Après deux mandats comme députée de Beauport-Limoilou (2006-2011), la conservatrice Sylvie Boucher souhaite un deuxième mandat comme députée dans Beauport–Côte-de-Beaupré–Île d’Orléans–Charlevoix.

Sylvie Boucher: la «vieille conservatrice» rebelle

Sylvie Boucher a toujours su renaître de ses cendres. Comme le phénix bleu tatoué sur son omoplate gauche. Souvent «à contre-courant», comme disait sa mère, cette «vieille conservatrice» autoproclamée a maintes fois voté contre son parti, contre l’avis de son père et même contre la vie, une fois.

«La personne que je suis devenue, c’est par la force des claques que j’ai reçues. Et quand ce n’était pas moi qui les recevais, c’était quelqu’un de mon entourage», confie la députée fédérale sortante, assise dans un petit resto de Beauport, à la frontière ouest de son immense comté de 11 000 km2.

À la fois seule femme des 12 députés fédéraux de Québec-Chaudière-Appalaches et des 11 députés conservateurs du Québec, elle brigue un deuxième mandat dans Beauport–Côte-de-Beaupré–Île d’Orléans–Charlevoix. Ses cinquièmes élections comme candidate, elle avait fait deux mandats dans le comté voisin, de 2006 à 2011.

De son grand bol de céréales granola, ce matin-là, elle n’avale que les fruits. Elle passe l’heure et demie à jaser de la vie et de sa vie. De ses campagnes comme bénévole au fédéral, au municipal et au provincial, de ses campagnes comme candidate et de la campagne qui s’amorce. 

Sa première sans sa mère, Aline, décédée en décembre dernier. À sa seule évocation, les larmes montent.

«Ma mère n’avait pas de rôle précis, elle s’assoyait à la table avec sa règle... Mais elle était toujours là si j’avais besoin d’elle», laisse-t-elle tomber, à propos de celle qui lui fournissait tout le soutien moral et parfois même un massage de pieds.

«La première fois où je me suis présentée, en 2006, dans Beauport-Limoilou, j’étais dans un comté où j’avais zéro chance de passer. On va se dire les vraies affaires! Je n’avais pas d’équipe non plus et je n’avais pas une cenne!» s’esclaffe celle qui avait vaincu le député sortant bloquiste Christian Simard

Son équipe d’alors : sa maman, ses filles de 16 et 17 ans Marie-Catherine et Mélynda, nommée directrice de campagne. Et une amie des filles, qui s’occupait de l’agenda, même si «elle ne connaissait rien là-dedans!» rigole Mme Boucher.

La chute

Ses deux filles et elle forment un noyau solide. Mélynda a maintenant deux garçons, Bryan, huit ans, et Derek, frais d’à peine deux semaines. Elle porte deux tatouages avec l’initial de ses petits-fils.

Noyau qui a failli se briser à tout jamais, en 1993. Bizarrement, ce moment tragique a amené Sylvie Boucher à s’impliquer en politique, bien qu’elle s’y intéressait depuis longtemps.

«J’avais fait une tentative de suicide et une amie, qui travaillait avec Brian Mulroney, est venue me chercher pour la course à la chefferie du Parti conservateur entre Kim Campbell et Jean Charest», raconte-t-elle.

«Je me suis séparée en 1991, mais ç’a sauté en 1993. C’était plus un cri à l’aide. Mais après, je me suis dit : “Non. La vie est trop belle. J’ai deux petites filles, on va se battre ensemble.” Et on se bat ensemble toutes les trois depuis ce temps-là.»

Elle ajoutera qu’en 1993, elle pesait 305 lb. Deux ans plus tard, la mère monoparentale subissait une chirurgie bariatrique. «Je me suis choisie», résume-t-elle, sans trop en dire sur cette période plus sombre.

En 1994, son amie Rachèle est diagnostiquée VIH positive et mourra du sida, contracté par transfusion sanguine. Elle l’a conduite à l’hôpital chaque jour, lui a fait prendre son bain.

Son père est décédé en 1995, après avoir été paralysé les six dernières années de sa vie. Papa Justin... «Mais le bon Justin!» s’exclame-t-elle, pensant au chef adverse et premier ministre sortant, Justin Trudeau.

