Stéphanie Dufresne et sa pancarte mobile qui la suivra partout dans le comté de Saint-Maurice - Champlain jusqu’au 21 octobre.

L’art de sortir du lot: Stéphanie Dufresne entreprend une nouvelle campagne avec une seule pancarte

SHAWINIGAN — L’originalité fait définitivement partie des plans de campagnes électorales de Stéphanie Dufresne. Alors que les affiches du député sortant François-Philippe Champagne ont poussé comme des champignons cette semaine, la candidate du Parti vert du Canada dans Saint-Maurice - Champlain refuse d’entrer dans ce folklore, par respect pour ses valeurs. D’ici au 21 octobre, elle sillonnera la région avec une seule pancarte mobile.

Mme Dufresne avait beaucoup attiré l’attention l’an dernier, dans le cadre de la campagne provinciale. Candidate du Parti vert du Québec dans le comté de Champlain, elle s’était donné le défi de s’approvisionner 100 % localement en nourriture pendant 100 jours. Un objectif qui l’a rassasiée et cette fois, elle s’attaque à la vieille tradition de l’affichage électoral.

«C’est une décision personnelle», explique-t-elle. «On parle beaucoup de pollution avec le plastique, de plastique à usage unique et là, on arrive en campagne électorale et on tapisse les poteaux de toutes les villes du pays de plastique qui sera rarement recyclé. C’est donc une façon de passer un message sur la consommation de produits à usage unique.»

Mme Dufresne précise qu’il ne s’agit pas d’une politique nationale. D’autres candidats du Parti vert du Canada suivent la parade. Elle-même estime avoir installé une centaine de pancartes l’an dernier, dans le cadre de la campagne provinciale.

«Je ne m’étais pas trop posée la question à ce moment», confesse-t-elle. «J’avais installé des pancartes parce que c’était, semble-t-il, essentiel à une campagne électorale. Ça fait partie des moeurs, mais je pense qu’en 2019, on peut changer ça. Nous avons un accès à l’information beaucoup plus large. Dans les années 70, il n’y avait pas d’information en continu, de médias sociaux, de sources différentes pour passer des messages. À ce moment, on utilisait aussi beaucoup les slogans, des messages-clés sur ces pancartes. Maintenant, ce ne sont que des visages et il faut décrypter des pictogrammes. Pour moi, c’est révolu, on devrait faire autrement.»

Avec des moyens financiers plus limités que les autres grands partis, la candidate s’accommode bien de cette stratégie.

«Je préfère effectivement utiliser mon argent pour autre chose, mais essentiellement, c’est une démarche idéologique», assure Mme Dufresne. «On veut que les actions soient cohérentes avec ce qu’on dit.»

Par contre, elle reconnaît qu’il s’agit d’un moyen de communication qui rejoint une certaine proportion d’électeurs, qui n’entrent pas dans le détail des engagements de chaque parti et qui se contentent parfois de la seule impression laissée par une affiche.

«Je suis consciente que ça m’enlève de la visibilité chez les gens qui ne suivent pas la campagne de près», admet-elle. «Mais pour moi, c’était inconcevable. J’ai ramassé mes pancartes de l’an dernier, elles ont traîné dans mon garage pendant tout l’hiver. Je me demandais quoi faire; ça ne me rentrait pas dans la tête de les jeter. Finalement, j’ai trouvé un producteur maraîcher qui les a récupérées pour imperméabiliser ses comptoirs. Mais à la quantité de pancartes produites, on ne peut pas toutes les récupérer.»

Par ailleurs, Mme Dufresne rappelle que selon le fameux principe des 3R, il faut d’abord réduire et réutiliser avant de recycler.

«La croissance économique infinie dans un monde fini, c’est utopique», laisse-t-elle tomber.

Originalité

Les engagements de Mme Dufresne apportent une touche originale à sa candidature, au-delà des grandes lignes directrices des partis.

«Être créatif dans nos approches, ça aide à faire parler des enjeux», réfléchit-elle. «Le fait de manger local, l’an dernier, a permis d’aborder ce sujet. Par contre, on ne m’a parlé que de ça! Cette année, je n’ai pas l’intention de ne parler que de coroplast.»

Son unique affiche est conçue en carton, donc plus facilement recyclable. Elle ne résistera toutefois pas aux intempéries.

«Elle va m’accompagner», résume la candidate. «Elle n’est pas imperméable, donc c’est sûr qu’elle ne restera pas dehors! C’est un peu ludique, mais c’est une façon de passer un message.»

Le Parti vert du Canada fait partie du paysage politique depuis plusieurs années, mais ses possibilités de gruger des sièges aux partis traditionnels semblent plus élevées que jamais. Cet intérêt peut-il aller jusqu’à ébranler l’une des têtes d’affiche du dernier gouvernement libéral?

«Je veux qu’après la campagne, il reste quelque chose des idées que j’ai mises de l’avant», souhaite Mme Dufresne. «Si je réussis une petite partie de ça, j’aurai gagné.»

«On espère faire élire le plus de députés verts au Canada», termine-t-elle. «Notre principale obstacle, ça reste le vote stratégique.»