Paraplégique depuis mars 2007, Jonathan Plante a livré un poignant témoignage devant des élèves de l'école 24-Juin jeudi après-midi. Il participait à une tournée de sensibilisation de la CNESST afin de prévenir les accidents de travail.

En fauteuil roulant à vie pour avoir voulu gagner 10 minutes

Pour avoir voulu gagner dix minutes le 12 mars 2007, Jonathan Plante doit aujourd'hui prendre son temps. Et il n'a pas le choix.
Cette journée-là, ce jeune charpentier-menuisier est devenu paraplégique. Parce qu'on n'avait pas jugé bon de prendre le temps d'aménager le chantier de la construction d'une maison de façon sécuritaire.
Trop long d'installer des garde-corps afin d'éviter les chutes. Jonathan Plante a perdu l'équilibre et a fait une chute de quatre mètres et demi. Sa colonne vertébrale a été fracturée; sa moelle épinière, sectionnée.
« Le constat a été brutal, se souvient-il. Nous avions le temps de le faire. Nous avions les matériaux, les outils. Ça aurait pris 10 minutes, quand j'y repense aujourd'hui », analyse-t-il.
« Pour moi, avant, ceux qui avaient des accidents sur les chantiers, c'était ceux qui avaient peur. Je pensais que ceux qui avaient peur devenaient nerveux, les genoux leur claquaient ensemble, et c'est là qu'ils tombaient... »
Jonathan Plante est maintenant conférencier. Il participe à une tournée de sensibilisation de la CNESST dans les écoles secondaires et les centres de formation professionnelle du Québec.
Jeudi, il était à l'école secondaire Alexander Galt et au Centre de formation professionnelle 24-Juin, à Sherbrooke. À cette occasion, les deux groupes de jeunes ont pu entendre son émouvant témoignage.
Dans un langage coloré et sans détour, il expose les conséquences de son accident sur sa vie personnelle ainsi que sur celle de ses proches. Il leur rappelle également les droits et les obligations des employeurs et des travailleurs en matière de santé et de sécurité du travail.
Assis dans un fauteuil roulant et à l'aide de diapositives, Jonathan Plante donne aujourd'hui 150 conférences par année sur ce sujet.
Jeudi après-midi, des futurs charpentiers-menuisiers de l'école 24-Juin l'ont écouté religieusement. « Si je peux en convaincre juste un ou une de faire attention, ça sera déjà ça de réussi », lance le passionnant conférencier, qui était un amateur de sport comme le hockey dans son autre vie. « Cette journée-là, on avait pris un raccourci. Aujourd'hui, je perds du temps en masse. »
« Je veux provoquer une réflexion en racontant mon histoire. Le 12 mars 2007, ça n'a pas été une belle journée pour moi... et pour ma blonde. J'ai été dix heures sur la table d'opération. Ça a changé ma vie, mais aussi celle de mes proches. »
Jonathan Plante a réussi à revenir au sport. Il a pratiqué le hockey sur luge et même l'escalade.
Sa conjointe a eu deux enfants depuis, grâce à la fécondation in vitro, souligne-t-il. Une expérience très difficile pour la femme de sa vie.
« L'autre jour, lors d'une fête dans ma famille, tout le monde est sorti dehors pour joueur dans la neige. Tout le monde sauf moi. Je suis resté en dedans en face de la porte-patio. J'étais un spectateur, déclare-t-il. Moi, j'ai été chanceux. Mes proches sont demeurés près de moi. Mais des accidents comme celui que j'ai eu, ça brise des couples. Ça brise des vies. »
« Il y a dans chacun de mes proches une petite blessure dans leur coeur. Cette blessure, c'est moi qui l'ai provoquée. Parce que j'ai voulu aller trop vite. Je vous souhaite de prendre le temps. Et de pouvoir vous rendre à votre retraite avec tous vos morceaux », a-t-il livré avec émotion.