La politique

Ce père qui la voyait avocate, alors qu’elle rêvait de devenir monteuse de lignes. Lui, un directeur de prison qui votait pourtant libéral, ce qui a poussé sa fille unique dans les bras des conservateurs. Par défi.

«À cette époque, on ne pouvait pas parler politique. Il y avait des clans. Mais ma mère m’avait fait une couverte bleue pendant les élections et mon père avait sa couverte rouge.» Sa mère était gardienne de prison, son grand-père chef de police.

«Mon père disait, c’était l’époque, qu’une femme ne peut pas se réaliser si elle n’a pas un homme derrière elle. J’étais enfant unique et mon père avait dit aussi : “Une femme et une fille qui votent contre moi annulent mon vote.” Je me disais : “Ah! Regarde bien ça.” La première fois que j’ai voté conservateur, c’était John Turner contre Brian Mulroney. Et j’ai gagné!»

Vingt ans plus tard, à elle d’être élue au parlement canadien. «Le soir où j’ai gagné en 2006, je m’en souviendrai tout le temps, ma mère lève les yeux au ciel et dit : “Tu vois-tu Justin? Ta fille a réussi malgré le fait qu’elle est séparée! ”» a scandé Aline à l’endroit de son défunt mari, après avoir menacé leur fille de ne plus lui adresser la parole si elle se présentait pour les libéraux.

La rebelle

Sylvie Boucher aura fait mille et un métiers. A travaillé aux abonnements du Soleil, est retournée à l’école à 35 ans pour suivre des cours de bureautique et de gérontologie, s’est occupée de la revue de presse des libéraux provinciaux, puis de l’agenda de la ministre du Tourisme Françoise Gauthier, a travaillé à Santé Canada, a été gérante d’une boutique de vêtements à Beauport. Pas de sot métier ni de trop petit salaire pour cette travaillante infatigable qui, dès l’âge de 11 ans, préparait des sandwichs au club de golf de Victoriaville, sa ville natale, pour le tournoi de Jean Béliveau et Gilbert Perreault.

Monteuse de lignes? «J’ai peur des hauteurs, révèle-t-elle. Même si j’ai sauté deux fois en parachute.»

«Délinquante», «rebelle». Les mots sortiront de sa bouche au fil la conversation. «Élevée dans la soie», elle a toujours gardé l’envie profonde de «ne jamais laisser les autres me définir, me façonner».

Après une virée entre amis à Trois-Rivières à l’âge de 19 ans, d’où elle est rentrée à 8h du matin, son père la punit de sortie pour une semaine. «J’ai dit : “Pas de problème.” Le dimanche suivant, je me louais un logement et je suis partie. J’avais le goût de vivre», résume-t-elle, simplement.

Elle a vécu. Parfois survécu.

Est devenue politicienne pour «être la voix de ceux qu’on n’entend jamais», son slogan de 2006. À ce moment, c’était les voix d’amies de ses filles qui avaient été abusées sexuellement. 

L’artiste

Sur son avant-bras droit, à l’encre noire : «Vis chaque jour comme si c’était le dernier…» Phrase de son ami Gaétan sur son lit de mort, l’an dernier. L’un de ses cinq amis décédés du cancer à l’été 2018.

D’autres citrons de la vie avec lesquels elle fait de la limonade. Ou plutôt de l’art.

Depuis la mort de sa mère, elle peint. Et a toujours écrit, depuis l’âge de 15 ans, des poèmes. Cette solitude artistique la «recentre». Héritage de sa tante et marraine, Denise Boucher, écrivaine et poète autrice de la fameuse pièce féministe Les Fées ont soif.

Dans Beauport–Côte-de-Beaupré–Île d’Orléans–Charlevoix, Mme Boucher affronte l’ancien député libéral provincial Raymond Bernier, qui se présente comme indépendant et pour qui elle a déjà été bénévole, la libérale Manon Fortin, la bloquiste Caroline Desbiens et Jean-Claude Parents fils, du Parti populaire.

Un comté qu’elle parcourt sans relâche pour 4000 km au compteur de sa voiture dans le dernier mois seulement. «Je n’ai jamais pris le chemin le plus facile», reconnaît Sylvie Boucher. Mais avec tous ces détours, «la vie m’a amenée à me connaître, à me trouver. Et chaque fois, il y a toujours un événement pour me ramener à mes racines, le cœur».