Le Bloc est aujourd’hui deuxième dans les intentions de vote au Québec et la performance d’Yves-François Blanchet lors du débat télévisé de cette semaine a permis de donner de la crédibilité à cette remontée.

Résurrection ou refondation?

ANALYSE / Il a été beaucoup question depuis la fin des dernières élections provinciales de la mort du PQ et du mouvement souverainiste en général. Les appuis aux formations indépendantistes étaient en baisse constante, sauf pour QS. Le Bloc était sans chef et à la dérive et le PQ presque relégué au rang de parti marginal, souvenir d’une époque révolue.

Mais en politique, les choses changent rapidement et les campagnes électorales ont maintenant un impact significatif sur le déroulement du vote. Le Bloc est aujourd’hui deuxième dans les intentions de vote au Québec et la performance d’Yves-François Blanchet lors du débat télévisé de cette semaine a permis de donner de la crédibilité à cette remontée. La question se pose donc maintenant, est-ce que la refondation du mouvement souverainiste passe par la résurrection du Bloc?

Le retour du nationalisme

L’arrivée de la CAQ au pouvoir à Québec a été perçue par certains comme un réalignement politique qui met fin à l’affrontement entre les souverainistes et les fédéralistes. Fini les « vieilles chicanes » comme se plaisait à dire François Legault en campagne électorale il y a un an, tout comme cherche à le dire Justin Trudeau aujourd’hui.

S’il est vrai que la CAQ n’est clairement pas indépendantiste, elle affirme maintenant une position nationaliste plus forte axée sur un discours autonomiste et identitaire. Cette position en décalage complet avec les dernières années Couillard semble plaire à une grande majorité de Québécois qui renouent, pour la première fois depuis la fin des années 1990, avec une gouvernance nationaliste. La confrontation Québec-Canada s’est peut-être transformée, mais elle n’a pas disparu.

Cette dynamique, jumelée avec l’arrivée d’un nouveau chef au Bloc, semble pour l’instant créer un mouvement dans l’opinion publique. Déçus des libéraux, incapable de voter conservateur sur les questions morales et peu enclin à appuyer un NPD en banqueroute, les contestataires pourraient converger vers le Bloc. Si cette hypothèse s’avérait, il s’agirait là, il faut bien l’avouer, d’un revirement spectaculaire.

Une campagne trop défensive?

Il y a de cela deux semaines, le vote semblait figé. L’avance libérale en Ontario, au Québec et dans les Maritimes laissait entrevoir un gouvernement libéral minoritaire avec peut-être même une majorité, le soir du 21 octobre. Depuis, les indicateurs sont en baisse partout au Canada pour les troupes de Justin Trudeau.

Dans les Maritimes, l’évolution de l’opinion est si importante qu’elle est difficile à croire. Rappelons que dans cette partie du Canada, les libéraux détiennent l’entièreté des 32 circonscriptions. L’avance de plus de 20 points a littéralement fondu, de sorte qu’il sera presque impossible pour les libéraux de maintenir ses acquis.

Au Québec, le PLC jouissait encore récemment d’une avance confortable de 14 points; cette avance existe encore, mais elle réduite de presque moitié. Des luttes très chaudes se dessinent sur la rive sud et la rive nord de Montréal et dans les régions du Québec. S’il fallait que le vote bloquiste dépasse les 25 %, plusieurs circonscriptions pourraient devenir imprévisibles.

En Ontario, les libéraux pouvaient aussi compter sur des appuis forts. Les conservateurs ne sont peut-être pas en avance dans cette province, mais leur remontée laisse croire qu’ils pourraient peut-être faire quelques gains, fragilisant ainsi le vote libéral. Bref, les provinces centrales, clef de voute de la stratégie libérale, semblent plus hésitantes.

Comment expliquer ces difficultés libérales? Serait-ce le résultat du Black face au Canada anglais? Le rejet de la laïcité au Québec et la montée d’un nationalisme identitaire? Certes, Trudeau ne connaît pas le même type de campagne qu’en 2015 où l’effet « dynastique » et la nouveauté avaient beaucoup joué. Le gouvernement libéral doit aussi défendre son bilan, ce qui est toujours plus difficile et Trudeau n’est peut-être plus tout à fait en phase avec les Québécois.

Surtout, le PLC mène peut-être une campagne trop défensive, cherchant à préserver ses appuis et à ne pas commettre trop d’erreurs. Cette recette est rarement gagnante. Chose certaine, le chef libéral devra être plus combatif et expliquer son projet pour le Québec s’il désire encore gouverner le Canada le soir du 21 octobre.