Jean-François Lisée
Jean-François Lisée

En caucus à Drummondville: la faute aux libéraux, selon le PQ

Jocelyne Richer
La Presse Canadienne
Les libéraux doivent s'excuser à la population et rendre des comptes sur le climat de corruption qui règne présentement au Québec, selon le gouvernement Marois. Du même souffle, le gouvernement avoue son impuissance à intervenir sur le plan légal pour corriger le tir et faire en sorte d'assainir les moeurs politiques du monde municipal.
«Le gouvernement est très embêté» par cette question qui tombe dans un «vide juridique», a convenu le ministre responsable de Montréal, Jean-François Lisée, en point de presse, jeudi matin.
Il déplore le fait que «les dispositions légales qui existent ne permettent pas, ni au gouvernement, ni au conseil municipal, ni à des citoyens, d'intervenir dans le processus de façon ordonnée».
Comme plusieurs de ses collègues présents à un caucus de deux jours qui se tient à Drummondville, il ne s'est pas fait prier, jeudi matin, pour blâmer sévèrement les libéraux de Jean Charest, voire laisser planer des soupçons de complicité entre eux et les auteurs d'actes répréhensibles.
Selon l'équipe péquiste, les libéraux n'ont rien fait en plus de neuf ans de pouvoir pour crever l'abcès de corruption présumée entre certaines administrations municipales et des entreprises de construction, comme en témoignent les plus récentes révélations de la Commission Charbonneau et les enquêtes de l'Unité permanente anticorruption (UPAC) sur le fonctionnement des villes de Montréal et Laval.
À la suite des perquisitions de l'UPAC reliées au maire de Laval, Gilles Vaillancourt, effectuées mercredi, le ministre des Affaires municipales, Sylvain Gaudreault, a conclu que le maire avait désormais «le dos au mur» et n'avait eu d'autre choix que de se retirer de ses fonctions temporairement. «L'étau s'est resserré autour de lui», a-t-il illustré.
Comme d'autres ministres, M. Gaudreault n'a pas hésité à conclure qu'en raison de l'inaction du gouvernement précédent, le Québec traversait une crise d'intégrité.
«L'incurie des libéraux a fait en sorte que tout le Québec, par rapport à la collusion et à la corruption, est dans une situation de crise», a-t-il commenté, sans dire comment il entendait corriger le tir.
Le ministre responsable des Institutions démocratiques, donc de la question du financement des partis politiques, Bernard Drainville, en a rajouté: «Tout le monde parle de corruption, sauf les libéraux. Qu'est-ce qu'ils attendent pour s'excuser auprès des libéraux et auprès des citoyens du Québec?», s'est-il interrogé, en jugeant que les libéraux avaient «beaucoup contribué» à créer le climat délétère régnant présentement au Québec. L'ancien journaliste a fait sa déclaration sans toutefois répondre à une seule question des journalistes.
Les révélations de la Commission Charbonneau et les résultats d'enquête de l'UPAC «confirment nos pires appréhensions», a indiqué de son côté le ministre de la Sécurité publique, Stéphane Bergeron.
Selon plusieurs ministres, il paraît clair que si le gouvernement n'avait pas tant tardé à mettre sur pied la Commission Charbonneau, les Québécois auraient économisé beaucoup d'argent, collectivement, et le ménage aurait déjà commencé dans les moeurs politiques provinciales et municipales.
«Les contribuables auraient économisé des centaines de millions de dollars. C'est une certitude», a assuré à ce propos le ministre Lisée.
Sur tous les tons, à la suite de diverses allégations et reportages, les partis d'opposition ont réclamé pendant plus de deux ans la tenue d'une commission d'enquête sur la corruption et la collusion dans l'industrie de la construction, avant que le gouvernement Charest finisse par céder et créer la commission dirigée par la juge France Charbonneau.
Certains ont suggéré que le Parti libéral du Québec procède, en parallèle des travaux de la Commission Charbonneau, à une enquête interne sur les liens de financement entre le parti et les entreprises de construction.
Chose certaine, les libéraux, qui sont présentement à la recherche d'un chef, «doivent faire une très grande introspection», selon le ministre Lisée, et admettre qu'ils «n'ont pas été à la hauteur de la situation».
«Pourquoi n'y a-t-il pas d'enquête interne au Parti libéral, en ce moment?», s'est-il demandé.
Quant à elle, la première ministre Pauline Marois ne s'est pas adressée aux médias jeudi matin.
Le caucus des 54 députés péquistes vise à préparer la rentrée parlementaire de mardi prochain et identifier les priorités législatives du gouvernement d'ici l'ajournement des Fêtes.