Justin Trudeau et sa femme Sophie Gregoire avec leur fils Xavier à la marche pour le climat de Montréal, vendredi.

Marketing politique ou priorité?

L’environnement occupe une place centrale à l’intérieur de cette campagne électorale et tous les partis politiques sont aujourd’hui obligés de l’intégrer dans leur discours et leur plateforme. Il s’agit d’ailleurs là d’une transformation profonde de la dynamique électorale et on peut penser que ce thème est là pour rester.

Bref, l’environnement n’est plus une mode passagère qui vient ponctuer la vie politique, mais plutôt un problème systémique pour lequel les gouvernements devront trouver des solutions et répondre aux demandes d’une partie croissante des citoyens.

La grande manifestation d’hier est aussi la démonstration, d’un point de vue social, que le monde politique n’est pas tout à fait en équilibre, c’est-à-dire qu’il n’arrive pas à satisfaire aux exigences de la population sur cette problématique fondamentale. Pire, on a l’impression que ce thème est encore davantage une question de marketing plutôt qu’une véritable priorité. Bref, l’environnement est-il davantage un instrument politique ou un thème porteur de changement?

Une problématique occidentale

Au niveau politique, et malgré une manifestation mondiale, l’environnement demeure une problématique largement occidentale. En dehors de l’Occident, le thème de l’environnement, même s’il existe, est beaucoup plus marginal. Ce phénomène s’explique, en partie, par le déséquilibre entre les pays développés et les pays en voie de développement qui eux cherchent d’abord à offrir à leur population une croissance qui assurera une meilleure qualité de vie.

Or, la dimension internationale de la crise actuelle est tout simplement absente de la présente campagne électorale. L’enjeu environnemental est abordé seulement sous l’angle de l’intérêt national. Autrement dit, les principaux partis politiques canadiens n’abordent pas l’enjeu le plus préoccupant du phénomène, c’est-à-dire la concertation obligatoire entre les pays pour s’attaquer à la problématique. Sur cette question précise, les partis politiques doivent cesser d’être des observateurs et devenir plutôt des acteurs du changement. Cette tendance à aborder bien superficiellement et souvent de manière contradictoire le sujet de l’environnement laisse croire qu’il est de bon ton d’être « vert » lors des élections, mais que, une fois le scrutin terminé, les affaires courantes et la réalité politique reprennent le haut du pavé.

L’absence de projet structurant

Plus inquiétant encore, les partis politiques canadiens ne proposent aucun projet qui pourrait marquer l’imaginaire à court terme. En général, les plateformes politiques sont vagues avec des engagements bien au-delà de la durée des mandats électoraux comme, par exemple, la fin des moteurs à combustible fossile en 2030 ou en 2040 ou encore la transition vers une énergie propre en 2050. Souvent les programmes politiques utilisent des termes peu signifiants et ambivalents comme : « nous allons réduire le montant des factures d’énergie », comme si le gouvernement fédéral avait une baguette magique! Au final, on remarque bien peu d’engagements concrets pour les années à venir. Bref, les partis politiques traditionnels ne font pas preuve d’audace et abordent l’environnement comme un sujet obligatoire sans plus.

Pourtant, il existe de nombreux domaines où le gouvernement fédéral pourrait faire une différence. Presque rien sur les trains à grande vitesse, notamment dans l’axe Québec-Windsor. Pourquoi les partis politiques fédéraux n’utilisent pas cette compétence fédérale pour faire entrer immédiatement le Canada dans le 21e siècle? Pourquoi tant d’hésitation? La réponse à ces questions repose sur les citoyens eux-mêmes encore bien frileux à faire des choix décisifs. Une montée en force du Parti vert, comme lors des récentes élections à Île-du-Prince-Édouard, pourrait peut-être inverser cette tendance… pour l’instant encore largement dominante!