Si les débats permettent aux citoyens d’écouter directement les candidats et les chefs, la formule permet rarement d’apprécier la profondeur et l’authenticité des propos qui s’en dégagent.

Les débats : quel impact sur la campagne électorale

ANALYSE / Les débats sont aujourd’hui incontournables à l’intérieur des campagnes électorales. Tous les chefs des partis politiques doivent obligatoirement passer par cette épreuve parfois difficile et certainement très stressante. Au-delà de la joute nationale, on remarque aussi un grand nombre de débats organisés dans chacune des circonscriptions du Canada de sorte que les candidats doivent parfois participer à plusieurs « combats » électoraux en l’espace de quelques semaines. Cet exercice, très médiatisé, est-il pertinent autant pour les citoyens que pour les partis politiques?

Les débats sont aujourd’hui incontournables à l’intérieur des campagnes électorales. Tous les chefs des partis politiques doivent obligatoirement passer par cette épreuve parfois difficile et certainement très stressante. Au-delà de la joute nationale, on remarque aussi un grand nombre de débats organisés dans chacune des circonscriptions du Canada de sorte que les candidats doivent parfois participer à plusieurs « combats » électoraux en l’espace de quelques semaines. Cet exercice, très médiatisé, est-il pertinent autant pour les citoyens que pour les partis politiques? Si ces affrontements permettent aux citoyens d’écouter directement les candidats et les chefs, la formule permet rarement d’apprécier la profondeur et l’authenticité des propos qui s’en dégagent.

Des débats profonds?

Depuis les premiers affrontements télévisés dans les années 1960, comme ceux opposant Nixon et Kennedy ou encore Lesage et Johnson, les débats ont profondément changé tout comme les médias d’ailleurs. Évidemment, des joutes avec six participants ne peuvent malheureusement pas permettre d’aborder les thèmes avec toutes les nuances que cela mériterait. On est maintenant très loin de l’époque où Valéry Giscard d’Estaing, baguette à la main, en plein débat, expliquait aux téléspectateurs l’importance d’augmenter la production industrielle de la France.

Au contraire, on est aujourd’hui dans l’ère de la politique « spectacle »; comme le disait familièrement Ronald Reagan : « la politique c’est comme le show business ». L’important n’est donc pas d’expliquer mais bien de résister à cette épreuve difficile. La formule elle-même oblige les candidats à traiter d’enjeux extrêmement complexes, comme la politique étrangère ou encore l’aide médicale à mourir, en quelques secondes ou au mieux en quelques minutes. Cela n’est évidemment pas favorable à la tenue de débats qui permettent d’expliquer en profondeur les défis qui attendent les acteurs politiques. En outre, les débats mettent l‘accent sur le côté superficiel de la politique et obligent souvent les politiciens à présenter des mesures populaires qui ont finalement peu de chance de se réaliser, en raison notamment de leur marge de manœuvre limitée. 

Les nouveaux moyens de communication

L’arrivée des médias sociaux a accéléré l’effet de la politique spectacle et ce « rétrécissement » du rapport à l’espace-temps. Les politiciens doivent non seulement résumer les problématiques environnementales en quelques secondes, mais aussi les analyser en moins de 140 caractères. Il s’agit là d’une transformation profonde qui affecte les campagnes électorales et qui oblige les équipes des candidats à s’occuper d’enjeux secondaires centrés sur l’image ou les réponses instantanées.

Au centre de cette dérive, il y a cependant le citoyen lui-même enferré dans un univers médiatique qu’il accepte et alimente parfois malgré lui. Il ne faut surtout pas l’oublier, mais les politiciens ne sont que le reflet de ce que nous sommes et la transformation de l’univers politique est le résultat d’une volonté populaire. Les débats sont aujourd’hui peut-être distrayants, mais en bout de piste, cette distraction est peut-être en train de faire mourir l’idéal démocratique comme le soulignait si bien Neil Postman au milieu des années 1980.