIUSSS de l’Estrie.
L’indice de masse corporelle fait partie des critères d’embauche au CIUSSS de l’Estrie.

En surpoids, pas d’emploi: «c’est révoltant»

Jean-François Guillet
Jean-François Guillet
La Voix de l'Est
Le cri du coeur de l’infirmière Marie-Christine Lanoue, que le CIUSSS de l’Estrie a refusé d’embaucher à cause de son poids, a fait vivement réagir sur les réseaux sociaux. Et ce n’est pas un cas isolé. Une autre candidate à un poste dans le réseau de la santé, cette fois du côté administratif, a goûté à la même médecine. Une «injustice» qui doit être mise au grand jour, clame-t-elle.

Maude* fondait de grands espoirs en soumettant sa candidature à un poste en administration au sein du CIUSSS de l’Estrie. L’enthousiasme a plutôt fait place à l’indignation. «Comment peut-on baser ses critères d’embauche sur le poids d’une personne? Je ne suis pas moins compétente parce que j’ai un surplus de poids. Dans la vie, je ne suis pas malade, mais je suis plus ronde. Et puis? Vraiment, est-ce qu’on est rendu là en 2020? C’est révoltant.»

En fait, durant le processus d’embauche, Maude répondait à tous les critères d’admissibilité. Les choses se sont corsées quand est venu le temps de remplir le questionnaire médical. «Tout allait bien jusqu’à ce qu’on me demande mon poids et ma grandeur. Je dépassais juste un peu [l’indice de masse corporelle, l’IMC] maximal selon les critères du CIUSSS, soit 40. La fille qui s’occupe des dossiers d’embauche m’a dit que je n’aurais pas de poste si mon poids ne respectait pas les critères. Je n’en revenais simplement pas.»

Grâce à un subterfuge, que nous n’évoquerons pas pour préserver l’identité de notre source, elle a finalement obtenu l’emploi. «Mais de justesse. Il a fallu faire des pieds et des mains. Normalement, on m’aurait refusée», a-t-elle fait valoir.

Le CIUSSS de l’Estrie a confirmé qu’il s’agit bien d’une politique de l’organisation. « Il existe effectivement des situations où on ne peut pas embaucher des personnes avec un indice de masse corporelle (IMC) de plus de 40. C’est dans les cas où elles ont besoin de mobiliser des personnes, dans des milieux COVID positifs, ou dans des contextes où elles doivent marcher beaucoup », a indiqué en entrevue à La Tribune la porte-parole de l’organisation, Annie-Andrée Émond.

À contre-courant

En plus de trouver complètement discriminatoire le fait d’être embauché ou non en fonction de son IMC, Maude est d’avis que le CIUSSS va à l’encontre de toute logique. «On est en pénurie de personnel depuis des années dans le réseau de la santé. Tout le monde tombe comme des mouches. Dans les hôpitaux, les CHSLD. Partout. Et là, on est prêts à dire non à des gens qui sont prêts à travailler, malgré les conditions difficiles. Vraiment, je ne comprends pas.»

Maude espérait que son cas était «une erreur». On lui a confirmé le contraire. «On m’a dit durant le processus d’embauche que c’est fréquent que l’on refuse des gens à cause de leur poids. Pourquoi le physique joue-t-il un rôle si important? Je voulais un poste en administration. Et même si j’avais voulu être infirmière, en quoi je ne serais pas capable de faire le travail?»

* Nom fictif