Gilles Michaud, directeur des ressources humaines, des communications et des affaires juridiques au CIUSSS de l’Estrie-CHUS, soutient que la situation de la main-d’œuvre demeure difficile au CIUSSS malgré l’embauche de près de 600 nouveaux employés.

Embauches au CIUSSS : «Ça reste une situation difficile»

Le CIUSSS de l’Estrie-CHUS a embauché 568 personnes de plus cette année que l’an passé à pareille date, tout type d’emploi confondu. De ce nombre, il y a près de 200 finissantes en soins infirmiers issues du Cégep de Sherbrooke — elles n’étaient qu’une centaine l’an passé à se joindre à l’équipe du CIUSSS une fois leurs études complétées. Les préposées aux bénéficiaires sont aussi plus nombreuses à se joindre aux rangs : 591 comparativement à 387 l’an passé.

Voilà de bonnes nouvelles. Mais est-ce que ce sera suffisant pour stabiliser les 100 points de service du CIUSSS de l’Estrie-CHUS dans un contexte où le manque de personnel se fait criant dans plusieurs titres d’emplois? « Ce sont de bonnes nouvelles, oui, et c’est certain que ça va aider. Mais est-ce que c’est suffisant? Non, ce n’est pas suffisant. Ça reste une situation difficile. La pression va demeurer », déplore Gilles Michaud, directeur des ressources humaines, des affaires juridiques et des communications au CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

Lire aussi: Le CIUSSS se prépare à affronter un été difficile

Le taux d’absentéisme au travail plafonne depuis quelques périodes autour de 8 % — au moins s’est-il stabilisé. La cible serait d’atteindre 6 %. Si l’écart semble peu, il est gigantesque en réalité. « Ce sont des indicateurs qui bougent très lentement. Si c’était simple de ramener 2 % des gens au travail, on l’aurait déjà fait », soutient Robin-Marie Coleman, directrice adjointe des soins infirmiers en précisant que de grands efforts sont faits pour favoriser la santé humaine de l’organisation.

« Notre bassin de recrutement, ce seront beaucoup nos maisons d’enseignement au cours des prochaines années. Nous avons commencé à travailler avec elles il y a deux ans pour arriver leur formation avec nos besoins, et cette année, nous en ressentons les effets positifs : nous avons embauché 197 CEPI (candidates à la profession d’infirmière), contre 102 l’an passé. Nos stratégies portent leurs fruits », soutient Mme Coleman.

« Mais ça ne s’arrête pas là. La pression demeure », ajoute Gilles Michaud.


« Chaque direction a prévu quelles seraient ses difficultés. »
Gilles Michaud

D’autres facteurs viennent peser lourd dans la balance de la pression sur le système de santé : il y a une croissance constante des services, de nombreux remplacements à effectuer pour des périodes plus ou moins longues, et une rareté de la main-d’œuvre possédant une expertise.

L’été risque d’être encore une fois difficile dans les centres de soins du CIUSSS de l’Estrie-CHUS. « Nous avons l’expérience de l’été passé, et chaque direction a prévu quelles seraient ses difficultés, quels seraient ses risques de bris de service, et chacune a, le cas échéant, son plan de contingence », rassure Gilles Michaud.

1000 postes affichés
Dans une organisation qui compte environ 17 000 employés et 1000 médecins, la gestion des ressources humaines peut s’avérer un véritable casse-tête. C’est pourquoi le CIUSSS de l’Estrie a planché ces dernières années afin d’arriver à standardiser ses processus d’embauches. Le système est enfin en place.

« Nous avons maintenant des affichages de postes quatre fois par année. Cette semaine, nous afficherons 1150 postes », soutient M. Michaud.

De ce nombre, environ 95 % seront comblés à l’interne.

Cela vient régler un problème trop souvent rencontré dans le passé : les employés à l’interne obtenaient un nouveau poste, mais ils ne pouvaient pas quitter leur ancien poste s’il n’avait pas été doté. Il y avait donc parfois de véritables combats entre deux gestionnaires — l’un qui voulait garder son employé jusqu’à l’arrivée d’un remplaçant, l’autre qui voulait que l’employé se joigne à son équipe le plus rapidement possible. Cela générait des situations fort compliquées.

« Ce nouveau processus d’affichage vient donc régler la question. Il y a des dates indiquées pour l’entrée en fonction. C’est plus simple pour tout le monde », nuance M. Michaud.

Développer l’expertise
Le CIUSSS de l’Estrie-CHUS doit aussi travailler à développer son personnel pour que les employés puissent éventuellement obtenir des postes supérieurs ou de gestion. Quand il y avait 14 établissements sur le territoire, c’était plus facile d’aller combler un besoin spécifique.

« C’est fini de compter sur le voisin pour développer du personnel. Avant quand j’étais au CHUS (NDLR : M. Michaud y était directeur des ressources humaines) et que j’avais besoin d’une travailleuse sociale avec de l’expérience, je pouvais aller la chercher au Centre jeunesse ou au CSSS-IUGS. Maintenant, ce n’est plus le cas. Nous sommes le plus grand employeur de l’Estrie. La travailleuse sociale avec de l’expérience, à moins que je puisse aller la chercher à Montréal, elle va venir de l’intérieur de l’organisation », soutient-il.