Alexandre Boulerice, député néo-démocrate de Rosemont-La-Petite-Patrie, pourrait être un des rares représentants de son parti au Québec après le 21 octobre, mais malgré ses bons résultats de 2011 et 2015, sa victoire n’est pas acquise.

Les résistants de la «vague orange» espèrent survivre

TROIS-RIVIÈRES — Des 58 députés élus par surprise lors de la «vague orange» de 2011, ils ne sont plus que sept à trimer dur pour leur réélection en 2019. Ils espèrent faire mentir les sondages nationaux qui prédisent leur quasi-extinction dans la province.

À l’entrée d’un magasin à grande surface à Trois-Rivières, le député sortant néo-démocrate Robert Aubin multiplie les poignées de mains et distribue des tracts. Des électeurs, qui le reconnaissent, lui donnent une accolade ou lui disent «bonne chance» de manière bien sentie.

M. Aubin, un ancien enseignant, a été élu contre toute attente en 2011 avec une écrasante majorité de 53,6 % des voix, loin devant sa plus proche adversaire du Bloc québécois Paule Brunelle, qui récoltait 23,8 % des voix.

En 2015, il a su résister à la «vague rouge» des libéraux qui a balayé une partie de la province. Le néo-démocrate a obtenu 31,8 % des voix, devançant à peine son adversaire libéral Yvon Boivin, à 30,2 %.

«J’ai souvent dit que j’avais l’impression d’être la petite maison blanche au Saguenay le soir de l’élection en 2015. Mais la petite maison blanche est encore là et moi aussi», rigole M. Aubin.

«Campagne de candidats»

En cette journée pluvieuse de campagne électorale, un homme plus âgé s’arrête pour aborder M. Aubin : «Quelle couleur?» «Néo-démocrate!», lui répond le candidat. «Ah, vous avez des chances!» lance l’homme avant de s’engouffrer dans le magasin pour faire des achats.

Jean-Claude Dubuc n’est pas de la circonscription. Mais il suit de près la politique et partage ses impressions avec M. Aubin. «Vous autres, je vous en donne deux : Mme [Ruth Ellen] Brosseau pis [Alexandre] Boulerice, analyse-t-il. C’est de valeur pour vous, mais...»

«Je vais avoir un immense plaisir à vous faire mentir le 21», répond le candidat du tac au tac.

Les plus récents sondages nationaux indiquent que le Nouveau Parti démocratique (NPD) performe moins bien au Québec qu’ailleurs au pays. Les néo-démocrates sont en quatrième position dans la province, derrière les libéraux, les bloquistes et les conservateurs.

À Trois-Rivières, la lutte s’annonce d’autant plus intéressante que les conservateurs misent sur l’ancien maire de la Ville, Yves Lévesque, et les libéraux sur celle qui était vue comme sa successeure, Valérie Renaud-Martin.

La remontée du Bloc, après la performance du chef Yves-François Blanchet aux derniers débats, vient pour sa part brouiller les cartes.

Malgré tout, M. Aubin se dit «convaincu d’être encore dans la course» dans sa circonscription. «Cette campagne-ci n’est pas une campagne de chefs, c’est une campagne de candidats», martèle-t-il. Ses électeurs le connaissent depuis les huit dernières années, et ça pèsera dans la balance, dit-il.

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Hésitations

Si le NPD devait conserver une poignée de députés le 21 octobre prochain, Alexandre Boulerice en ferait presque certainement partie. Il a été élu pour la première fois en 2011 dans la circonscription de Rosemont-La-Petite-Patrie avec 51 % des voix et il a été réélu facilement en 2015 avec presque le même score — 49,2 %.

Le chef Jagmeet Singh l’a nommé chef adjoint plus tôt cette année afin d’accroître les chances de succès du parti au Québec.

Le local électoral de M. Boulerice est tapissé d’affiches aux couleurs du NPD. L’équipe a même conservé des exemplaires des élections précédentes, ce qui permet de constater que la chevelure du chef adjoint a légèrement reculé et que la barbe a grisonné. «C’est dur la politique», lâche le candidat en marche vers une séance de porte-à-porte dans sa circonscription.

Un électeur, Jacques Beauchemin, l’accoste sur le trottoir comme un vieil ami en l’assurant de son appui. L’homme demande à la blague à M. Boulerice de dire à son équipe d’arrêter de l’appeler puisque son vote est acquis.

Plus loin, Francis Roch et son fils Mathis reviennent sur leurs pas pour remercier le député sortant. «Je trouve qu’il fait de l’excellent travail. Rosemont est très progressiste, égalitaire, sociodémocrate et je suis en plein là-dedans», confie le jeune père.

Derrière certaines portes, toutefois, les choix ne sont pas aussi clairs. Comme beaucoup de Québécois, plusieurs électeurs de La Petite-Patrie semblent indécis et disent être encore en réflexion. On sent tout de même un fort sentiment sympathique au NPD.

«J’ai des hésitations. Je t’aime bien, mais je pense voter pour le Parti vert, lui lance Maxime Jodoin. Tu vas gagner de toute façon!» Une fois la porte refermée, M. Boulerice admet que ce type de réaction l’inquiète, car la lutte pourrait être plus serrée cette fois-ci.

Heureusement pour lui, la conjointe de M. Jodoin venait de lui crier du fond de l’appartement qu’elle voterait NPD. «Si j’ai un vote sur deux, je peux vivre avec ça», se rassure le candidat.